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Les destructions de zones humides dans le monde moins élevées que prévu

Posté le 20 mars 2023
par Nicolas LOUIS
dans Environnement

Des scientifiques ont chiffré avec précision les pertes de zones humides (marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves…) à l'échelle de la planète depuis 1700. Ils estiment, qu'en moyenne, 21 % de leur surface initiale a été détruite, mais que de fortes disparités sont constatées.

Durant la majeure partie de l’histoire humaine, les zones humides ont été considérées comme des terres improductives. Elles ont alors été drainées pour notamment être transformées en terres cultivables. Ce drainage a d’ailleurs produit certaines des terres les plus fertiles de la planète. Ce n’est qu’à partir de 1971, date de la Convention de Ramsar, que la conservation de ces écosystèmes a été officiellement reconnue comme une priorité internationale. L’on sait aujourd’hui que les zones humides jouent un rôle dans l’atténuation du réchauffement climatique en absorbant le CO2 atmosphérique. Jusqu’ici, la littérature scientifique rapportait qu’entre 28 % et 87 % d’entre elles avaient été détruites depuis 1700 à l’échelle mondiale. Une nouvelle étude, parue dans Nature, estime que la destruction est plus limitée.

Pour obtenir une image globale la plus précise possible, une équipe de chercheurs, regroupant entre autres l’université de Stanford, a combiné des archives historiques provenant de 3 000 documents issus de 154 pays, à des cartes actuelles de zones humides. Résultat : la destruction se chiffre à 3,4 millions de km² entre 1700 et 2020, soit une perte nette de 21 % de la superficie initiale. Mais de fortes disparités sont constatées, puisque certaines régions des États-Unis, de la Chine, de l’Inde, d’Asie du sud-est, et même d’Europe ont vu disparaître plus de 50 % de leurs zones humides en un peu plus de 300 ans. L’Irlande a par exemple perdu plus de 90 % de ses écosystèmes. Et cinq pays seulement représentent plus de 40 % de toutes les pertes mondiales, ce sont les États-Unis (15,6 % du total), la Chine (12,6 %), l’Inde (6,5 %), la Russie (4,5 %) et l’Indonésie (4,1 %).

La production de riz est le deuxième motif de conversion

Concernant les motifs de conversion de ces territoires, la transformation en terres cultivées est la cause la plus fréquente de perte des zones humides naturelles (61,7 % de la perte totale). Vient ensuite la conversion pour la production de riz inondé (18,2 %) ; celle-ci se révèle être un facteur de perte important dans certaines régions du monde, comme c’est le cas en Asie et en Afrique subsaharienne, où elle représente environ 40 % de toutes les pertes. À l’échelle mondiale, la conversion en zones urbaines représente 8 % de toutes les pertes de zones humides et la transformation en foresterie se chiffre quant à elle à 4,7 %. À noter que ce dernier domaine est le principal facteur de la perte en Suède, en Finlande et en Estonie, représentant plus de 45 % des pertes totales dans ces pays. Les dernières motivations de destruction de zones humides sont à mettre sur le compte de la culture de ces milieux humides (4,3 %), puis le pâturage (2,0 %) et enfin l’extraction de la tourbe.

Un point important concerne la dégradation des tourbières. Il s’agit d’un type de zone humide caractérisé par des profondeurs de sols organiques de plus de 40 cm, et dont la destruction se révèle particulièrement impactante en raison de leur rôle majeur dans le stockage du carbone dans le sol. Parmi les régions riches en tourbières, celles d’Europe du Nord ont subi les pertes les plus précoces et les plus élevées depuis 1700, suivies d’une augmentation récente du drainage des tourbières en Indonésie et en Malaisie pour la culture du palmier pour produire de l’huile.

Ce nouveau chiffrage montre que la plupart des études précédentes ont surestimé la conversion mondiale des zones humides, car elles s’appuyaient sur des données concentrées dans les régions à forte perte. Les auteurs de cet article rappellent que cette nouvelle estimation ne doit pas diminuer l’urgence de protéger et de restaurer les écosystèmes des zones humides, en particulier dans les régions où des drainages sont encore en cours. Ils expliquent que : « nos cartes de l’étendue des zones humides, des taux de conversion et des facteurs d’utilisation des terres permettent de nombreuses applications. Ces informations fournissent une base de référence pour les objectifs de conservation et la priorisation de la protection des zones humides et des espèces qui en dépendent. Dans un contexte de restauration, la compréhension de l’histoire de l’utilisation de ces terres aide à choisir des sites pour des interventions, telles que la réhumidification. »


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