Le bassin industriel du Lacq en Pyrénées-Atlantiques confirme son attractivité : le site vient d’être choisi par Reju pour y créer une usine qui transformera les textiles post-consommation en polyester recyclé de haute qualité. Avant la finalisation, la filiale de Technip Energies doit encore obtenir la validation du conseil d’administration de la maison mère.
Situé sur la plateforme Induslacq, une propriété de TotalEnergies, ce projet devrait permettre de créer 80 emplois directs et plus de 300 emplois indirects, participant ainsi à la revitalisation économique du bassin industriel du Lacq menée par Chem’Parc[1].
« Ce pôle de régénération français s’inscrit dans notre stratégie d’industrialisation d’un modèle circulaire de recyclage des textiles post-consommation », a déclaré Patrik Frisk, PDG de Reju.
Un projet qui illustre une stratégie déjà amorcée par Reju sur d’autres sites. Alors qu’elle possède un Regeneration Hub Zero situé à Francfort, l’entreprise a annoncé que deux prochains sites industriels verront le jour aux Pays-Bas et dans l’état de New York.
Une technologie innovante
Créée en 2023 par Technip Energies, Reju se spécialise dans la régénération textile. Sa mission consiste à récupérer, régénérer et recycler les déchets textiles et en particulier le polyester. Cette activité s’appuie sur une innovation développée dans le cadre d’une co-entreprise entre IBM Research, Under Armour et Technip Energies. Cette technologie nommée VolCat[2] régénère les emballages PET et le polyester usagés grâce à la décomposition sélective des polymères. Initialement appliquée à la lithographie des semi-conducteurs et l’emballage des produits microélectroniques, VolCat est aussi appliquée pour le textile. Après avoir transformé les déchets textiles en rBHRe (une matière première purifiée), ce trieur moléculaire transformera le produit obtenu via une repolymérisation en Reju PET, un polyester recyclé.
Le recyclage du textile, une filière d’avenir
Chaque année, sur les 121 millions de tonnes de textiles jetées à l’échelle mondiale, seulement 1 % font l’objet d’un recyclage permettant leur transformation en nouveaux vêtements. La plupart des textiles sont envoyés dans des décharges ou incinérés. Afin de passer d’un modèle linéaire à une économie circulaire, le gouvernement a fait adopter, en 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC).
Le 1er janvier 2025, cette loi a été étendue aux déchets textiles professionnels et ne se limite plus à huit types de déchets (biodéchets, papier, verre, plastique, métal, bois, fraction minérale et plâtre). Le tri et le recyclage des déchets textiles professionnels sont donc imposés aux entreprises et collectivités exerçant dans des secteurs d’activités incluant l’usage de ces textiles (industrie, BTP, santé ou restauration). Ces textiles représentent un volume à recycler estimé à 165 millions de pièces, soit 50 000 tonnes par an ; 35 000 tonnes sont jetées ou incinérées chaque année.
Anticipant cette nouvelle application de la loi, Recygo, une entreprise spécialisée en recyclage, a été créée en 2018 par SUEZ et La Poste. Le tri des vêtements est effectué par Synergie TLC tandis que Nouvelles Fibres Textile assure la valorisation des vêtements professionnels en mélange. Quant aux lots homogènes, ils sont acheminés vers le site de Renaissance Textile, en Mayenne, pour être transformés en fil directement utilisable pour refaire de nouveaux textiles et vêtements.
[1] Groupement d’intérêt public (GIP) créé en 2003
[2] Volatile Catalyst
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