En matière d’IA et de business, dire que les choses évoluent vite est un doux euphémisme. Après la création de Mistral AI et une première levée de fonds en 2023, l’entreprise était déjà valorisée à plusieurs milliards d’euros en 2024. Elle vaut désormais 11,7 milliards d’euros et certaines rumeurs parlent d’une future valorisation autour de 20 milliards, d’ici fin 2026. Genesis AI suivra-t-elle une trajectoire similaire ?
La question est légitime, car le parallèle entre les deux entreprises est plutôt frappant. Alors que Mistral AI entend être le concurrent européen d’Open AI, Genesis AI vise à développer des modèles d’IA destinés à la robotique. En somme, Genesis AI serait à la robotique ce que Mistral AI est devenue pour l’IA générative.
Le fait que l’entreprise ait été fondée, fin 2024, par un « ancien » de Mistral AI (Théophile Gervet) associé à un chercheur en robotique issu de Carnegie Mellon University (USA) n’est d’ailleurs pas anodin. Sans oublier que, du côté financier également, les liens sont forts, puisque les entreprises sont toutes deux soutenues (entre autres) par Eric Schmidt, ancien PDG de Google et Xavier Niel, propriétaire du groupe Iliad.
Néanmoins, les défis qui attendent la jeune entreprise semblent bien plus complexes, car, contrairement à Mistral AI, qui « se nourrit » essentiellement de données numériques, Genesis AI doit comprendre la physique si elle veut apprendre à des robots à interagir avec le monde réel.
105 millions de dollars levés en 2025
Lors de son lancement officiel, le 30 juin 2025, Genesis AI a créé la surprise en annonçant d’emblée une levée de fonds de 105 millions de dollars « en seed ». Or, il est rare de voir de tels démarrages, même dans le domaine de l’IA. Le fait que les investisseurs soient prêts à mettre une telle somme dans une entreprise qui n’a démontré aucun produit commercial ni généré de revenus significatifs témoigne donc d’une forte confiance dans cette jeune pousse.
En outre, ce pari sur l’avenir traduit aussi la conviction croissante que la prochaine révolution de l’intelligence artificielle ne se jouera plus uniquement sur le traitement du langage, mais aussi dans le « monde physique ».
Or, ce champ de l’IA physique est encore peu exploré, selon Zhou Xian, Co-Fondateur & CEO de Genesis. Il déclarait ainsi, lors du lancement de l’entreprise : « Si l’IA numérique a connu des avancées spectaculaires, l’IA physique, qui permet aux machines de comprendre et d’interagir efficacement avec le monde réel, est restée en retrait »
Genesis AI compte ainsi capitaliser sur les progrès réalisés par les modèles d’IA numérique, en les nourrissant de données physiques réelles, dont la collecte est opérationnellement complexe.
2026 : un premier moteur d’IA dévoilé et une main robotique
L’attente n’aura pas été longue. À peine un an après son lancement, Genesis AI présentait déjà un premier modèle d’IA pour robots baptisé GENE-26.5, associé à une main robotique.
Mais si GENE-26.5 fait office de cerveau robotique généraliste, l’annonce la plus intéressante concerne la partie « hardware ». D’une part, cette main robotique a tout de la main humaine, même taille, même forme, même morphologie, le but étant de copier les données des mouvements humains pour les transmettre à la machine.
D’autre part, pour atteindre ce but, Genesis AI a été jusqu’à développer un gant haptique, bardé de capteurs tactiles. Ce gant est d’ailleurs probablement la clé de voûte du système, car il cumule plusieurs avantages, selon la jeune entreprise :
- une multitude de données physiques enregistrées (force de préhension, articulation des doigts, conscience spatiale) ;
- une collecte de données cinq fois plus efficace que les systèmes téléopérés traditionnels ;
- mais surtout un coût globalement cent fois plus faible.
Il faut l’avouer, tout ceci semble prometteur, si l’on en croit les vidéos de démonstration récemment présentées. Des opérateurs humains équipés de ce gant auraient ainsi appris au système à réaliser des tâches aussi complexes que cuisiner ou jouer au piano, qui plus est à vitesse réelle, sans pause ni assistance.
L’avenir de Genesis AI est donc à surveiller, car l’entreprise pourrait bien bouleverser durablement le visage de la robotique humanoïde. Et dans l’industrie, les applications potentielles sont immenses : travaux de laboratoire, assemblages complexes, pose de faisceaux électriques, préparation de commandes, maintenance, travaux dangereux, etc.
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