Interview

« À débit équivalent, la 5G est moins énergivore que la 4G »

Posté le 3 novembre 2020
par Philippe RICHARD
dans Informatique et Numérique

Un moratoire demandé « au moins jusqu’à l’été 2021 » par une soixantaine d’élus. Le « retour à la lampe à huile » pour le président, Emmanuel Macron. Avant le lancement des premiers forfaits, la 5G a été l’objet de débats passionnés. En cause notamment, l’augmentation de la consommation électrique due au déploiement de nouvelles antennes-relais. Dans son rapport « Green 5G », l’IDATE DigiWorld s’est basé sur différentes études et des faits scientifiques pour étudier cette problématique. Explications avec Jacques Moulin, son Directeur général.

C’est bien connu, les Gaulois ne font jamais comme les autres ! La preuve avec les débats sur les questions environnementales posées par le déploiement de la 5G. « Dans les pays du Nord, mais aussi en Californie – où il y a une préoccupation forte en matière de défense de l’environnement – il n’y a pas autant de débats avec les organisations écologistes sur ce sujet », constate Jacques Moulin. Directeur général d’IDATE DigiWorld depuis 2017, ce spécialiste du numérique a passé plusieurs années au sein du groupe Orange. Selon un opérateur chinois dont Libération a obtenu les données de consommation, les antennes 5G consommeraient environ trois fois plus que les antennes 4G. Pour Jacques Moulin, c’est sans compter les innovations technologiques qu’embarque la 5G. En effet, « la 5G sera plus efficace que la 4G s’agissant de la quantité de bits d’information délivrée pour une unité de consommation d’énergie donnée ».

Techniques de l’Ingénieur : Selon vous, la 5G sera-t-elle plus énergivore comme le prétendent des écologistes ?

Jacques Moulin :À débit équivalent, la 5G est moins énergivore que la 4G, car les antennes qui seront utilisées nativement sont moins consommatrices. Il y a eu une amélioration constante portée par les opérateurs et les équipementiers pour réduire la consommation. N’oublions pas non plus que pour un opérateur, la consommation énergétique représente un coût non négligeable ; ils ont donc tout intérêt à avoir des équipements qui s’améliorent.

Cependant, si l’on déploie de façon massive dans les prochaines années des antennes actives et de nouvelles bandes de fréquences, il est évident que nous aurons une augmentation globale du réseau. Mais elle pourra être compensée par la recherche permanente menée par les équipementiers et les opérateurs. Ainsi, selon le Suédois Ericsson, la consommation des antennes 5G pourrait être in fine inférieure à celle de la 4G.

Trois innovations permettent d’optimiser la consommation. Premièrement, les antennes intelligentes dites « Massive MIMO » (« Multiple-Input Multiple-Output », c’est-à-dire à « entrées multiples et sorties multiples »). En étant capables de trouver le « meilleur » chemin entre une antenne-relais et le smartphone (ou un système automatisé), elles améliorent l’efficacité énergétique. Seconde innovation : la focalisation. Les antennes 5G permettent de focaliser le faisceau sur une zone donnée. Avec la 4G, nous avons un halo qui répand les fréquences sur une zone très large. Enfin, ces nouvelles antennes pourront être mises en veille (1). Le signal radio n’est donc pas émis dans toutes les directions de manière constante, comme c’est le cas avec la 4G.

Dans un premier temps, les opérateurs vont s’appuyer sur les antennes-relais actuelles pour proposer la 5G. Mais, à plus ou moins long terme, ils devront densifier leur réseau ?

C’est exact. Mais il ne s’agira pas de déployer la 5G sur tout le territoire français, cela n’aurait pas plus de sens que de construire une autoroute dans une région où le trafic est faible. Il faut aussi un projet économique derrière le déploiement de cette technologie. La 5G sera donc en priorité déployée dans des zones très denses où la 4G arrive déjà à saturation. Dans d’autres endroits, il sera également plus intéressant de s’appuyer sur le réseau en fibre optique déjà déployé. Enfin, n’oublions pas qu’il y a encore de la 2G et de la 3G. Or, ces équipements sont particulièrement énergivores.

Vous considérez l’arrivée de la 5G comme une opportunité pour optimiser la consommation électrique des industriels ?

La 5G pour l’industrie est une révolution qu’il ne faut pas manquer. Et contrairement à d’autres pays, en particulier la Chine et l’Allemagne, la France a déjà trop tardé dans ce domaine qui est pourtant essentiel en termes de croissance, de compétitivité, donc de création d’emplois. Pour revenir à la problématique de la consommation électrique, la 5G permet en effet aux industries et aux services de mettre en place un système de production moins énergivore. Lorsque vous avez une chaîne de production, il suffit qu’un élément présente un défaut pour que toute la chaine soit impactée. Avec la 5G, et d’une certaine façon avec l’IA, on peut réaliser des opérations de maintenance qui empêchent d’avoir des actions inutiles et qui sont énergivores. La 5G permettra d’améliorer la fiabilité des processus industriels. L’usine 4.0 sera assurément moins énergivore que l’industrie actuelle.

(1) Selon Orange, la 5G pourra proposer différents niveaux de veille, avec la mise en veille de certaines parties de l’étage radiofréquence et de la partie digitale des antennes, pour une économie énergétique de l’ordre de 50 %.


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