Le gouvernement a dévoilé son plan d’aide en faveur des agriculteurs après les épisodes historiques de canicule et de sécheresse qu’a connus la France cet été. Baptisé CASI, pour Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies, plus d’un milliard d’euros doit être débloqué pour soutenir les exploitations agricoles les plus touchées. Selon la ministre de l’Agriculture, entre 30 000 et 35 000 d’entre elles seraient aujourd’hui en situation de grande fragilité. Ce plan vise à indemniser les pertes exceptionnelles pour éviter les faillites, mais aussi à permettre un redémarrage rapide de la production. Le gouvernement prévoit pour cela de mobiliser différents dispositifs.
L’ISN (Indemnisation de solidarité nationale) constitue le premier d’entre eux et doit permettre une indemnisation des pertes de récolte liées aux aléas climatiques exceptionnels. Selon les premières estimations, l’enveloppe débloquée devrait représenter 520 millions d’euros. Le plan prévoit d’accélérer les procédures de reconnaissance et de versement. Les services de l’État pourront effectuer des paiements partiels par culture, sans attendre l’instruction complète des dossiers.
La filière du maïs illustre particulièrement l’ampleur du choc. Selon l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), la production française de maïs grain pourrait tomber à 7,5 millions de tonnes en 2026, contre une moyenne de 13,4 millions de tonnes sur les cinq dernières années, soit une baisse de près de 45 %. La production de maïs fourrage pourrait également être réduite de moitié, fragilisant davantage les éleveurs confrontés au déficit de fourrage. L’AGPM estime à près de 2,5 milliards d’euros le chiffre d’affaires perdu par la filière.
Le régime des calamités agricoles sera quant à lui mobilisé pour faire face aux pertes de fonds non assurables, notamment les plantations pérennes et les vignes, pour un montant annoncé de 30 millions d’euros. Des dégrèvements locaux de taxe foncière sur les propriétés non bâties sont également prévus, pour plus de 300 millions d’euros.
Préserver la capacité de production des exploitations
Au-delà de l’indemnisation, l’enjeu est désormais d’éviter que la crise climatique ne se transforme en crise productive. Le gouvernement crée à cette fin un fonds de réarmement agricole doté de 235 millions d’euros, pour permettre aux exploitations les plus fragilisées de financer leur remise en production. Les aides pourront notamment financer l’achat d’aliments pour les animaux, de fourrages, de semences, de plants et d’autres intrants nécessaires à la reprise de l’activité. Le fonds comprend également un volet consacré aux exploitations victimes des incendies qui ont touché le pays durant l’été.
Le plan CASI comprend aussi plusieurs mesures destinées à alléger les charges des exploitations confrontées à une dégradation brutale de leur situation financière. La prise en charge des cotisations sociales agricoles par la MSA sera renforcée à hauteur de 20 millions d’euros pour la campagne d’automne. Des échéanciers individualisés pourront permettre aux exploitants les plus en difficulté de différer le paiement de leurs cotisations.
Le dispositif vise enfin à sécuriser la campagne agricole à venir. Le guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés sera prolongé jusqu’au 31 décembre 2026. Le montant total annoncé atteint 145 millions d’euros, dont 38 millions de crédits nationaux. Cette prolongation doit tenir compte du décalage des semis provoqué par la sécheresse et sécuriser les achats nécessaires à la campagne 2027.
Le plan ne satisfait pas les syndicats agricoles, qui jugent l’enveloppe insuffisante face à l’ampleur des pertes agricoles. La FNSEA estime qu’elles se chiffrent à environ 10 milliards d’euros et réclame au moins un milliard d’euros supplémentaires. La Confédération paysanne dénonce pour sa part un « véritable scandale » et estime qu’une partie de l’enveloppe correspond au fonctionnement normal de l’indemnisation de solidarité nationale et appelle à la mobilisation. De son côté, la Coordination rurale estime que ces aides ne suffiront pas à sauver les exploitations les plus fragiles.
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