Lancé en 2021, le plan France 2030 doit permettre à la France de rattraper son retard dans certains secteurs historiques, à travers une enveloppe de 54 milliards d’euros. Il s’inscrit dans une stratégie en faveur de l’investissement, de l’innovation et de la réindustrialisation et vise également la création de nouvelles filières industrielles et technologiques.
Son périmètre est extrêmement large : nucléaire innovant (SMR notamment), hydrogène, décarbonation de l’industrie, mobilité électrique, santé, agriculture, aéronautique bas carbone, espace, sans oublier le numérique et l’IA.
Dans son bilan du 1er trimestre 2026, le gouvernement faisait état de 9 410 projets, plus de 6 330 dépôts de brevet envisagés, 13,3 milliards destinés aux acteurs émergents et 28 % de financement en faveur de la décarbonation.
Au 31 mars 2026, France 2030 aurait consommé 78 % de son enveloppe. Sur le papier, ce grand plan est donc fortement engagé. Néanmoins, selon un récent article du journal Le Monde, son déploiement complet prendra plus de temps que prévu et tout l’argent qui devait être engagé entre 2022 et 2027 ne le sera pas, en raison des problèmes budgétaires et financiers que connaît le pays.
Il faudra donc s’attendre à une mise en œuvre effective en 2032 ou 2033 au minimum et d’ici là, des aménagements sont aussi à craindre au niveau des priorités d’investissement, car, comme le rappelle l’économiste Pierre Jérémie dans l’article du Monde « France 2030 est avant tout un plan de politique industrielle qui choisit quelques filières jugées stratégiques pour les soutenir ».
Surtout que le gouvernement actuel a déjà annoncé des aménagements en mai et juin : 1 milliard d’euros consacrés aux technologies quantiques et 655 millions d’euros supplémentaires dédiés à l’intelligence artificielle. S’interroger sur l’avenir du plan après les élections présidentielles semble donc légitime ! Voici quelques hypothèses, en cas de victoire de chaque candidat.
Gabriel Attal : continuité et amplification
La continuité du plan macronien France 2030 serait probablement assurée et le dispositif serait très certainement amplifié, en particulier sur le volet IA, compte tenu des déclarations du candidat, qui souhaite même un « plan France 2040 pour l’IA et l’innovation » de 200 milliards d’euros, reposant pour moitié sur des capitaux privés et pour moitié sur des fonds européens aujourd’hui sous-utilisés, le Programme d’investissements d’avenir (PIA) actuel, la commande publique, des économies budgétaires et les futures marges de manœuvre budgétaires.
Édouard Philippe ou Bruneau Retailleau : continuité sous conditions ?
Le candidat Édouard Philippe est favorable à l’investissement climatique et technologique. Il propose de bâtir une souveraineté technologique européenne, d’armer la France pour gagner la course mondiale à l’intelligence artificielle, d’accélérer la décarbonation et d’œuvrer pour l’adaptation des villes au réchauffement climatique.
Mais tout ceci reste vague et théorique et ne va pas forcément dans le sens d’un renforcement de France 2030. Car Édouard Philippe défend aussi la réduction des aides publiques jugées improductives. Il propose ainsi de « supprimer 50 milliards d’impôts de production » et de financer cette mesure par la suppression de « 50 milliards d’aide aux entreprises ».
De son côté, Bruneau Retailleau souhaite investir dans les technologies stratégiques. Il veut notamment faire de l’IA « le nucléaire du XXIe siècle » et considère que les gouvernements des dix dernières années n’ont pas assez agi sur ce levier de souveraineté.
Sur le volet accompagnement, le candidat Retailleau veut qu’il soit massif pour les PME et ETI, concernant l’IA et la construction de data centers. Un effort de 25 milliards d’euros sur 5 ans a ainsi été envisagé, avec un financement reposant en partie sur des économies.
Marine Le Pen : préférence nationale et recul écologique
Le Rassemblement National défend une vision souverainiste de l’économie. Si le parti de Marine Le Pen arrivait au pouvoir, on s’orienterait vers une doctrine industrielle faisant la part belle au patriotisme économique avec un État interventionniste et prescripteur.
Or, le dispositif France 2030 actuel repose essentiellement sur des dispositifs assez « technocratiques », avec une forte articulation autour des objectifs européens de transition écologique. Ainsi, un exécutif RN chercherait probablement à renforcer de nombreux secteurs stratégiques, mais avec des instruments très différents de la logique initiale de France 2030 : plus de commandes publiques, des fonds souverains et un fléchage des aides vers les PME et ETI.
Enfin, si le RN soutient officiellement la décarbonation, il est également très critique envers le Green Deal européen. En cas de victoire du RN, une politique énergétique favorisant le nucléaire et l’hydraulique, au détriment du solaire et de l’éolien, est donc à craindre, ce qui pourrait aussi engendrer un fléchage différent des financements France 2030.
Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon – réorientation écologique
Ces trois candidats de gauche convergent vers une intervention publique plus forte avec une forte dimension de réindustrialisation écologique. Néanmoins, ils divergent sur la question européenne et sur le volet énergétique.
Pour le candidat Mélenchon, les aides publiques aux entreprises seraient ainsi conditionnées à des contreparties sociales et environnementales et il est probable que France 2030 serait intégré dans une planification industrielle plus directive. L’arrêt des EPR et la sortie du nucléaire étant à son programme, il faudrait donc s’attendre à un revirement complet concernant les aides apportées à ces projets.
De son côté, Marine Tondelier est favorable à un grand outil d’investissement, mais avec une réorientation écologique profonde. Elle prône aussi l’arrêt des programmes EPR2 et SMR et entend transférer leurs financements vers les ENR.
Enfin, le projet social-démocrate européen de Raphaël Glucksmann associe révolution énergétique, écologique, industrielle, technologique et scientifique. Il met en avant la réindustrialisation bas carbone et la souveraineté, mais en cas de victoire, il faudra aussi s’attendre à un durcissement des conditions d’obtention des aides.
En revanche, son projet se démarque des deux autres candidats de gauche par un fort attachement européen, puisqu’il fonde son projet sur un renforcement massif des investissements publics européens. Par ailleurs, s’il met l’accent sur l’accélération de la décarbonation et les renouvelables, il ne place pas l’abandon du nucléaire comme marqueur identitaire.
Dans quelle mesure une remise en cause du plan actuel est-elle elle possible pour l’exécutif ?
Fin 2025, la Cour des comptes recensait 48,91 milliards d’euros d’autorisations d’engagement consommées avec 39,82 milliards engagés au niveau des projets, mais seulement 14,52 milliards décaissés auprès des bénéficiaires. Or, comme l’État à des obligations contractuelles, il serait donc très difficile pour un exécutif de traiter les contrats en cours comme des sujets politiques.
Chose rassurante, tous les candidats semblent attachés, du moins sur le principe, au renforcement de la souveraineté et tous affirment vouloir défendre l’industrie. Aucune disparition pure et simple du plan France 2030 actuel n’est donc à craindre (mis à part un changement de nom), mais une forte réorientation est néanmoins attendue pour les nouveaux appels à projets.
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