Robots, semi-conducteurs, IA physique : VivaTech 2026 cartographie les batailles industrielles à venir
Du 17 au 20 juin, la 10e édition de VivaTech accueille 15 000 startups et 4 000 investisseurs à Paris Expo Porte de Versailles, avec une surface en hausse de 30 % et un vocabulaire radicalement différent des éditions précédentes : souveraineté, résilience, indépendance stratégique ont remplacé disruption et croissance. Le signal le plus fort vient d’ASML : Christophe Fouquet, le PDG du fabricant néerlandais dont dépend toute la chaîne mondiale des puces électroniques, viendra en personne défendre sa vision des infrastructures critiques, aux côtés d’Emmanuel Macron le 18 juin. Le cœur technologique de l’édition est la robotique humanoïde et l’embodied AI – Unitree et Agibot côté chinois, Genesis, Botiful et les robots du CNRS côté européen – avec une baisse des coûts des automates de 30 à 40 % en un an qui transforme la démonstration en perspective industrielle réelle. Pour les ingénieurs et les décideurs industriels, le message de cette édition est clair : l’IA physique entre dans les ateliers, CMA-CGM le montre déjà en déployant des robots pour fluidifier ses opérations portuaires. La question aujourd’hui n’est plus de savoir si les robots humanoïdes vont entrer dans l’industrie, mais qui va dominer la chaîne de valeur de leur fabrication.
Géolocalisation à moins d’un mètre, latence 100 fois inférieure à la 5G : ce que la 6G va changer dans les usines d’ici 2030
L’UIT a posé le cadre IMT-2030 en 2024 et 2026 marque le début des travaux formels de standardisation 6G par le 3GPP. Les réseaux commerciaux ne sont pas attendus avant 2030. Pourtant les décisions prises dans les 12 à 24 prochains mois vont conditionner les architectures réseau industrielles pour toute la décennie suivante. En France, l’Institut Mines-Télécom a lancé la plateforme France 6G pour peser dans la standardisation internationale. Les capacités annoncées changent radicalement l’équation industrielle : géolocalisation à moins d’un centimètre, connexion indoor traversant 50 mètres de béton, densité de dizaines de millions de capteurs par km²… Pour la maintenance industrielle, le travailleur isolé localisé en temps réel dans un entrepôt de 200 000 m², pour la logistique, le suivi unitaire de chaque pièce sans infrastructure RFID dédiée : ces cas d’usage ne sont plus des concepts, mais des cibles de standardisation documentées par l’ITU. Pour les responsables infrastructure et les DSI industriels, l’enjeu est immédiat. Les choix d’architecture réseau engagés aujourd’hui sur la 5G privée s’amortissent sur dix ans. Ignorer la 6G dans ces arbitrages reviendrait à prendre le risque de devoir refaire des choix coûteux dès 2029.
D’ici 2030, les deeptech françaises devront trancher : s’industrialiser en Europe ou se faire racheter par les États-Unis
À VivaTech 2026, le CNRS présente huit startups deeptech issues de ses laboratoires : DIAMFAB et ses semi-conducteurs en diamant synthétique comme alternative au GaN et au SiC, Exotrail et ses propulseurs de mobilité orbitale pour le new space, Xpdeep et son IA explicable pour les secteurs stratégiques. Trois innovations de rupture, mais aussi trois marchés à fort enjeu de souveraineté. Trois entreprises qui illustrent une réalité encourageante et une fragilité persistante. La réalité d’abord : la France, qui compte 2 830 startups deeptech, a multiplié par trois ses levées de fonds en cinq ans – 4,1 milliards d’euros – et se positionne au 4e rang mondial, derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. La fragilité ensuite : le passage à l’échelle en termes de levées de fonds, d’industrialisation et d’internationalisation constitue l’enjeu majeur identifié par la DGE elle-même. Le rapport DGE chiffre le besoin à 30 milliards d’euros d’ici 2030 pour accompagner les startups de la preuve de concept à l’usine. Sans cet effort, le risque est documenté et répété : les pépites françaises se font racheter par des industriels américains ou asiatiques au moment précis où elles commencent à créer de la valeur industrielle. Le Plan Deeptech vise 500 nouvelles startups par an d’ici 2030. L’objectif d’émergence est presque atteint. Celui d’industrialisation, lui, commence à peine.
