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L’indépendance énergétique que nous apporte le nucléaire est réelle

Posté le 1 février 2012
par La rédaction
dans Environnement

Interview [Sylvain David, Institut de physique nucléaire]
Sylvain David est membre du groupe Energie de la Société française de physique. Il répond aux questions de la rédaction sur les problématiques d'indépendance énergétique en France. Pourquoi a-t-on choisi le nucléaire au départ ? Pourquoi poursuivre cette voie aujourd'hui ? Interview.

On cite souvent l’exemple de l’Allemagne, qui va sortir du nucléaire progressivement dans les prochaines années. Pourquoi la situation de la France est elle différente ?

La France n’a ni charbon, ni gaz, ni pétrole, contrairement à l’Allemagne, qui a elle beaucoup de charbon. Ainsi, la France ne peut pas miser sur les ressources de son sous-sol pour assurer son indépendance énergétique. Il a donc fallu se tourner vers d’autres solutions.

Pourquoi avoir choisi si massivement l’énergie nucléaire ?

L’indépendance énergétique que nous apporte le nucléaire est réelle, même si l’on importe l’uranium. On importe également du charbon, mais l’impact d’une hausse du prix de l’uranium aurait un impact infiniment moindre sur le prix de l’électricité qu’une hausse du prix du gaz ou du charbon. L’autre avantage de l’uranium est que c’est une source d’énergie concentrée.
A l’heure qu’il est, la France possède des stocks d’uranium permettant de produire de l’électricité pour plusieurs années, car les volumes à stocker sont très faibles. Si on prend l’exemple du pétrole par exemple, les stocks ont une durée de vie de quelques mois au plus. En ce qui concerne le gaz c’est encore moins.
Ainsi, la question de l’indépendance énergétique vis-à-vis de l’uranium ne se pose pas du tout de la même manière que pour les autres sources d’énergie. L’indépendance énergétique via le nucléaire a donc plus de consistance qu’avec les combustibles fossiles.

Quelles sont les estimations relatives aux réserves d’uranium mondiales ?

Les estimations concordent autour de 4 millions de tonnes de réserve prouvées. Le monde consomme environ 60 000 tonnes d’uranium chaque année. On a donc plus de 50 ans de réserve avec l’uranium trouvé pour le moment. Mais les ressources estimées seraient dix fois supérieures.
Mais les estimations ne sont pas la seule donnée à prendre en compte : si le nucléaire se développe de plus en plus, ce qui était très envisageable à un facteur multiplicatif de 4 à 5 avant Fukushima, ces chiffres seraient à revoir.
La Chine, par exemple, est toujours sur la base d’une commande de centaines de réacteurs pour les 50 ans à venir.

Pourrait-il y avoir pénurie d’uranium dans les prochaines années si l’industrie nucléaire se développe plus rapidement que prévu ?

Le problème de la ressource en uranium se règle avec la mise en œuvre des réacteurs de 4ème génération, dits réacteurs rapides, qui abaissent la consommation de l’uranium d’un facteur 100. L’exploitation de ces réacteurs sera plus chère, on le sait. Ce qu’on ne sait pas, c’est quelle va être l’évolution du prix de l’uranium dans les prochaines décennies. Ainsi, la question n’est pas tellement de savoir quand est-ce que l’on démarrera la production d’électricité via des réacteurs rapides, mais plutôt : A quel prix de l’uranium naturel démarrera-t-on l’exploitation des réacteurs rapides ? Et surtout si les réacteurs rapides atteindront les critères de sûreté nécessaires à leur commercialisation au niveau mondial.

Revenons à la situation actuelle. Comment jugez-vous le rapport de l’ASN rendu récemment ?

Le résumé me semble assez raisonnable : les réacteurs sont convenablement dimensionnés, mais il faut des améliorations en ce qui concerne les potentielles « gestions de crise ». ça semble cohérent suite à la catastrophe de Fukushima.

La catastrophe de Fukushima a donné lieu à une guerre des chiffres en matière d’exposition à la radioactivité…

On en revient toujours à la question des faibles doses et de la relation linéaire sans seuil. Les associations anti nucléaires se baseront toujours sur la relation linéaire sans seuil. Personnellement, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’études scientifiques qui montrent que la relation n’est pas linéaire sans seuil, mais les effets sont tellement faibles qu’avoir des études épidémiologiques pertinentes est quasiment impossible. Ce débat-là me paraît tronqué d’avance.

La gestion des déchets nucléaires est également un sujet sur lequel il n’y a pas de certitudes… Comment se déroule-t-elle à l’heure actuelle ?

Les déchets à longue vie, les plus dangereux, sont conditionnés sous forme de paquets de déchets à haute activité, vitrifiés, qui tiennent dans l’espace équivalent à une piscine. Ils sont entreposés à La Hague, sous trois où quatre mètres de béton. La loi de 2006 sur la gestion des déchets radioactifs donne rendez-vous en 2015 pour prendre une décision finale. Pour l’instant, on se dirige vers un enfouissement au sein d’une couche d’argile, en Haute Marne. D’autres solutions sont envisageables dans le futur si le nucléaire continue, comme la transmutation, c’est à dire la destruction en réacteur.

Propos recueillis par Pierre Thouverez

 


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