Interview

Une blockchain pour rassurer les consommateurs

Posté le 2 avril 2020
par Philippe RICHARD
dans Informatique et Numérique

Créée en 2016, la start-up française Connecting Food a développé une blockchain afin d’assurer la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement dans l’industrie agroalimentaire. Explications avec Stéphane Marin, lead software engineer chez Connecting Food.

Selon une étude réalisée en 2018 par le Center for food integrity (association américaine à but non lucratif) , seul un tiers des consommateurs a confiance en l’industrie alimentaire contre 47 % un an auparavant. Pour regagner leur confiance, des entreprises misent sur la transparence et la traçabilité des données.

Ces deux objectifs peuvent être atteints en s’appuyant sur une blockchain comme celle développée par Connecting Food. Créée par Maxine Roper et Stefano Volpi, qui ont travaillé 20 ans dans le secteur de l’alimentaire, cette start-up a reçu l’aide de l’institut du CEA List et a aussi bénéficié de la bourse French Tech de Bpifrance. Elle compte une vingtaine de clients en Europe.

Techniques de l’Ingénieur : Axiane Meunerie, un des leaders de la fabrication et de la commercialisation de farines en France, s’est appuyé sur votre expertise pour assurer la traçabilité de sa farine « Savoir Terre ». Quels sont les avantages de votre blockchain pour ce secteur d’activité ?

Stéphane Marin : Qu’il s’agisse de cette farine, issue d’une agriculture française et durable, ou d’autres produits alimentaires, le principe de notre solution LiveTrack est toujours le même : il s’agit de capter en temps réel l’information de chaque acteur de la chaîne d’approvisionnement et de les enregistrer dans la blockchain pour en garantir l’authenticité et la non-falsification. Cette chaîne comprend les agriculteurs, mais aussi les moulins, les transporteurs, la distribution… Il s’agit de récupérer de la data au plus près des systèmes d’information qui la produisent.

À la différence d’une blockchain publique, comme celle de bitcoin, il s’agit ici de blockchain « à permission ». Les acteurs, en nombre restreint, se limitent aux producteurs, transformateurs, distributeurs, et doivent certifier leur identité à l’entrée afin de garantir la confidentialité des données partagées.

Une fois toutes ces données identifiées, nous les partageons avec les autres différents acteurs de la filière. Si des données devaient être modifiées, chaque membre en serait ainsi informé.

Vous assurez également des audits de la « supply chain » d’Axiane Meunerie : pouvez-vous expliquer ?

Grâce à la connaissance métier des deux fondateurs de Connecting Food, nous avons développé une solution unique au monde, LiveAudit. C’est un module de la solution Connecting Food, qui applique un double contrôle aux informations que chaque acteur renseigne dans le système : cohérence et conformité.

Contrairement à des audits plus « classiques » menés une fois par an ou tous les cinq ans ou effectués de façon aléatoire, notre solution permet d’authentifier et de certifier en temps réel, de manière totalement numérique, qu’un produit respecte bien les engagements (dont le cahier des charges) et les promesses faites au consommateur final tout au long de son parcours dans la filière.

Comment les consommateurs peuvent-ils vérifier les informations qui leur sont données ?

Ils peuvent utiliser notre application LiveScan. Il suffit de flasher, avec l’appareil photo de son smartphone, le QR code figurant sur un produit pour savoir quelle est son origine exacte, quelles sont les différentes étapes de sa transformation et le détail des audits menés. Pour revenir sur l’exemple de la farine, les consommateurs peuvent connaitre l’identité des agriculteurs ayant cultivé le blé tendre ainsi que la localisation de leur exploitation.

Un scandale sanitaire comme celui de la viande de cheval et les contrefaçons de médicaments serait-il limité, voire impossible, avec la blockchain ?

L’idée est en effet de limiter les scandales. Mais il faut être honnête : rien n’est impossible. Ce n’est pas parce qu’il y a une blockchain qu’un nouveau scandale ne pourrait pas éclater. Notre objectif reste à vérifier l’entièreté d’un processus et toutes les informations. Il s’agit de contrôler au maximum chaque transaction pour s’assurer que les différents acteurs et les outils de production sont parfaitement identifiés. Si un acteur qui a 50 tonnes de farine en envoie 80, cela se verra immédiatement. Cette information sera suspecte.

Vous avez remporté un appel d’offres pour travailler avec Coop Italia : où en sont vos projets de développement à l’étranger ?

Nous travaillons avec Coop Italia, qui est le premier distributeur italien, pour la traçabilité des œufs bio. Dans cette blockchain, il y a notamment un acteur qui fait des analyses permettant de détecter la présence de salmonelle.

Nous continuons à développer notre présence dans ce pays. Nous avons également un client en Allemagne qui commercialise des sodas aux fruits bio sans sucre. Enfin, en Suède, nous travaillons avec un acteur de la génétique animale.

Propos recueillis par Philippe Richard


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