Interview

Comment la réalité virtuelle diminue le stress des greffés du poumon ?

Posté le 2 janvier 2020
par Frédéric Monflier
dans Innovations sectorielles

A Marseille, des patients en attente d’une greffe de poumon vont bénéficier d’une thérapie préventive fondée sur la réalité virtuelle. Romain Streichemberger, président de C2Care, nous explique comment cette technique permet de réduire l'anxiété post-opératoire.

Née en 2015, l’entreprise toulonnaise C2Care, à l’instar de ses concurrents Psious et In Virtuo, conçoit et commercialise des logiciels de thérapie par exposition à la réalité virtuelle (RV) : phobies, addictions, troubles du comportement alimentaire… En partenariat avec l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), elle a élaboré une technique pour prévenir les traumatismes psychologiques post-opératoires qui peuvent affecter les personnes dont le poumon a été transplanté. Dès l’an prochain, cette thérapie pré-opératoire sera proposée à 25 patients tirés au sort. Son efficacité sera évaluée après comparaison avec un autre groupe de 25 patients, sans traitement RV. Les premiers résultats seront obtenus d’ici 18 à 24 mois. Entretien avec Romain Streichemberger, président de C2Care.

Techniques de l’Ingénieur : Pourquoi la réalité virtuelle a-t-elle un intérêt spécifique pour la greffe pulmonaire ?

Romain Streichemberger, président de C2Care

Romain Streichemberger, président de C2Care : Après l’intervention chirurgicale liée à la transplantation, le stress post-traumatique représente une problématique très importante. La chambre de réveil est en effet anxiogène, à cause notamment des nombreuses alarmes, parfois bénignes, qui retentissent. Or, un état de forte anxiété peut conduire à des complications, voire au rejet de la greffe dans un cas extrême. L’idée, c’est de préparer le cerveau du patient, en amont de l’opération, à vivre cette situation. Il s’agit d’un traitement par habituation, comme on le fait pour soigner les phobies. On s’attend à ce que l’anxiété au réveil diminue, pour que les chances de réussite de la greffe soient maximales.

Comment le protocole est-il mis en œuvre?

Nous avons construit un modèle 3D de la chambre de réveil avec l’aide d’un scanner industriel, dont l’usage a été détourné. Un scan unique suffit, car toutes ces chambres sont composées à 80% d’un appareillage identique : moniteurs, pousse-seringues, sondes, etc. Cet environnement 3D sera ensuite reproduit par les casques Oculus Rift S dont s’est équipée l’AP-HM, l’hôpital de Marseille. Le patient sera accompagné par un psychologue durant trois séances de 45 minutes chacune. Notre logiciel permettra au praticien de déclencher divers évènements, comme des alarmes, les tournées du personnel soignant, etc. La réalité virtuelle est plus concrète que les mots, qui font appel à l’imagination du patient.

 

C2Care

La réalité augmentée ou mixte est-elle également envisageable ?

Cette technologie n’est pas encore assez mûre pour des applications commerciales de ce type. Cependant, la possibilité d’incruster une image virtuelle dans le champ de vision réel pourrait être utile pour traiter certaines phobies.

Quels sont les autres projets de C2Care ?

Nous collaborons en R&D avec une trentaine de centres hospitaliers universitaires. Par exemple, des médecins cherchent des protocoles pour soigner l’autisme et la schizophrénie grâce à la RV. Nous souhaitons aussi mettre au point un outil logiciel pour que le praticien puisse entretenir une relation suivie avec son patient, en dehors des consultations. Le premier pourrait prescrire des exercices in vivo et in virtuo, le second pourrait exprimer son ressenti via une application mobile.


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