D’ici 2031, Saint-Thibault-des-Vignes produira 216 GWh par an de chaleur et d’électricité à partir de déchets ménagers
Le contrat signé le 18 novembre 2025 entre Paprec Énergies et le SIETREM est le plus important jamais attribué dans la valorisation énergétique des déchets en France : 1,3 milliard d’euros sur 26 ans pour concevoir, construire et exploiter la future unité de valorisation énergétique de Saint-Thibault-des-Vignes en Seine-et-Marne. La collectivité investit 239 millions d’euros. Paprec prend à sa charge le solde, soit près de 700 millions consacrés à la construction d’une usine équipée de deux fours traitant 215 000 tonnes de déchets non recyclables par an, avec une mise en service prévue en mars 2031. La production annuelle atteindra 143 GWh d’électricité et 73 GWh de chaleur, couvrant les besoins de 31 communes et 315 000 habitants. Ce projet inaugure également une première française : Paprec y captera le CO₂ émis par l’usine dès 2027, positionnant l’UVE comme un site de démonstration du captage carbone industriel à l’échelle réelle. Pour les industriels et les collectivités, ce contrat trace une feuille de route claire : la valorisation énergétique des déchets non recyclables n’est plus un plan B environnemental, mais une infrastructure énergétique locale à part entière, capable de produire de l’électricité et de la chaleur de manière pilotable, complémentaire aux renouvelables intermittents. Paprec enchaîne d’ailleurs avec un second contrat de 750 millions d’euros en Anjou, confirmant une dynamique de marché qui devrait redistribuer les cartes entre opérateurs sur les prochaines années.
La serpentinisation stimulée peut-elle devenir une filière industrielle d’hydrogène bas coût ?
Le BRGM et VEMA Hydrogen ont annoncé en mai 2026 un contrat de R&D collaborative pour modéliser la production d’hydrogène géologique stimulé – dit hydrogène orange –, une approche radicalement différente de l’électrolyse ou de la pyrolyse. Le principe repose sur la serpentinisation des péridotites : une saumure sous pression est injectée dans des formations rocheuses ultramafiques riches en fer, déclenchant des réactions d’oxydo-réduction qui produisent de l’hydrogène, sans besoin d’électricité et sans CO₂. Ce phénomène est naturel et spontané dans la croûte terrestre. VEMA ne fait qu’accélérer une réaction géologique qui se produit depuis des milliards d’années, en la contrôlant avec des catalyseurs. En février 2026, VEMA a complété le forage de ses deux premiers puits pilotes au Québec. La startup vient de signer une lettre d’intention avec First Atlantic Nickel pour développer le procédé au Newfoundland sur le complexe ophiolitique de Pipestone, posant les bases d’un modèle inédit combinant production d’hydrogène et développement minier sur un même site. Si les pilotes valident les hypothèses, l’enjeu industriel est considérable : VEMA revendique un coût de production inférieur à 1 dollar le kilo, en-dessous même de l’hydrogène fossile non capté, sans réseau électrique ni infrastructure lourde. Ce qui ouvre des perspectives concrètes pour la décarbonation industrielle dans des zones isolées où les renouvelables et les électrolyseurs ne sont pas économiquement viables.
Dans l'actualité
- Vivatech devient plus que jamais le salon high tech de référence en Europe
- La demande robotique en usine explose dans le monde, mais les disparités géographiques s’accentuent
- LocIndoor garantit la localisation sans GPS
- « Le edge va être un marché énorme »
- Voyage autour de la Lune avec Artemis II
- Dépôts de brevet en Europe : l’Asie poursuit son offensive
- Marion Négrier : faire des déchets textiles des ressources durables
- Biodéchets : bien déconditionner pour mieux méthaniser
- Hydrogène bas carbone : une filière en manque de profils qualifiés
- DIAMFAB, la start-up française spécialisée dans la technologie de diamant semi-conducteur, poursuit son développement
- DIAMFAB met la technologie du diamant synthétique au service de la haute puissance
Dans les ressources documentaires