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Fusion nucléaire : les startups privées sont-elles en train de doubler ITER ?

Posté le 3 mars 2026
par Arnaud Moign
dans Énergie

Huit ans : c’est le retard accumulé par le projet ITER, qui doit faire face à des défis techniques, humains et financiers majeurs. Si le projet avance néanmoins, ITER devra désormais composer, à l’échelle internationale, avec une multitude de concurrents publics et privés, bien déterminés à contrôler la fusion dans un avenir plus ou moins proche. ITER se fera-t-il devancer ?

Le projet ITER avance, lentement mais sûrement

En juillet 2024, Pietro Barabaschi, directeur général d’ITER, annonçait le report à au moins  2033 de la première production de plasma, une étape indispensable à la fusion et initialement prévue pour 2025. La production « d’énergie magnétique complète », initialement prévue pour 2033 dans le calendrier initial, a également été décalée à 2036.

Néanmoins, malgré les nombreux déboires et les retards, il y a des signes tangibles que ce projet titanesque avance. La construction de la chambre à vide toroïdale du tokamak, constituée de neuf éléments soudés ensemble, est notamment bien avancée, puisque le 4e module a été installé fin janvier. L’objectif est de terminer la mise en place de ces éléments fin 2026.

D’autres projets publics se développent à l’international

ITER n’est pas le seul programme visant à démontrer la faisabilité de la fusion contrôlée à grande échelle, qui soit financé par des États. Le plus remarquable est le dispositif JT‑60SA, inauguré au Japon, fin 2023. Il a été conçu et financé par l’Union européenne et le Japon dans le cadre de la collaboration « Approche Élargie ».

Le JT-60SA est, à ce jour, le plus grand dispositif de fusion nucléaire en fonctionnement. Néanmoins, ce n’est pas un « concurrent » d’ITER, puisqu’il a été conçu pour soutenir le fonctionnement d’ITER et étudier la meilleure façon d’optimiser la conception et le fonctionnement des centrales à fusion qui seront construites dans les années futures. Le CEA est d’ailleurs fortement impliqué dans le projet.

En dehors d’ITER et JT‑60SA, voici une liste des principaux projets de fusion publics répertoriés dans le monde.

Principaux projets publics de fusion recensés dans le monde

Néanmoins, ce tableau couvre uniquement les grands projets publics stratégiques de dimension internationale. Pour avoir une liste complète, il faudrait ajouter les dispositifs universitaires, les petits tokamaks nationaux et l’ensemble des installations historiques toujours en service.

Une foule d’acteurs privés se lancent également

Selon la base de données de l’AIEA dédiée aux projets de fusion, il y aurait (au 27 février 2026) 116 projets publics de fusion recensés dans le monde et pas moins de 66 projets privés.

Si la majorité des projets privés sont situés aux États-Unis (35 sur 66), l’Europe en compte 15, la Chine 7 et le Japon 4. Une compétition féroce semble donc être lancée dans le domaine de la fusion nucléaire « privée ».

En février 2026, la start-up américaine Helion Energy est notamment devenue le premier acteur privé à « démontrer une fusion deutérium-tritium (DT) mesurable et atteindre des températures de plasma de 150 millions de degrés Celsius. » Outre le record de température, c’est surtout, selon la Sfen[1], la première fois qu’une entreprise arrive à « obtenir et exploiter du tritium pour ses opérations de fusion nucléaire ».

Bien que les États-Unis aient démarré plus tôt que les autres cette course à la fusion privée, l’Europe n’est pas en reste. L’Allemagne, qui avait choisi de sortir du nucléaire en arrêtant ses dernières centrales en 2023, a maintenant pour ambition de devenir le premier pays à maîtriser la fusion. Or, l’Allemagne se distingue déjà avec quatre entreprises privées.

Proxima Fusion, Marvel Fusion et Focused Energy ont ainsi présenté une feuille de route commune sur le développement de l’industrie allemande de la fusion. Proxima Fusion a d’ailleurs pour ambition de construire la première centrale à fusion au monde basée sur une conception stellarator, un dispositif de confinement magnétique différent du Tokamak, et qui présente des avantages et inconvénients différents du Tokamak.

De son côté, Gauss Fusion, une autre start-up allemande qui travaille à la conception d’un stellarator, veut démontrer, à travers un rapport de 1 000 pages, qu’elle serait capable de construire un tel réacteur à fusion de 1 GW à l’horizon 2045.

Deux start-up françaises sont également en lice : GenF, créée en 2024, suite à un projet lancé par Thalès et Renaissance Fusion (2020), qui mise, tout comme Gauss et Proxima, sur l’architecture stellarator. L’entreprise va d’ailleurs lancer, en 2026, une ligne pilote de production de bandes supraconductrices haute température, un composant complexe qui est la clé de la technologie stellarator.

La course mondiale à la fusion nucléaire est donc lancée. Que le vainqueur soit un acteur public ou privé, une seule certitude : la réussite d’un projet d’une telle ampleur repose sur une étroite collaboration internationale.


[1] Société française d’énergie nucléaire


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