En ce moment

L’AIEA envisage d’accroître l’efficacité des centrales avec l’IA

Posté le 9 avril 2026
par Arnaud Moign
dans Énergie

En décembre 2025, l’AIEA a organisé le tout premier Colloque international sur l’IA et l’énergie nucléaire. Responsables gouvernementaux, organisations du secteur nucléaire et grandes entreprises technologiques étaient réunis afin d’évaluer en quoi et comment l’IA peut aider au développement de la technologie nucléaire.

L’intérêt de l’AIEA pour les technologies digitales avancées n’est pas nouveau, puisque l’AIEA soutient l’application potentielle de l’IA dans les centrales nucléaires depuis 2021 et que le potentiel de l’IA était déjà évoqué dans un article du Bulletin de l’AIEA de septembre 2023.

Nelly Ngoy Kubelwa, ingénieure nucléaire spécialisée dans les technologies innovantes à l’AIEA, avait alors déclaré : « associée à d’autres technologies, comme les jumeaux numériques, l’IA pourrait considérablement accroître l’efficacité de la production d’énergie d’origine nucléaire ».

Néanmoins, s’il ne fait aucun doute que l’IA suscite un vif intérêt pour la filière, le déploiement de ces technologies nouvelles dans les centrales nucléaires ne peut être aussi rapide que dans des secteurs moins réglementés.

De l’IA dans les centrales : pour quelles applications ?

L’IA est un levier de performance majeur, car on retrouve ses applications potentielles dans l’ensemble de la chaîne de valeur électronucléaire. En voici une liste non exhaustive :

Pas d’IA sans données de qualité et une gestion sécurisée

La transformation de l’industrie électronucléaire par l’IA repose avant tout sur des données de qualité, partageables, accessibles et sécurisées. Avant d’être en mesure d’entraîner des modèles d’IA, ces données doivent donc être collectées et gérées, ce qui implique une collaboration à l’échelle de l’industrie et pose aussi des questions en termes de sûreté et de réglementation.

Par ailleurs, l’intégration de l’IA dans ce secteur ne peut en aucun cas servir à mettre de côté le savoir-faire humain, qui est « un prérequis essentiel » à la sécurité, selon Sofia Guerra, une experte en sûreté nucléaire qui a travaillé pour l’AIEA.

Or, il est connu que les outils d’IA ne sont pas fiables à 100 % et peuvent provoquer des erreurs en cascade, qui sont incompatibles avec le niveau de sûreté requis, puisque la moindre erreur peut avoir des conséquences très graves.

Le rapport de l’AIEA intitulé « Considerations for Deploying Artificial Intelligence Applications in the Nuclear Power Industry » (2025) ne présente ainsi, à aucun moment, l’IA comme une technologie autonome ou visant à substituer l’expertise humaine. Pour l’AIEA, elle doit demeurer un outil d’aide, strictement encadré par la sûreté nucléaire, donc avec des exigences élevées en termes de gouvernance, de validation, de contrôle humain et de gestion du risque.

Ne pas tomber dans le piège de la dérégulation

Lors de la conférence qui s’est tenue à Vienne en décembre 2025, Rian Bahran, du département américain de l’Énergie, a fait part de son enthousiasme vis-à-vis de l’IA, en laquelle il voit un moyen de « doubler la productivité » et « l’impact » de la science et de l’ingénierie américaine « d’ici une décennie ».

En outre, son administration s’est associée à des partenaires privés pour développer des outils de conception alimentés par IA, dans le but « d’accélérer la fabrication autonome ». Il a également appelé à une accélération du processus de validation des constructions de centrales et estime que l’IA pourrait limiter à 5 % la part d’intervention humaine dans la gestion et la production d’une centrale.

Cette vision purement productiviste, qui vise à accélérer la production de centrales, va bien évidemment à l’encontre des règles de sûreté de l’AIEA, qui n’a de cesse de rappeler que la sûreté nucléaire repose sur un cadre réglementaire fort, indépendant et techniquement compétent.

Espérons que ce cadre réglementaire saura résister aux pressions, car l’introduction de l’IA dans la filière nucléaire renforce le besoin de régulation, il ne le réduit pas !


Pour aller plus loin