Le gouvernement français, dans le cadre de sa stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, lance l’appel à projets « Pionniers de l’IA » afin de soutenir les technologies de rupture à fort potentiel économique et stratégique. Ce dispositif, mis en œuvre via le plan France 2030, vise à accélérer le passage à l’échelle de projets innovants dans des domaines essentiels pour la souveraineté du pays.
Lancé le 18 septembre 2025, cet appel à projets a pour objectif de financer des projets français de recherche et développement (R&D) reposant sur des innovations de rupture en IA, avec un fort impact économique et stratégique. Il s’inscrit dans la troisième phase de la stratégie nationale pour l’IA, annoncée lors du Sommet pour l’action sur l’IA en février 2025, qui place au cœur de ses priorités le soutien aux technologies capables de transformer profondément les secteurs industriels et économiques.
Le dispositif est opéré pour l’État par Bpifrance, en partenariat avec l’Agence de programmes dans le numérique portée par Inria. Il s’appuie sur une gouvernance croisée associant le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), la Direction générale des Entreprises (DGE), la Direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI) et le Commissariat général au développement durable (CGDD).
Domaines ciblés
Les technologies visées par l’appel couvrent les nouvelles vagues de l’IA, notamment de nouvelles architectures de modèles et méthodes d’entraînement, l’interaction des modèles avec des environnements complexes, et l’intégration de l’IA dans la robotique. Les domaines d’application retenus incluent l’industrie, l’énergie, la sécurité des systèmes informatiques, la santé/biomédical, et la transition écologique.
Le soutien aux projets se décline en trois phases, chacune avec des critères techniques, des montants et des durées spécifiques. La première phase finance des travaux de faisabilité technique (100 000 à 200 000 € pour 6 à 12 mois) destinés à valider que la technologie de rupture proposée est viable.
La phase 2 permet de développer un démonstrateur. Les projets doivent montrer une amélioration significative des performances, en s’appuyant sur les résultats de la phase 1. Le financement s’élève de 400 000 à 800 000 € pour une durée de 6 à 18 mois.
Enfin, la phase 3 vise le passage à l’usage économique et la commercialisation. Elle finance les applications prometteuses, avec un soutien de 3 à 8 millions d’euros pour 1 à 3 ans. La sélection entre les phases n’est pas automatique, mais conditionnée à des revues de résultats par des opérateurs compétents.
L’appel s’adresse autant aux entreprises (PME, ETI), qu’aux centres de recherche publics ou privés, seuls ou en consortium. Les partenariats européens sont acceptés, et les consortiums intégrant des partenaires européens pourront, selon les cas, bénéficier d’un financement via la fondation Current AI, créée lors du Sommet pour l’action sur l’IA.
Les projets proposés doivent être non engagés avant le dépôt de la demande d’aide et comporter des dépenses éligibles conformes aux critères du cahier des charges. Ils doivent respecter le principe européen Do No Significant Harm (DNSH) relatif à l’environnement afin d’éviter un dommage significatif.
La date de la première « relève » de dépôt des projets est fixée au 5 novembre 2025, avec d’autres échéances ultérieures jusqu’au 9 juin 2026.
Enjeux et perspectives
Ce nouvel appel à projets est une pièce maîtresse de l’ambition de la France de devenir un acteur de premier plan dans l’intelligence artificielle de rupture. En structurant un appui financier progressif (de la faisabilité à la mise sur le marché), il cherche à encourager les innovations les plus audacieuses tout en minimisant les risques liés aux premières phases de R&D.
L’attention portée à des domaines comme la sécurité des systèmes informatiques ou la transition écologique souligne que les effets attendus ne sont pas seulement économiques, mais aussi stratégiques et sociétaux. Le dispositif pourrait renforcer la souveraineté nationale dans les infrastructures critiques, les technologies de santé, ou les filières industrielles sensibles.
Cependant, le défi reste élevé. Il s’agit en effet de repérer rapidement les technologies prometteuses dans un contexte concurrentiel international, de lever les verrous techniques pour certaines innovations de rupture, et de réussir le passage à l’échelle. Le dispositif doit être agile, à la fois dans l’évaluation des propositions et dans le soutien opérationnel pour les projets retenus.
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