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La crise impacte comme jamais les investissements dans l’énergie (AIE)

Posté le 3 juin 2020
par Joël Spaes
dans Énergie

La crise liée au Covid-19 a un très fort impact sur le niveau des investissements dans le secteur énergétique, signale l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son cinquième rapport World Energy Investment présenté jeudi 28 mai. Un document qui porte sur l’année écoulée, mais aussi exceptionnellement sur la première partie de 2020, avec des chiffres jusqu’à mi-mai, indique Fatih Birol, le directeur exécutif de l’agence.

La crise sanitaire devrait entraîner un recul de 20 % des investissements dans le secteur énergétique en 2020, soit un retrait de quelque 400 milliards de dollars, insiste Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Un chiffre à comparer à la prévision de l’AIE, en début d’année, qui misait sur une hausse de 2 % des investissements en 2020 (ce qui aurait été la plus forte progression des six dernières années). C’est « la plus large chute de l’histoire et de loin », ajoute-t-il. Le secteur le plus touché est le domaine du pétrole et du gaz, avec un recul d’un tiers des investissements prévus (32 %). Et au sein de ce secteur, les gaz et pétrole de schiste aux États-Unis enregistrent un retrait de 50 %, avec des implications importantes, notamment sur l’emploi et sur les économies des pays dépendants des exportations de pétrole. Ainsi, Tim Gould, coordinateur du rapport, signale que les investissements dans la production ont par exemple chuté de 50 % à la Sonatrach algérienne. Le marché du GNL (gaz naturel liquéfié) est d’ailleurs revenu totalement à zéro, insiste-t-il, alors que l’année dernières, il avait enregistré un boom. En conséquence, cela entraîne une nouvelle volatilité sur le marché, sachant qu’une année de recul d’investissements conduit à retirer 2 mbj (millions de barils/jour) du marché, et si cela dure jusqu’en 2025, cela signifierait 8 mbj retirés.

Les objectifs climatiques s’éloignent…

Plus inquiétant, même si le déclin est moindre, l’AIE prévoit également une baisse de l’investissement dans les technologies propres (énergies renouvelables, efficacité énergétique, batteries), soit le premier recul après des années de vive croissance. Même si le déclin ne devrait être « que » de 11 % sur l’année, c’est particulièrement significatif par rapport aux années précédentes. C’est surtout, insiste le directeur de l’agence de l’OCDE, « beaucoup moins que ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs de lutte contre le changement climatique. Il faudrait en effet enregistrer un doublement du montant des investissements ». Même si le niveau a donc moins baissé que dans d’autres secteurs (atteignant les 600 milliards de dollars), et qu’il est concevable que la chute des coûts des équipements (surtout solaires et éoliens) réduise le volume de financement nécessaire, l’atteinte des objectifs climatiques ne peut être assuré que si ce montant est doublé rapidement, insiste le coordinateur du rapport.

Côté électricité, le plongeon des investissements atteint 10 %, la faisant repasser au niveau d’il y a 10 ans, indique Tim Gould. Et, plus inquiétant, le déclin des investissements dans les réseaux (qui ont un rôle majeur à jouer pour l’intégration des ENR), qui avait déjà commencé, atteindrait -9 % cette année.

Le repli vers les technologies anciennes ?

En outre, autre source d’inquiétude, « le parc de centrales au charbon continue d’augmenter. Et les nouvelles centrales sont deux fois plus nombreuses que l’année dernière », insiste l’AIE. Des installations qui sont réalisées très majoritairement en Asie, notamment en Chine, mais aussi au Pakistan, en Indonésie, au Cambodge également.

Ces données présentent le risque « que le confinement sanitaire actuel entraine le secteur à se confiner dans des technologies anciennes », insiste le directeur de l’AIE, qui seront là pour longtemps encore et freinent la lutte contre le changement climatique. Et Fatih Birol souligne que si les investissements sont laissés « au seul marché », les émissions de CO2 mondiales pourraient bien repartir à la hausse lorsque la demande redémarrera. Et de rappeler qu’après la crise de 2008, les rejets carbonés qui avaient chuté de 0,4 Gt (gigatonnes) en 2009, ont bondi de 1,7 Gt en 2010.

L’AIE en appelle ainsi aux gouvernements pour poursuivre les efforts en matière de transition énergétique à l’aune des politiques de relance qui se profilent, tout en sachant que dans les pays en développement, l’argent risque fort de manquer cruellement.


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