Former un élève ingénieur coûte cher : Cécile Dubarry, directrice de l’Institut Mines-Télécom (IMT), évoque le chiffre de 13 000 euros par an, qui est cohérent avec la moyenne de 12 000 € par an rapportée par la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI).
Jusqu’à présent, les étudiants payaient à peine 5 % du coût réel de leur formation, puisque les frais d’inscription dépassaient rarement la fourchette des 600 € – 630 € annuels. Mais en 2018, les écoles du réseau Centrale ont amorcé une petite révolution en imposant, pour certaines, des frais d’inscription dépassant les 2 000 €, alors qu’aucune réforme ne le demandait.
Et depuis 2018, les tarifs n’ont fait qu’augmenter. Ainsi, en 2025, un étudiant non boursier devait compter 3 660 € pour s’inscrire à Centrale Supélec. L’IMT a également suivi le mouvement, avec une hausse progressive de ses tarifs : 3 200 €/an en 2025, puis 3 600 €/an en 2026.
Un déséquilibre budgétaire avec des causes multiples
Comme le regrette le président de la CDEFI, Emmanuel Duflos, au micro de France Culture, c’est avant tout la baisse continue des subventions qui pousse les écoles dans leurs retranchements. Selon lui, les écoles ont tout fait : « Oui elles ont fait de l’optimisation, oui elles ont recherché tout ce qu’elles pouvaient, oui elles ont été les bonnes élèves. » Mais aujourd’hui, elles n’ont plus d’autre choix que d’augmenter leurs tarifs, car aujourd’hui « dans les écoles d’ingénieurs, il n’y a plus de mou ».
Néanmoins, bien que les subventions ministérielles représentent 40 à 70 % des ressources des écoles, il serait faux de réduire le problème à un manque de soutien de l’État. On n’observe pas d’effondrement des subventions, mais une érosion progressive ou une stagnation qui met les écoles « dans le rouge », car elles doivent, dans le même temps faire face à une inflation des coûts énergétiques, à de multiples besoins d’investissements (matériel éducatif, numérique, modernisation des laboratoires) et pour certaines d’entre-elles à une hausse du nombre d’étudiants.
Un système forcé d’évoluer
Faut-il augmenter les frais d’inscription des écoles ? La réponse est « oui » selon Carole Deumié, vice-présidente de la CDEFI et directrice de Centrale Marseille. Elle rappelle, dans le journal Le Parisien, que les écoles réclament une évolution du système. En outre, elle précise que « l’idée n’est pas de faire payer tout le coût de la formation aux familles parce que nous restons attachés à notre mission de service public, mais il faut trouver un équilibre ».
Faire évoluer le modèle économique des écoles d’ingénieur publiques est donc inévitable, mais l’opération pourrait s’avérer périlleuse, le piège étant de se rapprocher du modèle des écoles privées, beaucoup plus chères. Comme le rappelle Cyprien Plane, président du Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), « les écoles publiques se tirent une balle dans le pied. Si elles s’alignent sur les écoles privées, elles vont limiter leur attractivité. »
Or, cette baisse d’attractivité risquerait, à terme de réduire le nombre d’ingénieurs formés et donc de créer une pénurie, ou plutôt de l’aggraver, car la France fait malheureusement face à un déficit structurel d’ingénieurs : il en manquerait déjà 20 000 chaque année, selon Syntec-Ingénierie.
Cette situation est, en outre, d’autant plus paradoxale que l’État souhaite former plus d’ingénieurs, environ 10 000 de plus par an, selon le ministère de l’Enseignement supérieur !
Une hausse généralisée se confirme
Cette hausse des frais d’inscription qui est en cours dans les écoles d’ingénieur serait-elle aussi transposable aux universités ? Depuis les Assises du financement des universités qui a eu lieu en 2026, la question d’une hausse des frais s’est imposée pour l’ensemble de l’enseignement supérieur public, en raison du décalage croissant entre stagnation des recettes et augmentation des dépenses des établissements.
Dans le rapport remis au gouvernement, les rapporteurs ont ainsi formulé une proposition choc : multiplier par cinq les frais d’inscription, car « si le modèle financier des universités n’évolue pas, il ne sera plus soutenable d’ici à 2030 ».
Mais ces mesures choc rencontrent parfois un fort rejet. De son côté, Dean Lewis, le président de l’Université de Bordeaux, s’oppose à cette hausse globale des frais d’inscription proposée dans le cadre des Assises du financement des universités.
En cette rentrée universitaire, il affirme même, dans Sud Ouest, qu’« avant d’augmenter les droits d’inscription des étudiants qui s’inscrivent à l’université ou dans des grandes écoles », on pourrait s’attaquer à « la régulation des milliards d’euros qui vont dans l’enseignement privé lucratif », dont les dérives sont connues et documentées[1].
Enfin, si l’on en croit les dernières annonces du gouvernement concernant le budget 2027, l’enseignement supérieur des lycées publics serait lui aussi concerné dans un avenir proche. Le projet de loi de finances (PLF) a ainsi évoqué, pour les étudiants non boursiers, une participation de 178 euros pour une inscription en BTS et de 270 euros pour une inscription en classe préparatoire. Mais cette mesure présentée le matin même, en pleine mobilisation des jeunes des lycées et universités, n’aura tenu que quelques heures, puisque le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray a annoncé que « le gouvernement prendra l’initiative de la retirer », en précisant que « normalement dans un débat démocratique, ça se décide au Parlement ».
Il est donc clair que la question des frais de scolarité n’a pas fini de faire débat.
[1] Voir le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié le 26 juin.
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