Un feu de forêt se joue souvent à quelques minutes près. Face à ce risque, la doctrine française repose depuis plusieurs décennies sur une attaque rapide des départs d’incendie afin d’empêcher leur propagation. Cette stratégie est d’autant plus importante à mettre en œuvre que le changement climatique allonge la saison des incendies et étend également le risque à de nouvelles régions. Dans ce contexte, l’innovation technologique est devenue un levier important pour protéger les forêts. Elle vise moins à remplacer les pompiers qu’à leur donner plus rapidement une information fiable pour agir le plus vite possible.
Dans l’Essonne, le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) teste depuis cet été un nouveau dispositif développé par l’association Pyronear. Son principe est relativement simple, puisqu’il fonctionne grâce à des caméras installées sur des points hauts qui scrutent en permanence les massifs forestiers. Ce système de vidéodétection offre une vision à 360 degrés et une portée allant jusqu’à une quinzaine de kilomètres. Des algorithmes d’intelligence artificielle se chargent ensuite d’analyser les images pour identifier automatiquement une fumée ou une flamme et déclencher une alerte. Depuis le lancement de l’expérimentation, 382 alertes ont été signalées, dont une quarantaine se sont révélées être de véritables départs de feu.
De son côté, la start-up allemande Dryad Networks développe des capteurs capables de détecter la signature chimique d’un départ de feu dès la phase de combustion lente. Alimentés à l’énergie solaire, ces boîtiers se fixent sur le tronc des arbres et chacun d’entre eux couvre un rayon d’une centaine de mètres. Ces « nez électroniques » mesurent certains gaz présents dans l’air, comme le monoxyde de carbone, puis transmettent leurs données grâce aux nanosatellites de l’opérateur français Kinéis, qui permettent de couvrir les territoires les plus éloignés ou dépourvus d’infrastructures.
Grâce à leur faible consommation énergétique, les capteurs disposent, selon l’entreprise, d’une autonomie de cinq ans, sans avoir besoin de les recharger. Ce dispositif est soutenu par le programme France 2030 et fait l’objet de tests depuis l’année dernière par l’Entente-Valabre, un organisme public impliqué dans la formation et la préparation des acteurs de la sécurité civile.
Suivre l’évolution des contours des zones brûlées
Une autre technologie s’appuie sur l’imagerie satellitaire. FireWatch est une plateforme de surveillance développée par Kayrros, une entreprise française spécialisée dans l’IA géospatiale et le SERTIT (Service régional de traitement d’image et de télédétection), spécialiste de la cartographie rapide en situation d’urgence, avec le soutien du CNES (Centre national d’études spatiales). Ce consortium exploite les données satellitaires de Météosat et Copernicus pour détecter et suivre les feux de végétation à l’échelle nationale.
Le système peut identifier des points chauds toutes les dix minutes. En plus de déclencher une alerte, FireWatch assure le suivi des feux actifs et des contours des zones brûlées pendant les événements. Soutenu par France 2030, le dispositif est actuellement déployé auprès de la moitié des SDIS de France et a détecté près de 1 000 feux de végétation en 2025, dont 185 feux de forêt confirmés.
Les drones constituent une autre alternative. Ils peuvent être déployés rapidement pour effectuer une reconnaissance aérienne, suivre l’évolution d’un front de flammes ou fournir des images infrarouges lorsque la visibilité devient mauvaise. Leur intérêt est aussi de limiter l’exposition des personnels et de fournir une information actualisée aux centres opérationnels.
Les SDIS commencent à intégrer ces appareils à leurs dispositifs. C’est le cas dans le Maine-et-Loire, où une cellule spécialisée dispose de plusieurs drones destinés notamment à l’analyse et à la coordination des opérations. Ils peuvent notamment appuyer les opérations de lutte contre les feux de forêt en calculant les surfaces brûlées et en repérant les points sensibles.
Enfin, une dernière technologie s’appuie sur la simulation numérique. Le laboratoire Sciences pour l’environnement, en Corse, travaille depuis plusieurs années sur FireCaster, une plateforme utilisant le simulateur open source de propagation ForeFire. Son objectif est de prévoir la trajectoire probable d’un incendie à partir de la météo, du relief, de la végétation et de la dynamique du feu. Le système est capable de calculer la position, la vitesse et la puissance d’un front de flammes et de tester différents scénarios. Selon le CNRS, certaines simulations peuvent être produites en quelques dizaines de secondes, avec une résolution de l’ordre du mètre.
Dans l'actualité
- Semi-conducteurs et capteurs, l’autre moteur discret de la microélectronique
- Quelles technologies pour la récupération du CO2 atmosphérique ?
- Cloud, IA militaire : la défense française face au piège durable des dépendances technologiques
- L’IA fait exploser les émissions de Google et Amazon : la fin du mirage vert ?
- Impacts environnementaux de l’IA générative, les principaux enseignements de l’avis de l’Ademe
- Résister à l’IA dans l’industrie : un choix plus qu’une fatalité
- Revue du Magazine d’Actualité #79 du 24 au 28 août