La perspective d’une enquête approfondie de la Commission européenne sur le financement des nouveaux réacteurs nucléaires n’apparaît pas, à ce stade, comme un facteur de blocage du programme français. Le schéma de soutien public destiné à EDF doit faire l’objet d’un examen européen, sans que cette étape soit présentée, à ce stade, comme susceptible de modifier le calendrier des six futurs réacteurs. La trajectoire officielle reste celle d’une décision finale d’investissement avant la fin de l’année 2026 et d’une première mise en service en 2038 à Penly, avant les développements prévus à Gravelines et au Bugey, dans le prolongement des orientations fixées par l’exécutif. Parallèlement, l’ouverture d’un examen européen du schéma de soutien public, ainsi que l’idée qu’il ne devrait pas retarder ce calendrier, ont été rapportées par Reuters puis précisées dans un compte rendu publié le 25 mars 2026.
Le programme EPR2 s’inscrit dans la stratégie de renouvellement du parc nucléaire français. Six réacteurs de forte puissance doivent être construits, pour une capacité additionnelle d’environ 10 gigawatts, avec l’objectif de remplacer progressivement une partie des installations les plus anciennes et de sécuriser l’approvisionnement électrique dans un contexte de hausse anticipée de la demande. Cette hausse est notamment reliée à la progression des besoins industriels et numériques.
Le coût prévisionnel du programme a été fixé à 72,8 milliards d’euros constants de 2020, c’est-à-dire hors effet de l’inflation ultérieure, un montant présenté par l’électricien en décembre 2025 puis repris dans les arbitrages publics de mars 2026.
Un examen européen centré sur la concurrence
Le point sensible concerne moins la technologie nucléaire elle-même que la forme du soutien public. Le schéma transmis à Bruxelles comprend un prêt bonifié couvrant au moins la moitié des coûts de construction, tandis que les paramètres retenus côté français évoquent désormais un prêt de l’État portant sur 60 % du montant total du programme, financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts. Il inclut aussi un contrat pour différence sur quarante ans, qui vise à compenser les écarts entre un prix de référence et le prix du marché pour sécuriser les revenus, ainsi qu’un mécanisme de partage des risques entre l’État et EDF.
L’examen de Bruxelles vise à déterminer si ce soutien est compatible avec les règles européennes relatives aux aides d’État. Les préoccupations identifiées portent sur le risque de consolidation de la position dominante d’EDF, qui représente déjà plus de 75 % de la production nette d’électricité en France. Dans cette lecture, un soutien massif à l’opérateur historique pourrait être considéré comme susceptible de limiter la concurrence et de décourager l’entrée de nouveaux acteurs. Ce cadre d’analyse met en lumière les principaux motifs de vigilance de la Commission.
Il ne s’agit toutefois pas d’une situation totalement inédite. Les autorités françaises considèrent que le montage proposé suit une logique proche de modèles déjà examinés au niveau européen, en particulier celui utilisé en République tchèque pour le projet de Dukovany. La Commission européenne avait approuvé en avril 2024 un dispositif tchèque comprenant un soutien au prix de l’électricité sur quarante ans et un prêt d’État subventionné couvrant la majorité des coûts de construction. C’est sur cette proximité que repose en partie la confiance affichée quant à la rapidité de la procédure européenne.
Une relance nucléaire maintenue sous surveillance
La confiance affichée à Paris ne signifie pas absence de risque procédural. Une enquête approfondie peut durer plusieurs mois et offre à la Commission un dossier plus solide en cas de contestation juridique ultérieure. Cette hypothèse est prise au sérieux dans la mesure où l’Autriche, hostile au nucléaire, a déjà attaqué par le passé des soutiens publics accordés à d’autres projets atomiques en Europe.
Dans l’immédiat, la ligne retenue reste donc celle d’une relance du nucléaire maintenue, mais juridiquement balisée. Le programme français avance avec un cadre politique confirmé, un coût désormais public, un schéma de financement défini et un calendrier toujours revendiqué. Le contrôle européen apparaît dès lors comme un passage obligé pour sécuriser le montage plutôt que comme une remise en cause du fond du projet. Dans cette séquence, l’enjeu central devient celui de la robustesse juridique et concurrentielle d’un dispositif appelé à porter l’une des plus importantes opérations industrielles françaises des prochaines décennies.
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