En ce moment

Relance du nucléaire : le métier de soudeur dans la lumière

Posté le 2 juillet 2026
par Aliye Karasu
dans Entreprises et marchés

Le programme EPR2 révèle les lacunes de tout un pan de métiers délaissés par ces dernières années de désindustrialisation. Parmi eux, la soudure, fondamentale dans l’industrie nucléaire, qui souffre d’une pénurie de main-d’œuvre alarmante. Pour mener à bien les futurs chantiers faramineux, de nombreux défis seront à relever : dépoussiérer l'image du métier, réduire les délais de formation, intégrer les nouveaux outils technologiques... Retour sur un métier d’avenir aux perspectives exceptionnelles.

Face aux nombreux retards et surcoûts de l’EPR de Flamanville (Manche), ce sont les soudures mal réalisées qui sont pointées du doigt. La perte du savoir-faire acquis lors de la construction des réacteurs dans les années 1970 et 1980 (jusqu’à cinq réacteurs par an) est manifeste.

Le phénomène de « corrosion sous contrainte », rencontré en 2022 sur certains réacteurs et qui avait contraint la France à exporter son électricité, a été accentué par le manque de soudeurs disponibles. Pour la réparation, EDF a dû appeler à la rescousse des soudeurs et des tuyauteurs nord-américains spécialisés de Westinghouse.

La relance de la filière nucléaire française, annoncée lors du discours de Belfort en 2022, exacerbe la problématique qualitative et quantitative de main-d’œuvre en créant une demande sans précédent qui s’ajoute à celle liée à la maintenance des réacteurs existants.

Soudeur, un métier d’acrobate

Le soudeur fait partie des métiers largement méconnus. Chargé de l’installation et la maintenance des réseaux de tuyauterie, le soudeur assemble les métaux grâce à une fusion par soudage à la flamme, à l’arc électrique ou encore par faisceau d’électron. Il est particulièrement recherché dans l’industrie nucléaire et la construction navale (représentant en 2026, 30 % et 20 % des besoins respectivement).

Garant de la sûreté des installations nucléaires, le métier requiert rigueur, maîtrise de techniques spécifiques, dextérité et souplesse lorsque les conditions d’exercice nécessitent d’adopter certaines postures plusieurs heures. Ces exigences sont néanmoins compensées par les évolutions offertes aux plus expérimentés (poste de chef d’équipe ou de chef de chantier) et le système des Indemnités de Grand Déplacement (IGD) dont bénéficie le soudeur itinérant. En outre, le contexte de pénurie crée le plein emploi et les conditions de travail sont améliorées par la technologie grâce aux robots collaboratifs (cobots) qui suppléent le soudeur pour les tâches répétitives.

Former mieux et plus vite

Avec plus de 10 000 postes non pourvus en France, le taux de tension chez les soudeurs est parmi le plus élevé de tous les métiers industriels. En cause, non seulement la pénibilité du travail, mais aussi le désengagement de l’État du nucléaire depuis 30 ans.

Il va pourtant falloir créer des vocations, les besoins en soudeur nucléaire étant estimés à près de 1 000 par an d’ici à 2030. Les centres de formation étant trop peu nombreux, les initiatives se multiplient du côté des industriels qui s’engagent pour garantir une formation professionnelle exigeante mais rapide. Citons l’exemple d’Hefaïs, la Haute école de formation au soudage (en référence à Héphaïstos, dieu grec de la métallurgie), située dans le Cotentin. L’école a été créée en 2021 par EDF, Orano, Naval Group et Constructions mécaniques de Normandie, quatre grands acteurs des industries navales et nucléaires. Elle met à la disposition de ses étudiants une machine de soudure virtuelle avec casque de réalité augmentée qui permet de réduire de 20 % la durée de l’apprentissage. Un gain de temps précieux quand l’excellence nécessite cinq à sept ans de formation.

Pour rendre le métier plus attractif, Hefaïs a créé l’Étincelle, un espace d’expérimentation[1] qui permet aux visiteurs de s’immerger dans la réalité de la pratique du soudage.

Une chose est certaine, le soudeur est amené à devenir une pierre angulaire de la souveraineté industrielle française.


[1] Lauréat de la 2ᵉ édition des Étoiles de l’Europe en Normandie dans la catégorie « Formation et Orientation »


Pour aller plus loin