Instabilité géopolitique, dépendances technologiques, changement climatique et pénurie de compétences fragilisent l’économie française. Face à ces défis, le livre blanc de Syntec-Ingénierie, intitulé 5 ans pour concevoir et bâtir la France robuste, défend un changement de méthode pour le prochain quinquennat.
Le document repose sur la notion de robustesse, qui désigne la capacité des systèmes essentiels à continuer de fonctionner malgré les crises, plutôt que de simplement se relever après celles-ci. Pour atteindre cet objectif, douze propositions sont réparties entre quatre priorités, concernant l’action publique, la souveraineté, les infrastructures et les compétences.
La première priorité consiste à améliorer la capacité de l’État à décider et à investir dans la durée. Les changements réglementaires, la fragmentation des responsabilités et la complexité administrative ralentissent les projets structurants. Un grand projet d’infrastructure peut ainsi nécessiter 10 à 16 ans entre les premières études et le début des travaux.
Trois propositions répondent à cette situation. La proposition 1 vise à réorienter les dépenses publiques vers les investissements stratégiques, en évaluant leur coût global, y compris l’exploitation, la maintenance et les risques climatiques. La proposition 2 prévoit de renforcer les compétences des maîtres d’ouvrage publics pour améliorer la programmation et le pilotage des projets. Enfin, la proposition 3 entend faire évoluer les relations contractuelles entre donneurs d’ordre et entreprises d’ingénierie, afin de mieux valoriser la qualité technique et l’innovation, tout en clarifiant les responsabilités.
La souveraineté industrielle et la résilience des infrastructures constituent deux autres priorités
La deuxième priorité porte sur la souveraineté économique, industrielle et technologique. La France consacre entre 2,2 et 2,3 % de son PIB à la recherche et développement, contre 3,1 % en Allemagne. Cet écart illustre les difficultés à maintenir une capacité nationale de conception et d’innovation.
La proposition 4 consiste à faire du « Conçu en France » un critère structurant des politiques publiques, en conditionnant les aides à un ancrage industriel durable et en introduisant des critères de souveraineté dans la commande publique. La proposition 5 cherche à renforcer la compétitivité des entreprises, notamment par un plafonnement des charges patronales au-delà de trois fois le Smic, la pérennisation du crédit d’impôt recherche (CIR) et le soutien à l’exportation. La proposition 6 concerne la souveraineté numérique, avec le développement d’espaces sécurisés de partage de données industrielles et l’intégration obligatoire de la cybersécurité dès la conception des infrastructures publiques.
La troisième priorité vise à adapter durablement les bâtiments, les infrastructures et les territoires aux risques climatiques et aux transformations économiques. Les besoins d’investissement supplémentaires liés à la transition climatique sont évalués à 66 milliards d’euros par an.
La proposition 7 prévoit un programme d’audit et de rénovation des bâtiments publics, la transformation des bureaux vacants en logements et la renaturation des territoires. La proposition 8 entend, quant à elle, faire de la transition écologique un facteur de compétitivité, notamment grâce à des mécanismes assurantiels récompensant les investissements de prévention, au développement de l’économie circulaire et à la réhabilitation des sites industriels existants. Enfin, la proposition 9 vise à sécuriser les investissements dans les infrastructures stratégiques grâce à des lois de programmation pluriannuelle, à des financements diversifiés et à une simplification des procédures.
Former et attirer les compétences nécessaires à la réindustrialisation
La quatrième priorité concerne les ressources humaines et les compétences scientifiques. Le défi est important puisque les besoins pourraient atteindre 100 000 ingénieurs et techniciens par an d’ici 2035, alors que la France ne forme actuellement pas suffisamment de professionnels pour répondre à la demande.
La proposition 10 cherche à élargir le vivier de recrutement des écoles d’ingénieurs en développant les admissions parallèles et en encourageant la féminisation des filières scientifiques. La proposition 11 prévoit d’adapter les formations aux mutations technologiques, notamment en intégrant l’intelligence artificielle, les données et la cybersécurité, tout en renforçant l’apprentissage et la formation continue.
Enfin, la proposition 12 vise à améliorer l’attractivité de la France auprès des ingénieurs, chercheurs et étudiants internationaux, notamment par une simplification des visas et une meilleure adéquation des formations avec les besoins industriels.
Ces quatre priorités constituent les différentes dimensions d’une même stratégie pour la période 2027-2032. L’objectif est de dépasser les réponses ponctuelles aux crises au profit d’une planification durable, associant investissements, souveraineté technologique, adaptation des infrastructures et développement des compétences. La capacité à concevoir et à anticiper devient ainsi un enjeu central des politiques industrielles françaises.
Dans l'actualité
- Produire en France, entre espoir et désillusion
- Photovoltaïque : comment la France tente de reconstruire une filière industrielle durable, entre innovation, souveraineté et pression concurrentielle
- La France soutient financièrement les « Pionniers de l’IA »
- « L’hydrogène, c’est la conjugaison des enjeux de décarbonation, de compétitivité et de souveraineté »
- Quand circularité rime avec souveraineté : le cas des métaux critiques
- Le rafraîchissement, un nouveau terrain de souveraineté industrielle ?
- Cap sur l’électrification pour une souveraineté énergétique française
- La fabrication additive : un levier émergent mais encore limité de souveraineté industrielle
Dans les ressources documentaires
- Produits frontières - Enjeux réglementaires et impacts sur la conception et l'innovation
- Enjeux de l'innovation ouverte
- Démarche qualité pour des données de recherche robustes
- Le développement durable en BTP - Optimisation des ressources par la R et D
- Evolution du rôle social à la responsabilité sociétale des ingénieurs