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Dualsun relocalise une production PV en Europe

Posté le 15 mai 2026
par Caroline Kim Morange
dans Énergie

Le fabricant français de panneaux solaires Dualsun a annoncé début mai relocaliser une partie de sa production de panneaux photovoltaïques en Europe. Il veut ainsi pouvoir profiter de la TVA française à 5,5% avec des panneaux de production européenne.

Crédit visuel principal : © Dualsun

Produire en Europe des panneaux solaires éligibles à la TVA à 5,5 % : c’est ce qu’ambitionne le fabricant marseillais Dualsun, qui produit déjà des panneaux hybrides en France (gamme Spring), et des modules photovoltaïques (PV) en Chine (gamme Flash). Le 6 mai 2026, son co-fondateur et directeur général Jérôme Mouterde a donc présenté la nouvelle gamme Azur : elle sera assemblée sur les lignes de l’industriel autrichien Sonnenkraft. Cet accord permet de « mutualiser une ligne de production », donc de limiter les coûts malgré un volume de production limité, et de pouvoir « réaliser un lancement rapide de la nouvelle gamme éligible à la TVA à 5,5 % », explique Jérôme Mouterde.

En effet, le 1er octobre 2025 est entrée en vigueur en France une TVA à 5,5 % sur la livraison et l’installation de panneaux solaires PV résidentiels, à condition de respecter certains critères techniques et environnementaux. Parmi ceux-ci figurent la puissance de l’installation – qui doit être inférieure ou égale à 9 kWc –, une teneur en métaux lourds des panneaux nulle ou faible, l’intégration d’un système de gestion de l’énergie capable de synchroniser la production solaire avec la consommation (chauffage, eau chaude, borne de recharge, etc.) et, enfin, une faible empreinte carbone des panneaux (moins de 530 kgCO2eq/kWc). Ces critères doivent être évalués par un organisme certificateur accrédité.

La Chine s’adapte vite

Avec cette TVA réduite, l’objectif affiché par le gouvernement était de faciliter l’accès des particuliers à l’énergie PV. Le but non explicite était de permettre aux industriels européens d’être concurrentiels sur un marché saturé de panneaux chinois à bas prix. Cela a fonctionné, mais peu de temps. Une étude de Revolt.eco, logiciel métier d’aide à la vente des installateurs PV et autres EnR, montre que les fabricants chinois ont su s’adapter très rapidement. À l’entrée en vigueur de la réglementation, quasiment aucun panneau chinois n’était éligible. Quelques mois plus tard, un fabricant chinois respecte les exigences. D’autres sont en voie de certifier leurs panneaux. Résultat : selon l’étude, en avril 2026, les panneaux chinois éligibles au taux réduit représentent 22 % des devis signés, en progression exponentielle, pendant que les fabricants européens éligibles stagnent sous 5 % des volumes installés.

Durcir encore la réglementation

De son côté, le panneau Azur affiche une empreinte carbone de 504,9 kg CO₂eq/kWc (selon la méthode ECS PPE2-V2), ce qui le qualifie pour la TVA à 5,5 %. Les démarches de certification sont en cours auprès de Certisolis. Il affiche un rendement garanti à 22,38 % et une résistance à la grêle certifiée RG4. Et il est fabriqué en Europe, ce qui peut constituer un argument de vente « si le surcoût ne dépasse pas 10 à 15 %. Au-delà, l’envie de faire appel à un produit français ou européen s’atténue », estime l’ancien ministre François de Rugy, qui accompagnait le lancement de la nouvelle gamme.

Face à la réactivité chinoise, Jérôme Mouterde note que le Net Zero Industry Act (NZIA) européen, qui fixait en 2024 l’objectif de 40 % de production européenne d’ici 2030, « est encore très peu contraignant ». Allant plus loin, l’Industrial Accelerator Act (IAA) en cours de discussion à Bruxelles impose des critères de préférence européenne dans les appels d’offres ; pour qu’il soit réellement efficace, « il faut viser le vrai made in Europe », souligne l’entrepreneur.

En ce qui concerne la France, Jérôme Mouterde reconnaît qu’il est logique que le tarif d’achat ait diminué en 2025, même s’il regrette la rapidité avec laquelle les changements de tarifs ont été appliqués. Par ailleurs, il plébiscite la TVA à 5,5 %, et appelle même « à durcir encore la législation pour bénéficier de la TVA à 5,5 %, par exemple en ajoutant des contraintes sur la recyclabilité et la durabilité des panneaux ».


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