Coup de chaud pour les géants de la tech américaine. Coup sur coup, Google puis Amazon ont publié leurs rapports environnementaux annuels. Le constat est sans appel. Les émissions totales de Google ont bondi de 82 % depuis 2019, avec une hausse de 18 % sur la seule dernière année, alors que le groupe s’était engagé à les réduire de moitié d’ici 2030. Amazon n’est pas en reste : ses émissions ont grimpé de 58 % sur la même période, dont 16 % en un an, alors que l’entreprise vise la neutralité carbone pour 2040.
En valeur absolue, les deux trajectoires divergent nettement. Google a rejeté l’an dernier 18,8 millions de tonnes équivalent CO2, quand Amazon, dont l’empreinte inclut aussi ses entrepôts, sa flotte logistique et ses livraisons mondiales, en a émis 80,85 millions. Plus de quatre fois plus !
Mais il y a pire. Pour la première fois depuis des années, la pollution des deux groupes augmente désormais plus vite que leurs ventes, une bascule qui n’est plus imputable à la seule croissance mécanique de l’activité, mais bien à un changement de nature de cette activité.
Le tournant remonte au succès de ChatGPT fin 2022, qui a poussé les géants du numérique à multiplier des centres de données extrêmement gourmands en électricité, en eau de refroidissement, en béton, en acier et en puces. Chez Amazon, ce sont précisément les émissions liées à la construction de nouveaux datacenters qui ont bondi de plus de 40 % en un an.
Longtemps, la pollution des GAFAM se limitait à des bureaux et des serveurs facilement compensés par des achats d’électricité verte ; l’IA a rebattu les cartes en imposant une demande énergétique que les réseaux renouvelables ne parviennent plus à absorber au même rythme.
Des solutions qui pointent vers 2030-2040, pas vers aujourd’hui
Face à cette fuite en avant, les deux groupes misent massivement sur des solutions pilotables : nucléaire avancé, petits réacteurs modulaires (SMR), géothermie de nouvelle génération, stockage longue durée, voire fusion. Entre 2010 et 2025, Google a investi plus de 3,8 milliards de dollars dans des projets censés apporter 7,5 gigawatts d’énergie propre, tandis qu’Amazon a signé plusieurs accords avec des énergéticiens américains pour construire des SMR dédiés à ses centres de données.
Collectivement, Meta, Microsoft, Amazon et Google auraient engagé plus de 50 milliards de dollars dans le nucléaire pour l’IA. Amazon investit aussi dans l’acier et le béton à faible teneur en carbone, matériaux devenus un poste d’émissions critique. Mais ces technologies ne produiront leurs effets qu’à horizon 2030, quand les émissions, elles, s’envolent dès maintenant.
Cependant, si l’on compare la tech américaine avec l’industrie lourde, cette dernière est loin d’être une référence. Les majors pétrolières ou les cimentiers émettent bien plus. Mais la dynamique inquiète : l’écart entre promesses et réalité se creuse à mesure que l’IA devient le cœur de leur modèle économique.
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