Interview

Tesseract Solutions développe une lampe de désinfection UV-C pour lutter contre le Covid-19

Posté le 6 janvier 2021
par Arnaud Moign
dans Innovations sectorielles

Si l’année 2020 a été synonyme d’incertitude pour les entreprises françaises, elle a également permis de démontrer leur capacité d’innovation. Face à la baisse d’activité, certaines d’entre elles ont mis leurs moyens techniques et humains au service de la lutte contre le Covid-19. Tesseract Solutions et sa lampe de désinfection par UV-C en sont l’exemple type.

Tesseract Solutions est une start-up basée à Saint-Quentin, dans les Hauts-de-France. Spécialisée en robotique, l’entreprise propose des dispositifs permettant aux industriels de prendre le contrôle de leurs systèmes robotisés. Son produit phare s’appelle KMeleon, un logiciel de programmation robotique simplifiée multirobot.

Florian Dordain est co-fondateur de Tesseract Solutions et chargé de la recherche et du développement technique sur les sujets de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il évoque l’impact de la crise sanitaire sur son activité et explique les raisons qui l’ont poussé à développer CleanCovid, un dispositif capable de désactiver les fonctions pathogènes des bactéries et virus présents sur les surfaces, par l’exposition à un rayonnement UV-C..

Techniques de l’Ingénieur : Comment Tesseract Solution a-t-elle vécu la crise sanitaire ?

Florian Dordain : Le premier confinement a été une surprise, et comme pour toutes les entreprises, la question du chômage partiel s’est vite posée.

Le cœur de l’activité de Tesseract Solutions repose sur le développement de KMeleon, notre logiciel de programmation robotique. Face à cette situation inédite, nous avons cherché des solutions pour continuer à promouvoir KMeleon. Nous nous sommes dit : puisque nos prospects et clients sont tous en télétravail, pourquoi ne pas proposer une version de démonstration de KMeleon afin qu’ils se familiarisent avec l’interface de simulation ?

Cette démarche a-t-elle porté ses fruits ?

En effet, ça a fonctionné et nous avons eu des dizaines de bêta-testeurs. Néanmoins, la conjoncture économique n’étant pas propice aux projets d’innovation, cela n’a pas abouti à la signature de commandes, mais nous sommes plutôt satisfaits, car nous avons pu lancer des projets avec de nouveaux clients.

Vous êtes développeur d’un logiciel de robotique. Pourquoi vous être lancé dans l’aventure CleanCovid ?

Nous voulions tout simplement participer à la lutte contre le virus et ne pas rester les bras croisés alors que notre activité tournait au ralenti. Nous avons regardé les moyens dont nous disposions et ce qui existait déjà. J’ai découvert diverses études concernant les effets du rayonnement UVC sur la décontamination et je me suis dit qu’avec les machines d’impression 3D et les connaissances en électronique que nous possédons, concevoir ce genre d’équipements était à notre portée.

CleanCovid fonctionne sur le principe de désinfection par UV-C. L’efficacité de cette méthode est-elle prouvée ?

La désinfection de l’air et des surfaces par rayonnement UV-C est quelque chose de connu depuis longtemps. Les UV-C détruisent ou rendent inactifs la majorité des agents pathogènes, à condition que la puissance utilisée et le temps d’exposition soient suffisants. Les tubes fluorescents installés sur CleanCovid sont d’ailleurs présents dans de nombreux équipements de désinfection de l’air et des surfaces, comme ceux utilisés par certains laboratoires ou hôpitaux.

Selon leur constructeur Philips, les cinq tubes UV-C installés sur la lampe CleanCovid permettent de désactiver plus de 99,99% du virus SARS-COV-2 en moins d’1 minute.

Quelles précautions d’utilisation faut-il respecter ?

Les UV-C sont bien plus dangereux pour la santé que les UV-A et UV-B. Il faut éviter tout contact prolongé avec les yeux ou la peau. Si les UV-C ne représentent qu’une infime partie des 100 W consommés par la lampe, c’est tout de même bien au-delà de la dose admissible pour un humain. Or, CleanCovid n’est pas une lampe protégée par un capot, car le but est justement de désinfecter les surfaces autour. La lampe est ainsi conçue pour fonctionner quand personne n’est dans la pièce.

Selon le constructeur (Philips), les tubes UV-C installés sur la lampe CleanCovid permettent de désactiver plus de 99,99% du virus SARS-COV-2 en moins d’1 minute.

À qui s’adresse CleanCovid ? Est-il déjà utilisé ?

CleanCovid s’adresse par exemple aux restaurants, chambres d’hôpital, bureaux et transports en commun et elle est déjà utilisée par plusieurs commerces comme des boulangeries. Le produit a d’ailleurs été conçu pour que son tarif soit abordable pour les petits commerces.

Actuellement dans les boutiques de vêtements, l’essayage est déconseillé. CleanCovid serait ainsi une solution potentielle pour limiter les risques de transmission du virus, par une désinfection entre deux essayages.

Vous parliez d’impression 3D. En quoi vous a-t-elle aidé pour CleanCovid ?

Toute la structure de la lampe est imprimée en 3D. Seules les douilles d’alimentation, le bouton d’arrêt d’urgence, l’électronique et bien sûr les tubes UV-C ne sont pas imprimés en 3D. C’est grâce à l’impression 3D que CleanCovid a vu le jour aussi rapidement, car nous possédons plusieurs machines qui nous servent habituellement à concevoir des outillages pour bras de robot.

Comment voyez-vous l’avenir de CleanCovid ?

Nous pensons à plusieurs évolutions potentielles pour CleanCovid. Par exemple, améliorer la circulation d’air autour de la lampe pour optimiser la purification de l’air. Concernant la fabrication, pour répondre à un éventuel accroissement du volume de commande, nous avons également plusieurs options, comme embaucher du personnel pour le montage des kits ou sous-traiter l’impression 3D des pièces.

Par rapport aux méthodes de fabrication conventionnelles, l’impression 3D change la donne : en disposant d’une imprimante à la maison, il est possible d’imprimer en 3D, tout en étant en télétravail ! La sous-traitance du montage des kits et l’impression des pièces par des volontaires sont pour l’instant des pistes que nous envisageons.

Cette crise, cela fait un an que nous la subissons. Nous n’avons pas le choix que de nous adapter, et c’est par l’innovation que nous y arriverons.

Propos recueillis par Arnaud Moign


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