Le coup d'après

Les actualités à suivre : Safran, R&D, nucléaire, lunettes intelligentes, processeurs…

Posté le 26 octobre 2026
par La rédaction
dans Innovations sectorielles

La rédaction vous propose un rapide tour d'horizon sur les informations qui feront l'actualité industrielle dans les jours et les semaines à venir.

Industrie de défense : le pari de Safran sur les usines de demain

Porté par le réarmement mondial, Safran ambitionne de doubler son chiffre d’affaires dans la défense entre 2025 et 2030, contre environ 5,6 milliards d’euros en 2025. Le groupe bénéficie déjà d’une forte dynamique, avec une progression de 15,7 % de sa division Équipements et Défense au troisième trimestre 2026. Pour accompagner cette croissance, l’équipementier prévoit environ un milliard d’euros d’investissements entre 2025 et 2028 dans sept projets d’usines ou d’extensions de capacités. La production de bombes guidées AASM Hammer, déjà fortement accélérée, pourrait atteindre 2 000 unités par an dès 2027, contre 200 en 2022. À Montluçon, 120 millions d’euros sont investis pour tripler la capacité de production de gyroscopes de haute précision, avec 500 emplois supplémentaires prévus d’ici 2030. La propulsion militaire monte également en puissance, notamment avec les moteurs du Rafale, dont le futur standard F5 mobilise déjà les industriels. Safran renforce parallèlement son implantation internationale, avec une extension de son usine texane de moteurs de missiles. Le programme Thundart, développé avec MBDA, doit aussi ouvrir un nouveau marché dans les systèmes de frappe terrestre à longue portée. Ces investissements devraient soutenir les sous-traitants français de mécanique de précision, d’électronique, d’optronique et de matériaux avancés, mais accentuer la pression sur les capacités de production et les compétences. Le défi de Safran sera désormais de transformer l’explosion des commandes en une puissance industrielle durable, capable de répondre simultanément aux besoins des armées françaises et des marchés export.

Guerre commerciale : les entreprises rapatrient leur recherche, la France prend le chemin inverse

Les tensions commerciales provoquent un recentrage mondial de la recherche et développement (R&D), qui pourrait redessiner la géographie de l’innovation industrielle. D’après le baromètre international Ayming, 73 % des dirigeants interrogés déclarent mener des activités de R&D dans leur pays d’origine, contre 50 % en 2025. Le recours aux subventions nationales progresse également, tandis que les financements internationaux reculent, signe d’une recherche davantage liée aux stratégies de souveraineté. Cette tendance répond à la fragmentation du commerce mondial, qui incite les groupes à sécuriser leurs technologies et leurs chaînes d’approvisionnement. Paradoxalement, certaines entreprises françaises réduisent leurs dépenses de recherche nationales pour les transférer en Chine, où elles cherchent à bénéficier d’un écosystème industriel compétitif. Une évolution préoccupante alors que l’OCDE appelle la France à renforcer sa compétitivité industrielle. L’Insee rappelle que les entreprises industrielles figurent parmi les plus concernées par les mouvements de délocalisation et de relocalisation, qui touchent aussi les fonctions stratégiques. La pression pour obtenir des résultats rapides pourrait également fragiliser la recherche exploratoire, indispensable aux ruptures technologiques dans les matériaux, l’énergie, la chimie ou la santé. Alors que la relocalisation des achats devient un levier de souveraineté, la France devra aussi retenir ses laboratoires, ses ingénieurs et ses brevets : les usines de demain s’inventent dans les centres de recherche d’aujourd’hui.

Nucléaire : la France prépare ses centrales à fonctionner au-delà de 60 ans

Faire fonctionner les centrales nucléaires françaises au-delà de 60 ans devient une perspective crédible : l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) n’a identifié aucun obstacle rédhibitoire à ce stade. Une consultation publique, ouverte jusqu’au 2 décembre 2026, doit alimenter son avis définitif attendu début 2027. Cette perspective concerne les 56 réacteurs de deuxième génération, construits principalement dans les années 1980, dont une vague de fermetures rapprochées fragiliserait l’approvisionnement électrique. Mais l’autorité souligne que des travaux techniques conséquents restent nécessaires, notamment sur le vieillissement des équipements difficilement remplaçables.

