Le projet de tour éolienne de grande hauteur « GICON-Höhenwindturm » (GICON-HWT) est situé à Schipkau, sur un ancien territoire d’exploitation du lignite. Il présente ainsi un contraste symbolique qui s’inscrit dans la dynamique de transition énergétique. Avec une mise en service officielle prévue en novembre 2026, il vise à exploiter les vents à 300 mètres au-dessus du sol – potentiellement plus forts et plus réguliers. Financé dans le cadre d’un projet de démonstration soutenu par l’agence allemande SPRIND, ce dispositif entend accroître la production électrique et explorer de nouvelles perspectives pour l’éolien terrestre, notamment à travers une meilleure valorisation des parcs déjà existants.
Une structure télescopique pour accroître la production électrique
La particularité du « GICON-HWT » réside dans sa structure métallique en treillis associée à un système télescopique, conçu pour porter une éolienne à une hauteur exceptionnelle. Achevée en septembre 2026, cette installation a atteint sa hauteur totale de 365 mètres, avec un moyeu situé à 300 mètres du sol. Son architecture repose sur un mât extérieur fixe en acier et un mât intérieur mobile, capable de coulisser verticalement. Ce dispositif permet de réaliser une grande partie du montage à une hauteur plus accessible, avant de déployer la structure intérieure jusqu’à sa position définitive grâce à un système de levage intégré. Le treillis métallique mobilise plus de 2 000 tonnes d’acier et environ 22 000 pièces, illustrant l’ampleur du défi d’ingénierie.
Selon GICON, l’exploitation de vents plus puissants et plus réguliers à cette grande altitude pourrait permettre d’atteindre un productible annuel deux fois supérieur à celui d’une éolienne conventionnelle de même diamètre de rotor. Le concepteur avait initialement annoncé une production annuelle prévisionnelle d’au moins 18 GWh dans le cas d’une turbine de 3,8 MW, ce qui correspondrait à la consommation électrique d’environ 6 000 foyers. Pour de futures installations équipées de turbines d’une puissance égale ou supérieure à 8 MW, le groupe avance un objectif de 30 à 33 GWh par an, pouvant couvrir les besoins énergétiques de 7 500 foyers environ. Ces performances restent toutefois des projections, dont la validation dépendra des conditions météorologiques et de la rentabilité réelle des installations.
La viabilité économique : un défi majeur
Si le « GICON-HWT » présente un potentiel énergétique prometteur, sa viabilité économique reste à confirmer. Selon des estimations présentées par GICON dans une documentation technique consacrée à son concept de centrale hybride, et rapportées par le Science Media Center, une installation issue d’une production de série coûterait environ 10,8 millions d’euros, contre près d’un million pour une éolienne conventionnelle – un surcoût considérable qui doit être compensé. Pour atteindre cet objectif, le concepteur mise sur un rendement accru grâce à la position surélevée du moyeu, ainsi que sur la possibilité de créer trois niveaux de valorisation énergétique sans mobiliser de nouvelles surfaces. Le concept serait de combiner dans un même parc ces structures innovantes, les éoliennes déjà existantes et des panneaux photovoltaïques pouvant être ajoutés au niveau du sol inoccupé.
À terme, l’industrialisation pourrait réduire les coûts grâce à la standardisation des composants et à l’optimisation du dimensionnement des turbines. GICON vise ainsi un coût actualisé de l’électricité inférieur à 5 centimes d’euro par kWh pour les futures installations. Dans cette perspective, les gains de production devront compenser les dépenses supplémentaires liées à la construction de la structure, à sa maintenance et à son exploitation. Les résultats obtenus en conditions réelles d’exploitation seront donc indispensables pour déterminer si cette technologie peut devenir compétitive.
Quel bilan environnemental pour l’éolien de grande hauteur ?
L’empreinte environnementale d’un projet tel que le « GICON-HWT » ne se limite pas à la production d’électricité verte, mais englobe également les ressources nécessaires à la construction et à l’exploitation du dispositif. Avec plus de 2 000 tonnes d’acier mobilisées, la structure implique une consommation importante de matières premières et d’énergie, ainsi que des émissions de gaz à effet de serre associées à la fabrication des matériaux et au chantier. À cela s’ajoutent les besoins liés à la maintenance d’une installation de grande hauteur et aux éventuelles opérations de remplacement des composants.
Le projet soulève ainsi une question centrale pour l’éolien de grande hauteur : l’augmentation du rendement énergétique suffit-elle à justifier les ressources supplémentaires nécessaires à la construction de telles infrastructures ? Seule une analyse du cycle de vie, fondée sur des données d’exploitation réelles, permettra d’évaluer les bénéfices environnementaux nets de cette technologie par rapport à une éolienne conventionnelle.
Au-delà de la prouesse d’ingénierie, le « GICON-Höhenwindturm » représente une nouvelle frontière que l’éolien terrestre est invité à explorer. En exploitant des vents à plusieurs centaines de mètres d’altitude, cette technologie vise à accroître la production électrique sans étendre systématiquement l’emprise des parcs existants. Son avenir dépendra toutefois du retour d’expérience concernant sa fiabilité en exploitation, son modèle économique et son empreinte environnementale. Si les performances prévues sont effectivement confirmées, elle pourrait trouver sa place dans le paysage mondial de la transition énergétique.
Dans l'actualité
- Comment RTE raccorde les parcs éoliens en mer
- Électricité : le solaire et l’éolien dépassent les énergies fossiles en Europe en 2025
- RTE entretient le débat sur l’éolien et le solaire
- Et si le futur de l’éolien s’écrivait dans le ciel ?
- Panneaux solaires et éoliennes : les énergies renouvelables à l’épreuve de la circularité
Dans les ressources documentaires
- Transition énergétique - Enjeux et perspectives
- Énergie éolienne terrestre
- Atlas du potentiel de l'énergie éolienne et mesures de vent
- Mix énergétique : intégration des énergies renouvelables et équilibre des réseaux électriques - Stabilité des systèmes électriques à forte pénétration d'EnR intermittentes
- Analyse du cycle de vie, énergie grise, économie circulaire