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Méthane et climat, TotalEnergies traque les fuites invisibles

Posté le 18 mai 2026
par La rédaction
dans Énergie

Le méthane est devenu l’un des gaz les plus surveillés de l’industrie énergétique. Sa réduction rapide est présentée comme un levier climatique majeur, à condition de mieux détecter les émissions réelles.

Dans l’industrie pétrolière et gazière, le méthane est un gaz difficile à maîtriser parce qu’il est invisible et inodore. Il peut s’échapper lors de fuites sur des vannes, des gazoducs, des réservoirs ou pendant des opérations de dégazage et de torchage inefficace, lorsque la combustion du gaz reste incomplète. Cette caractéristique explique l’importance croissante des outils de mesure directe, capables de rendre visibles des émissions longtemps estimées à partir de modèles ou de déclarations opérationnelles.

Le sujet dépasse le seul cadre industriel. Le méthane, principal composant du gaz naturel, possède un pouvoir de réchauffement environ 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2) sur vingt ans, tout en restant moins longtemps dans l’atmosphère. Cette durée de vie plus courte rend les réductions de méthane particulièrement utiles pour agir sur le réchauffement à court terme. Les émissions proviennent notamment de l’agriculture, des déchets et du secteur énergétique, avec une part importante pour les opérations liées au pétrole, au gaz et au charbon.

Pour répondre à cet enjeu, TotalEnergies a mis en place à Pau un centre de surveillance dédié, le Methane Tracking Center, chargé d’agréger et d’analyser les données issues de ses sites opérés dans plusieurs pays. Ce dispositif centralise les alertes afin d’identifier les événements significatifs et de déclencher des actions correctives sur les installations concernées, le plus souvent sous forme d’inspections ou de réparations. Le groupe présente cette organisation comme un moyen de passer d’une logique de contrôle ponctuel à une surveillance plus continue.

Des technologies pour rendre les fuites visibles

La détection repose sur une combinaison de satellites, de drones, de caméras infrarouges et de capteurs fixes. Parmi ces outils figure l’Airborne Ultra-light Spectrometer for Environmental Application (AUSEA), un capteur ultraléger embarqué sur drone et développé avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui mesure le dioxyde de carbone et le méthane dans des zones parfois difficiles d’accès. Cette technologie permet notamment d’approcher des réservoirs ou des équipements complexes sans dépendre uniquement d’inspections au sol.

TotalEnergies a également testé des outils de détection et de quantification sur une plate-forme dédiée située dans la zone de Lacq, près de Pau, où des lâchers contrôlés de méthane permettent d’évaluer les performances des équipements. Cette étape de calibration est centrale, car la détection seule ne suffit pas toujours à mesurer précisément l’ampleur d’une fuite. L’objectif opérationnel consiste à localiser l’émission, à l’estimer, puis à vérifier que la réparation a bien réduit ou supprimé la source.

Le groupe indique avoir déployé 13 000 capteurs fixes, avec un dispositif achevé en décembre 2025 pour assurer une surveillance en continu. Dans son rapport climat 2026, TotalEnergies mentionne aussi l’usage de données issues par exemple de capteurs ou de drones, consolidées à l’échelle mondiale par le Methane Tracking Center. L’entreprise affirme avoir réduit ses émissions de méthane de 65 % en 2025 par rapport à 2020 et vise une baisse de 70 % en 2026.

Un progrès industriel sous surveillance climatique

Ces efforts s’inscrivent dans un contexte où les émissions mondiales restent élevées. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que le secteur énergétique a émis près de 150 millions de tonnes de méthane en 2025, dont une part importante liée aux activités pétrolières et gazières. Le secteur des énergies fossiles représente environ 35 % des émissions humaines de méthane, sans signe de baisse globale en 2025 malgré l’existence de solutions de réduction connues (par exemple surveillance régulière, réparation rapide des fuites, remplacement des équipements émetteurs, récupération du gaz non brûlé, réduction du torchage).

La question est donc autant technologique que collective. Les engagements et dispositifs de suivi se multiplient, notamment à travers l’Oil and Gas Methane Partnership 2.0 (OGMP 2.0), un cadre international de mesure et de reporting du méthane dans le pétrole et le gaz. TotalEnergies indique avoir obtenu le niveau Gold Standard de l’OGMP 2.0 pour la cinquième année dans son document d’enregistrement universel 2025.

La portée climatique de ces efforts reste toutefois liée à leur généralisation et à leur transparence. Les émissions directes, appelées scope 1 et scope 2, concernent les activités opérées par l’entreprise, tandis que les émissions indirectes de scope 3 proviennent notamment de l’utilisation des produits vendus. La réduction des fuites de méthane constitue donc un levier concret pour améliorer les opérations pétrogazières, mais elle ne suffit pas à traiter l’ensemble de l’empreinte carbone d’un groupe producteur d’énergies fossiles.


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