Interview

Muquans, pépite française quantique

Posté le 27 août 2019
par Pierre Thouverez
dans Entreprises et marchés

Interview: Bruno Desruelle, CEO Muquans
Bruno Desruelle est le co-fondateur de la société Muquans, qui développe des appareils de métrologie et de sensing basés sur des technologies quantiques. Cette start-up, qui a développé l’horloge atomique la plus précise du monde, est en pointe dans son domaine.

E.T.I: Comment est née Muquans ?

Bruno Desruelle: Nous avons démarré très tôt sur les technologies quantiques. La décision de créer Muquans a été prise en 2009, et la création administrative a eu lieu en 2011. Le secteur sur lequel nous nous sommes positionnés concerne la partie sensing et métrologie, donc concrètement les capteurs quantiques et les mesures de précision.

En 2019, nous sommes une trentaine d’employés, dont la moitié sont docteurs, pour un chiffre d’affaire de 3 millions d’euros.

Quelle a été votre stratégie ?

Nous nous sommes adossés à deux laboratoires de recherches académiques, l’Observatoire de Paris et l’Institut d’Optique. Ce couplage avec la recherche académique est quelque chose d’absolument fondamental pour faire sortir des technologies aussi avancées et les amener à maturité.

Vous vous êtes positionnés sur une technologie très spécifique.

Oui, cette technologie repose sur l’utilisation des propriétés quantiques des atomes refroidis par laser. Pour faire court, en utilisant une combinaison intelligente de faisceaux lasers, on arrive à refroidir une vapeur atomique – du rubidium en l’occurrence – à une température de l’ordre du micro kelvin. A ces températures, le caractère quantique de la matière est exacerbé: on peut alors exploiter les propriétés ondulatoires des atomes, pour effectuer les mesures que nous proposons à travers nos instruments.

C’est un domaine sur lequel on a réellement une excellence scientifique française : nous avons eu plusieurs prix Nobel en physique qui reposent sur ces technologies là, et on trouve en France plusieurs laboratoires de très haut niveau sur le sujet.

Quels types de mesures proposez-vous ?

Les atomes froids permettent de faire essentiellement deux types de mesure : des mesures inertielles – accélération et rotation – et des mesures temps/fréquence.

En ce qui concerne les mesures inertielles, nous développons des capteurs gravimétriques : nous sommes la seule société au monde à proposer depuis deux ans une version commerciale du gravimètre quantique.

Pour vous donner une idée des niveaux de performances dont on parle, nous mesurons la gravité avec une précision relative de 10-9

Quels sont les domaines d’applications pour cet appareil ?

La mesure de gravité en surface permet de remonter à des informations sur la répartition de densité dans le sous-sol. A partir de là, les applications possibles sont nombreuses. Un exemple que j’aime citer est celui des volcans : quand on a un afflux de magma dans la cheminée d’un volcan, cela créé une augmentation de gravité que l’on peut mesurer en surface. L’idée est bien sûr d’anticiper des éruptions volcaniques. Nous allons d’ailleurs déployer un équipement au sommet de l’Etna dans le courant de l’année prochaine.

Au-delà de la surveillance des volcans, nos appareils trouvent également des débouchés dans les travaux publics, l’hydrologie, et plus généralement toutes les sciences de la terre. Il y a aussi des applications dans le domaine de la défense pour tout ce qui est navigation inertielle de haute performance.

Qu’en est-il des mesures temps/fréquence ?

Nous proposons la meilleure horloge atomique du monde, qui dérive d’une seconde tous les 30 millions d’années. Nous sommes là sur des applications pour ce qui concerne la définition des bases de temps, qui intéresse principalement les instituts de métrologie, qui cherchent à avoir des fréquences extrêmement stables.

Nous sommes aussi en discussion pour des applications dans les Telecoms, le high frequency trading, les smart grids… En fait, à partir du moment où on est face à une application qui nécessite une synchronisation fine et indépendante du GPS – pour des raisons de sécurité – nous avons besoin d’avoir un oscillateur primaire de très haute qualité, et c’est ce à quoi nous destinons notre horloge.

Nous sommes également leaders industriels pour le déploiement d’un grand réseau de transferts de fréquences, qui fait partie des projets d’équipements d’excellence, financés il y a quelques années.

L’idée est de bénéficier de tous les développements que nous avons menés sur le gravimètre et l’horloge pour les appliquer à d’autres types d’utilisations.

Comment avez-vous accueilli la création du premier fonds d’investissement français et européen Quantonation, dédié aux technologies quantiques ?

Quantonation est un fonds très actif et aide à dynamiser, au niveau européen, le développement des technologies quantiques.

Quand on voit les financements autour du quantique aux Etats-Unis, on ne peut que se réjouir de voir le travail fait par Quantonation pour nous permettre de rester dans la course.

 


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