L’histoire de Hit Mag commence avec une découverte de Jean-Luc Mattei, professeur au sein du laboratoire Lab-Sticc de l’UBO[1]. Comme l’explique Antoine Hoez, docteur en Chimie et Directeur R&D de Hit Mag, dans le magazine Science Ouest, le professeur Mattei travaillait « sur de la poudre d’hexaferrites de baryum à l’aide d’une presse à champ magnétique ».
Il a alors obtenu, totalement « par hasard », quelque chose auquel il ne s’attendait pas : un nouveau type d’aimant permanent, sans terres rares, synthétisé à partir d’un procédé de chimie douce.
Une double innovation, matériau et procédé
Pour creuser ce mystère, il fait appel à Antoine Hoez, alors en thèse à Caen, et lui propose un postdoctorat sur sa découverte. Après plus d’un an de recherches, Antoine Hoez réussit à identifier le composé responsable de ces propriétés magnétiques. Il s’agissait d’un composé d’hydroxyde de fer bien particulier qu’on appelle la goethite. Plus précisément, il découvre que c’est « l’alignement de ces tout petits cristaux formés lors de la coprécipitation » qui assure les propriétés magnétiques de l’aimant.
L’aventure Hit Mag pouvait alors démarrer sur la base d’une double innovation concernant à la fois le procédé d’élaboration et le matériau, dont les propriétés sont totalement inattendues.
Or, comme l’explique son président, Arnault Trac, dans les Échos, « historiquement, les aimants permanents que l’on savait fabriquer sans terre rare avaient une faible puissance d’aimantation ». Si elle tient ses promesses, cette découverte pourrait donc s’avérer particulièrement précieuse pour l’Europe, en permettant de contourner, au moins partiellement, le monopole de la Chine sur les terres rares et ainsi gagner en souveraineté dans un domaine stratégique.
Des aimants bas carbone
En plus d’être exempts de terres rares, ces aimants permanents de nouvelle génération seraient aussi bas carbone, puisque, « la technologie de Hit Mag pourrait permettre d’éviter jusqu’à 10 tonnes de CO₂ par tonne d’aimants produite », en comparaison avec la fabrication d’aimants au néodyme.
D’une part, on doit cette performance a un procédé de production propriétaire sans calcination, donc avec une faible consommation énergétique, par « chimie douce ».
D’autre part, il convient également de considérer, dans le calcul, l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Or, il est probable qu’une chaîne de valeur plus locale, avec l’utilisation de matières qui se trouvent en Europe et en grande quantité, réduise également l’impact environnemental global.
Une première levée de fonds en juin 2026
Pour atteindre ses objectifs, Hit Mag devra néanmoins réussir le défi de l’industrialisation, et passer par la « case investissements », ce qu’elle a déjà commencé à faire, puisqu’elle a bouclé, en juin 2026, sa première levée de fonds de 1,6 million d’euros[2].
Cet argent servira à financer une nouvelle phase stratégique de R&D et à poursuivre les travaux concernant deux familles de matériaux magnétiques : d’une part les nitrures alternatifs aux néodymes et, d’autre part, les ferrites auto polarisées, destinées aux applications spatiales et télécom.
Un premier laboratoire est ainsi en cours d’installation à Brest et, comme l’annonce Arnault Trac, un atelier « permettra de mettre en œuvre une ligne pilote complète » dès la fin de l’année 2026.
Par ailleurs, la jeune entreprise voit loin. Dans la vidéo de présentation de Hit Mag, Arnault Trac, annonce des aimants « deux fois plus puissants que les meilleurs néodymes du marché ».
Les ambitions de la jeune entreprise bretonne, fondée en 2025, sont claires : 50 millions d’euros de CA annuel à l’horizon 2032 et 7 000 tonnes de production annuelle, afin « d’apporter à l’Europe un avantage stratégique et compétitif dans la production d’énergie ».
Il lui reste maintenant à poursuivre ses efforts et à développer un outil industriel capable de produire 2 000 à 3 000 aimants, ce qui demanderait un financement complémentaire de l’ordre de 5 M€. L’outil complet serait attendu pour 2029 au plus tard, avec une première phase industrielle dès 2028.
[1] Université de Bretagne Occidentale
[2] Réalisée auprès de Lita, Bpifrance, la Satt Ouest Valorisation, Breizh Up ainsi que des réseaux de Business Angels du Finistère et d’Ille-et-Vilaine.
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