Le programme Grand Carénage d’EDF constitue déjà un immense chantier de modernisation, mobilisant ingénierie, chaudronnerie, métallurgie, contrôle et maintenance. Le changement climatique et la résistance des installations aux fortes chaleurs et aux aléas extrêmes deviennent également des paramètres déterminants. La filière française pourrait ainsi bénéficier de plusieurs décennies supplémentaires de commandes, à condition de disposer des compétences et capacités industrielles nécessaires. L’enjeu est d’autant plus important que RTE prévoit une forte évolution du parc historique autour de 2040, parallèlement à l’arrivée des futurs EPR2. Cette consultation ne constitue toutefois pas une autorisation générale : chaque réacteur devra continuer à satisfaire aux exigences de sûreté lors de ses réexamens périodiques. Prolonger le parc existant pourrait devenir l’un des grands leviers de la souveraineté énergétique française, mais aussi un test industriel majeur pour la filière nucléaire.

Après les smartphones, les lunettes intelligentes menacent-elles les secrets industriels ?

Les lunettes connectées équipées de caméras, microphones et intelligence artificielle suscitent des inquiétudes croissantes sur la confidentialité, alors que leur diffusion s’accélère. Selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), 67 % des Français interrogés considèrent ces dispositifs comme une menace pour la vie privée, notamment parce qu’ils permettent de filmer presque à l’insu des personnes. Le risque dépasse la sphère privée : en février 2026, un incident impliquant des lunettes-caméras sur un site de Dassault Aviation a soulevé des soupçons d’espionnage industriel. Plans de fabrication, prototypes, équipements sensibles ou procédés confidentiels pourraient être exposés par des appareils capables d’enregistrer et de transmettre des images.

Le Comité européen de la protection des données vient d’appeler à renforcer les garanties entourant ces technologies. Le marché reste pourtant dynamique : les livraisons mondiales de lunettes intégrant l’IA ont atteint 8,4 millions d’unités en 2025, contre 2,1 millions en 2024. Cette croissance constitue une opportunité pour les fabricants français d’optique et d’électronique, notamment EssilorLuxottica, mais impose de nouvelles exigences de conception et de protection des données. Dans les entreprises industrielles, leur déploiement pourrait nécessiter des restrictions d’accès, des contrôles des captations et une sécurisation des transmissions, conformément aux recommandations de l’ANSSI sur les objets connectés. Entre assistance technique augmentée et captation incontrôlée d’informations, les lunettes intelligentes pourraient devenir un nouveau terrain de confrontation entre innovation et sécurité industrielle.

Après les processeurs, la prochaine bataille industrielle se joue dans les mémoires

La pénurie mondiale de puces mémoires provoque une flambée des coûts de fabrication des smartphones, conséquence inattendue de l’essor de l’intelligence artificielle. Les fabricants comme Samsung et SK Hynix privilégient les mémoires destinées aux serveurs d’IA, plus rentables, au détriment de celles utilisées dans les appareils électroniques grand public. D’après TrendForce, le coût des mémoires d’un smartphone courant a presque triplé sur un an début 2026, représentant désormais jusqu’à 40 % de son coût de fabrication. La pénurie frappe particulièrement les modèles abordables, poussant certains constructeurs à réduire leurs gammes. Le marché mondial accuse déjà le coup, avec une chute de 20 % des livraisons au troisième trimestre 2026. Cette tension pourrait se prolonger en 2027, les investissements industriels étant davantage orientés vers les mémoires avancées nécessaires aux centres de calcul. Les conséquences dépassent les smartphones : ordinateurs, équipements connectés, électronique embarquée et certains systèmes industriels utilisent également des mémoires devenues plus coûteuses. En France, la stratégie électronique France 2030 soutient les capacités de production de composants, notamment autour de STMicroelectronics et Soitec, sans toutefois couvrir l’ensemble des besoins en mémoire. Cette crise souligne ainsi une fragilité persistante : l’Europe développe ses propres semi-conducteurs, mais reste largement dépendante des producteurs asiatiques pour les puces mémoires indispensables à son industrie.


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