La Commission européenne vient de publier sa stratégie pour accélérer le développement de petits réacteurs modulaires (SMR pour small modular reactor) en Europe. Le plan prévoit leur mise en service au début des années 2030 et vise une capacité totale comprise entre 17 GW et 53 GW d’ici à 2050. En complément des énergies renouvelables, ces mini-réacteurs pourraient offrir un large éventail de solutions bas carbone pour le chauffage urbain et la chaleur industrielle, tout en assurant un approvisionnement énergétique stable à de nouveaux besoins, tels que les centres de données.
Les principales mesures comprennent le développement d’une chaîne d’approvisionnement européenne compétitive en favorisant la standardisation des technologies permettant la production en série. Une meilleure coopération entre les entreprises est aussi encouragée, ainsi qu’entre les États membres et les acteurs de la recherche pour atteindre une masse critique. Sur le plan financier, la Commission prévoit un complément de financement de 200 millions d’euros jusqu’en 2028, afin de soutenir davantage le déploiement de technologies nucléaires innovantes, notamment les SMR, mais aussi la fusion.
À l’échelle européenne, d’autres dispositifs de financement sont disponibles, dont le programme de recherche et de formation Euratom. Toutefois, son budget dédié aux SMR est limité, puisqu’il s’élève à quelques dizaine de millions d’euros par appel à projets. En décembre dernier, la Commission européenne a lancé un appel à projets doté d’un budget conséquent de 2,9 milliards d’euros et baptisé « Technologies Net-Zéro 2025 ». Sauf qu’il est ouvert à un grand nombre de domaines allant des énergies renouvelables à l’industrie, en passant par le résidentiel et la mobilité.
Dans son rapport prospectif, la CRE (Commission de régulation de l’énergie) évalue le besoin de financement pour développer des micro-réacteurs à environ un milliard d’euros par projet. Elle souligne par ailleurs que « Les pays les plus avancés dans le passage à l’échelle industrielle ont tous bénéficié d’investissements publics supérieurs au milliard d’euros par projet, avant que des investisseurs privés (aux États-Unis uniquement) n’estiment les risques suffisamment maîtrisés pour s’engager à cette échelle. » Alors qu’une vingtaine de projets sont aujourd’hui identifiés en Europe, le soutien proposé par la Commission paraît nettement insuffisant.
Le Plan France 2030 en relais des aides européennes
De son côté, la France a mis en place son propre programme national de soutien, à travers son Plan France 2030. En 2023, 12 projets ont été sélectionnés lors de la première phase de l’appel à projets « Réacteurs nucléaires innovants » pour bénéficier d’aides d’un montant total de près de 130 millions d’euros. Le mois dernier, deux d’entre eux ont été sélectionnés pour des financements supplémentaires.
Tout d’abord, Calogena a perçu 48 millions d’euros et a également levé une cinquantaine de millions d’euros complémentaires apportés par des investisseurs industriels. D’ici à 2028, la start-up compte déposer une demande d’autorisation pour la création de ses premiers réacteurs de série. De son côté, Jimmy a obtenu un financement de 80 millions d’euros, dont la moitié provient du Plan France 2030. Ce soutien permettra de finaliser la conception de son générateur thermique et de préparer son déploiement au Creusot, en Saône-et-Loire.
Ces deux projets ne doivent cependant pas cacher les difficultés à faire émerger ces petits réacteurs. La start-up Naarea, lauréate de la première tranche d’aides du Plan France 2030, est actuellement en liquidation judiciaire, en raison notamment d’un manque de trésorerie et d’une accumulation de dettes. L’entreprise franco-italienne Newcleo, elle aussi bénéficiaire du soutien français en 2023, a dû faire face à des difficultés de trésorerie l’été dernier. En début d’année, elle a annoncé avoir réussi à clôturer plusieurs levées de fonds avec des investisseurs industriels, d’un montant total de 105 millions d’euros pour poursuivre le développement de ses réacteurs.
Ailleurs dans le monde, les montants investis semblent beaucoup plus importants. La société américano-japonaise GE Vernova Hitachi vient d’annoncer qu’elle compte investir jusqu’à 40 milliards de dollars dans la construction de SMR dans le Tennessee et l’Alabama. Selon le rapport de la CRE, l’Europe est actuellement en retard dans le développement et les premières réalisations de ces mini-réacteurs par rapport à la Chine, la Russie et les États-Unis.
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