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La déforestation tropicale menace la capacité d’innovation de l’industrie pharmaceutique

Posté le 5 août 2026
par La rédaction
dans Environnement

Les forêts tropicales ne constituent pas seulement des réservoirs de carbone. Leur biodiversité forme aussi une bibliothèque biologique encore largement inexplorée pour la recherche de nouveaux traitements. La poursuite de leur destruction pourrait ainsi priver l’industrie pharmaceutique de molécules, de données génétiques et de revenus futurs considérables.

Les produits naturels issus des plantes, des champignons et des micro-organismes restent une source importante de principes actifs ou de structures moléculaires utilisées pour concevoir des médicaments. Une revue scientifique récente rappelle que plus de la moitié des médicaments approuvés sont liés, directement ou indirectement, à des produits naturels. Les progrès du séquençage et de la bio-informatique renforcent également l’intérêt des Digital Sequence Information (DSI), ou informations de séquençage numérique, qui permettent d’exploiter des données génétiques sans transporter physiquement l’organisme dont elles proviennent.

Cette dépendance à la diversité du vivant donne une valeur économique aux espèces qui n’ont pas encore été étudiées. Une analyse de Zero Carbon Analytics estime que les plantes à fleurs présentes dans les grandes forêts tropicales pourraient représenter environ 714 milliards de dollars de valeur commerciale potentielle pour la découverte de médicaments. Compte tenu des incertitudes du modèle, la fourchette s’étend de 382 milliards à 1 200 milliards de dollars. Il ne s’agit pas de revenus déjà identifiés, mais d’une valeur d’option correspondant à la possibilité de découvrir et de commercialiser de futurs traitements.

Un risque économique encore largement invisible

En croisant cette estimation avec l’évolution du couvert forestier, l’analyse évalue à 86 milliards de dollars la valeur pharmaceutique déjà mise en péril par la déforestation entre 2001 et 2024. Là encore, l’incertitude est élevée, avec une fourchette comprise entre 46 et 142 milliards de dollars. La disparition d’une parcelle ne signifie pas automatiquement qu’un médicament est perdu, mais elle réduit la probabilité de conserver les espèces et les ressources génétiques susceptibles d’alimenter de futurs programmes de recherche.

Le maintien des trajectoires actuelles de destruction pourrait menacer 88 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2050, avec une estimation basse de 47 milliards et une estimation haute de 145 milliards de dollars. Ce montant doit donc être compris comme un scénario de perte d’opportunités pharmaceutiques, et non comme une charge financière certaine qui apparaîtrait dans les comptes des laboratoires.

L’arrêt progressif de la déforestation à l’horizon 2030 modifierait fortement ce résultat. Dans ce scénario, la valeur supplémentaire exposée serait limitée à environ 9 milliards de dollars. Près de 79 milliards de dollars de potentiel commercial pourraient ainsi être préservés par rapport à une poursuite des tendances actuelles. L’écart entre les scénarios souligne l’importance économique du calendrier de protection des forêts.

Les données forestières récentes montrent toutefois que la pression demeure élevée. En 2025, 4,3 millions d’hectares de forêts tropicales primaires ont disparu, soit plus de onze terrains de football par minute. Cette perte a diminué par rapport au niveau exceptionnel de 2024, marqué par de vastes incendies, mais elle reste 46 % supérieure à celle observée dix ans plus tôt. Ces écosystèmes matures concentrent pourtant une biodiversité particulièrement riche et difficilement remplaçable.

La biodiversité devient un enjeu industriel

La conservation ne relève donc plus uniquement de la responsabilité environnementale des entreprises. Elle touche aussi la gestion des portefeuilles de recherche, l’accès futur à des composés originaux et la résilience des chaînes d’innovation. L’analyse relève pourtant que les financements chiffrés consacrés à la biodiversité restent rares parmi les quinze plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux.

La question du partage de la valeur devient également centrale. Le fonds Cali, créé dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB), doit permettre aux entreprises utilisant des informations de séquençage numérique de contribuer à la conservation et de mieux redistribuer les bénéfices tirés des ressources génétiques. Le mécanisme prévoit, pour les entreprises concernées dépassant certains seuils, une contribution indicative de 0,1 % du chiffre d’affaires annuel ou de 1 % du bénéfice annuel.

Pour l’industrie pharmaceutique, la déforestation tropicale représente ainsi moins un coût immédiat qu’une érosion silencieuse de son espace d’innovation. Protéger les écosystèmes revient à maintenir ouvertes des pistes de recherche qui pourraient déboucher sur de nouveaux antibiotiques, anticancéreux ou traitements contre des maladies encore insuffisamment prises en charge. La biodiversité tropicale apparaît dès lors comme une infrastructure scientifique naturelle dont la disparition réduit durablement les possibilités technologiques et commerciales.


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