Le coup d'après

Les actualités à suivre : souveraineté, hydrogène naturel, IA et conformité, Critical Raw Materials Act, PFAS

Posté le 22 juin 2026
par La rédaction
dans Matériaux

La rédaction vous propose un rapide tour d'horizon sur les informations qui feront l'actualité industrielle dans les jours et les semaines à venir.

D’ici 2028, les industriels européens devront prouver qu’ils ne dépendent pas à plus de 40 % d’un fournisseur unique

Le 5 juin 2026, Maros Sefcovic a annoncé que la Commission européenne prépare un instrument législatif obligeant les entreprises des secteurs sensibles à ne pas s’approvisionner à plus de 40 % auprès d’un fournisseur unique. La cible est explicite : le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint 359,9 milliards d’euros en 2025, concentré sur les matériaux critiques, les composants électroniques et les batteries. La Commission a simultanément lancé le plan ReSourceEU doté de 3 milliards d’euros pour développer des sources d’approvisionnement alternatives. Les orientations politiques des chefs d’État sont attendues lors du sommet européen de fin juin 2026, une étape décisive avant la traduction législative formelle.

Pour les industriels français, les secteurs exposés sont identifiés : chimie, batteries, semi-conducteurs et terres rares affichent tous des concentrations d’approvisionnement largement supérieures à 40 % sur certaines matières premières chinoises. Cartographier ses dépendances, identifier des alternatives et engager des co-investissements dans des sources européennes s’avère très urgent.

34 millions de tonnes estimées, 3 655 mètres forés : les analyses du PTH-2 vont dire si la Lorraine est assise sur un trésor énergétique

Le forage PTH-2 de Pontpierre a atteint 3 655 mètres en février 2026, record mondial pour un forage dédié à l’hydrogène naturel. Les carottes prélevées sont en cours d’analyse. La Française de l’Énergie attend les premiers résultats quantitatifs pour l’été 2026. Le gisement estimé à 34 millions de tonnes dans le bassin carbonifère lorrain en ferait potentiellement le plus grand gisement d’hydrogène naturel au monde. Ce qui distingue ce projet des autres : pas d’électrolyse, pas d’énergie renouvelable nécessaire, pas de CO₂ émis. L’hydrogène remonte naturellement des formations géologiques profondes. Si les analyses confirment les estimations, les implications pour la chimie et la sidérurgie lorraine sont directes et immédiates. ArcelorMittal à Florange et les sites chimiques de la vallée de la Moselle consomment des volumes d’hydrogène considérables aujourd’hui produits à partir de gaz naturel fossile. Le permis exclusif de recherche obtenu en janvier 2026 couvre une zone de 235 km² autour de Pontpierre. L’enjeu des prochaines semaines est simple : les analyses vont confirmer ou infirmer la présence d’hydrogène en concentration exploitable commercialement. Ce résultat conditionnera l’ensemble du calendrier industriel de la filière française d’hydrogène naturel pour les cinq années à venir.

D’ici août 2026, les industriels non conformes s’exposent à des amendes jusqu’à 3 % de leur chiffre d’affaires mondial

Le règlement européen sur l’IA est entré en vigueur le 1er août 2024 avec une application progressive. Le 2 août 2026 est la première échéance structurante pour l’industrie : tous les systèmes d’IA classés à haut risque doivent être conformes. Pour les sites industriels, les cas d’usage concernés sont concrets. La CNIL identifie explicitement la maintenance prédictive sur équipements critiques, le contrôle qualité automatisé et les cobots avec vision artificielle comme systèmes à haut risque. La conformité implique quatre obligations non négociables : un système de gestion des risques documenté, une traçabilité des données d’entraînement, une surveillance humaine active et un mode de fonctionnement dégradé en cas de défaillance. Les sanctions peuvent atteindre 3 % du chiffre d’affaires mondial pour non-conformité. La majorité des industriels n’ont pas encore entamé l’audit de leurs systèmes existants. Les cabinets spécialisés estiment qu’une mise en conformité complète requiert entre quatre et huit mois de travail. À 45 jours de la date fatidique, la fenêtre est donc fermée pour les systèmes non encore audités. La Commission européenne maintient le calendrier sans dérogation annoncée. Pour les DSI et directeurs industriels, l’urgence n’est plus de comprendre le texte. Elle est d’agir.

Critical Raw Materials Act : juin 2026 marque les premières obligations concrètes pour les importateurs industriels

Entré en vigueur en mai 2024, le Critical Raw Materials Act s’applique progressivement. Juin 2026 marque le début des premières obligations opérationnelles pour les importateurs de 34 matières premières critiques et 17 matières stratégiques dont le lithium, les terres rares, le cobalt, le gallium et le tungstène. Le texte impose trois obligations structurantes pour les industriels.

Pour les équipes achats industrielles, la réalité est brutale. Beaucoup de matières critiques transitent par des intermédiaires sans traçabilité documentée depuis la mine d’origine. Reconstituer ces chaînes prend plusieurs mois. Les grandes entreprises ont commencé, les PME et ETI partent souvent de zéro. La Commission européenne a prévu des audits dès 2027 pour les entreprises déclarant des dépendances excessives. Pour les industriels, l’enjeu dépasse la conformité : la cartographie des dépendances révèle des vulnérabilités que beaucoup préféraient ignorer, et qui vont désormais devoir être traitées.

J-60 pour éliminer les PFAS des emballages alimentaires, et les substituts ne sont pas tous au rendez-vous pour le moment

Le règlement européen PPWR interdit les PFAS dans les emballages alimentaires à partir d’août 2026. Boîtes à pizzas, papiers cuisson, barquettes de restauration rapide, emballages micro-ondables : toute surface en contact alimentaire utilisant des fluoropolymères pour ses propriétés barrières à l’humidité et aux graisses est concernée. La France a anticipé partiellement cette interdiction dès 2023 sur certaines applications. Le texte européen élargit désormais le périmètre à l’ensemble du marché intérieur. Le problème industriel est documenté et précis.

Pour les emballages à hautes performances barrières – résistance aux huiles à haute température, étanchéité prolongée, contact avec aliments acides –, les alternatives sans PFAS validées industriellement sont rares. Si les revêtements à base de polyoléfines, de cires végétales ou d’amidon modifié couvrent une partie des usages, ils ne couvrent pas tout.

Pour les fabricants d’emballages industriels, l’ADEME identifie trois options : reformuler avec des alternatives validées, réduire les performances cibles en accord avec les clients alimentaires, ou sortir du marché sur certaines applications. Aucune de ces trois options ne se résout en quelques semaines. Les fabricants qui n’ont pas entamé leur transition chimique il y a au moins six mois vont se retrouver en infraction. Les contrôles seront assurés par les DGCCRF et DGAL dès la rentrée de septembre.


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