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Nvidia et Hugging Face : quand la France invente, les États-Unis achètent

Posté le 3 septembre 2026
par Philippe RICHARD
dans Entreprises et marchés

En 2016, trois entrepreneurs français, Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, lancent Hugging Face. Cette plateforme ambitionne d'être le « hub » de l’intelligence artificielle. Sept ans plus tard, le géant américain Nvidia serait sur le point de racheter cette pépite pour 12,9 milliards de dollars. Une jolie histoire, mais elle n'est presque pas française !

Une bonne nouvelle pour la French Tech ou désillusion de plus ? En s’offrant Hugging Face, l’entreprise californienne Nvidia devient de plus en plus incontournable dans le secteur de l’IA. L’entreprise Hugging Face peut être considérée comme le GitHub (plateforme en ligne largement utilisée pour l’hébergement, la gestion et le partage de code source) de l’intelligence artificielle.

Hugging Face a en effet séduit 13 millions de développeurs qui utilisent chaque mois sa plateforme pour partager, télécharger et modifier des modèles d’IA. Un écosystème devenu indispensable pour les chercheurs et les entreprises du monde entier.

Mais, attention, si Hugging Face a été créée en 2016 par des Français, elle est sous le drapeau US depuis 2017. Son siège social étant à Brooklyn, elle est soumise au droit américain. En migrant outre-Atlantique, les fondateurs avaient un seul objectif : pouvoir lever des fonds à grande échelle.

Aujourd’hui, son capital est détenu par des géants américains et internationaux : Sequoia, Coatue, Salesforce, Google, Amazon, Nvidia, Intel, AMD ou IBM. Aucun fonds français n’y figure, et la Banque publique d’investissement [Bpifrance, NDLR] brille par son absence. Les trois fondateurs conservent encore moins de 40 % du capital, tandis que quelques business angels tricolores, comme Frédéric Mazzella ou Nicolas Douetteau, détiennent des parts marginales.

En d’autres termes, la France a apporté les idées, mais elle ne dispose ni des actions, ni du contrôle, ni des conséquences économiques de cette histoire de succès. Une leçon à méditer pour les pouvoirs publics et les médias, qui aiment à brandir Hugging Face comme l’étendard de la French Tech.

Fuite des cerveaux

Selon Nvidia, cette acquisition (qui reste à confirmer) correspond parfaitement à sa stratégie de verrouillage total de l’IA. Depuis plusieurs mois, le spécialiste des puces graphiques enchaîne les acquisitions et les prises de participation pour verrouiller toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.

Après Groq pour l’inférence rapide, Poolside pour renforcer ses propres modèles ouverts, et Perplexity pour la couche applicative, c’est maintenant Hugging Face, que l’on peut qualifier de carrefour mondial des modèles open source, qui attire son attention.

L’appétit du Californien n’est pas restreint, car il a les moyens d’être extrêmement gourmand. Son chiffre d’affaires atteint 96,22 milliards de dollars, contre 4 milliards environ en 2016. Les bénéfices nets sont presque de 60 milliards de dollars, alors qu’ils étaient d’environ 800 millions il y a dix ans. Depuis dix ans, Nvidia est ainsi passé de la marque incontournable pour les joueurs grâce à ses cartes graphiques à l’acteur incontournable de l’intelligence artificielle.

Mais Nvidia fait face à deux menaces existentielles. D’un côté, la montée en puissance des modèles chinois ouverts, comme DeepSeek, Qwen ou Kimi. De l’autre, l’autonomie croissante de ses propres clients. Google, Amazon, Microsoft et Meta développent leurs propres puces maison, réduisant leur dépendance à Nvidia.

En acquérant Hugging Face, Nvidia s’assure que l’écosystème de l’IA ouverte continue de graviter autour de son matériel, même si les modèles eux-mêmes deviennent moins dépendants de ses technologies. Une manière de contrôler le flux de l’innovation, depuis la création des modèles jusqu’à leur déploiement.

Cette acquisition confirme que les levées de fonds aux États-Unis sont plus faciles et plus rapides, avec des montants bien supérieurs à ceux proposés en Europe. Résultat, les entrepreneurs français sont souvent contraints de s’expatrier pour accéder à des capitaux suffisants.

Si la France et l’Europe n’ont pas un bon plan pour financer, aider et garder leurs start-up, elles risquent de perdre leurs talents au profit des États-Unis.

 


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