Les nouveaux modes de production sont au cœur des enjeux sociétaux actuels. Les évolutions technologiques des trente dernières années ont considérablement accru, aujourd’hui, les opportunités offertes aux utilisateurs d’innover. Le concept de fab lab, abréviation de « fabrication laboratory », ou laboratoire de fabrication, est un exemple de cette nouvelle approche, où les utilisateurs des innovations vont être ceux qui les conçoivent, voire les produisent eux-mêmes. Cette approche est associée à trois enjeux majeurs : la fabrication numérique, la constitution d’un répertoire immense de savoirs collectifs accessibles à tous grâce à Internet et, enfin, le passage à la production flexible personnalisée. C’est ainsi que l’on voit se développer fortement, à travers le monde, les mouvements de « maker » (ce terme anglophone générique peut ici être rapproché de celui de créateur, constructeur ou bricoleur en français).
Les fab labs ont vu leur nombre exploser dès leur création en 2001 par Neil Gershenfeld, directeur du laboratoire « Center for Bits and Atoms » (CBA) au « Massachussets Institute of Technology » (MIT). Bien qu’ils sont très souvent associés aux autres ateliers de fabrication numérique, les fab labs ont leur propre identité et surtout disposent de leur propre réseau. En effet, les fab labs offrent la possibilité de partager des ressources et des projets à une échelle mondiale au sein du réseau qu’ils constituent, contrairement aux autres espaces de créations qui sont très souvent indépendants et sans relation entre eux. La philosophie première lors de la création des fab labs a été comme le dit Neil Gershenfeld : « Amener les gens du monde entier à devenir des protagonistes de la technologie plutôt que de simples spectateurs ». Afin de bien comprendre ce que sous-tend cette idée, nous proposons ici d’utiliser une analyse contextuelle permettant un questionnement méthodique et exhaustif des caractéristiques principales des fab labs, à savoir la méthode QQOQCP (Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?). Dans un premier temps, nous verrons le « quoi » et plus précisément ce qu’est un fab lab, ses éléments constitutifs matériels ou non, et enfin la diversité de ceux-ci. Dans un second temps, nous rappellerons le « pourquoi » et à travers ce « pour quoi », nous présenterons les projets développés dans les fab labs. Après avoir géolocalisé ces derniers, nous détaillerons la gestion et les modes de gouvernance qui s’y appliquent pour finir par donner quelques pistes sur leurs possibles évolutions dans le futur.