Jusqu’à récemment encore, les herbes spontanées poussant dans
les vignes étaient considérées comme des « mauvaises herbes » à éliminer
pour préserver les rendements. Une vigne bien entretenue, jugée « propre »,
était une vigne sans herbe… Mais une petite révolution s'opère depuis
quelques années dans la façon dont les viticultrices et les viticulteurs
perçoivent la végétation associée à leurs vignes. En raison des externalités
négatives liées au désherbage chimique (développement de populations
de plantes résistantes aux herbicides, pollution des eaux) et au maintien
d’un sol nu (érosion des sols, baisse de la teneur en matière organique
et de la biodiversité), une nouvelle vision s’est progressivement
développée, dans laquelle les viticulteurs et les viticultrices voient
la végétation comme une alliée potentielle, un couvert qui peut non
seulement coexister avec les vignes mais également apporter des bénéfices.
Soyons clairs d’emblée, la mise en place d’une couverture végétale
sans dysservices sur la vigne est presque impossible. L’enjeu réside
donc dans la recherche de compromis afin d’optimiser les services
que peut fournir la végétation au vignoble tout en limitant ses potentiels
dysservices.
S’orienter vers une telle gestion nécessite de comprendre le fonctionnement
de la végétation et sa réponse aux différents facteurs du milieu (climat,
sol, pratiques de gestion) et à la dynamique interne de la communauté
végétale (compétition entre les espèces du couvert semé ou de l’enherbement
spontané). Pour y parvenir, il est nécessaire de (re)définir ce qu’est
la flore spontanée des vignobles, comprendre l’historique de sa perception
et de sa gestion jusqu’à la pratique actuellement en développement
et que l’on souhaite favoriser : le maintien d’une végétation associée
selon différentes modalités possibles. Nous proposons ensuite dans
cet article une synthèse permettant de mieux comprendre l’effet des
pratiques de gestion sur la végétation et en retour l’effet de la
végétation sur le sol, la vigne et la biodiversité au sein de l’agrosystème
viticole. Pour cela, nous proposons d’utiliser l’approche fonctionnelle
comme clé de lecture. Dans une dernière partie, nous illustrons quelques
éléments clés du pilotage des couverts dans les systèmes viticoles.