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Adaptation climatique du parc nucléaire : la question prioritaire de l’eau

Posté le 28 mars 2023
par Matthieu Combe
dans Énergie

La place à donner au nucléaire dans le mix énergétique divise. Mais dans tous les cas, la question de l’adaptation des centrales déjà existantes au manque d’eau à venir se pose et doit se préparer rapidement.

Le rapport de la Cour des comptes sur l’adaptation au changement climatique du parc de réacteurs paru ce 21 mars est passé quasiment inaperçu. Pourtant, alors qu’Emmanuel Macron entend lancer la construction de six réacteurs de type EPR 2, étudie la possibilité d’en construire huit supplémentaires et souhaite prolonger la durée des réacteurs déjà construits à soixante ans, la question mérite d’être sérieusement explorée.

Des adaptations sont menées depuis les années 1990, mais l’évolution rapide des connaissances sur le changement climatique impose la revue des dispositifs de sûreté existants et la définition d’une véritable stratégie d’adaptation pour le nouveau nucléaire, note la Cour des comptes. Elle estime l’investissement pour l’adaptation au changement climatique et aux événements associés autour « du milliard d’euros pour la période passée et d’environ 600 millions d’euros pour les quinze prochaines années ». EDF ne l’ayant « pas évalué complètement et précisément », elle enjoint l’énergéticien à « identifier et mesurer les coûts d’adaptation au changement climatique du parc de production nucléaire, en fonctionnement [56 réacteurs implantés sur 18 centrales, ndlr]et en investissement ».

Six sites particulièrement à risque

En période de canicule ou de sécheresse, les normes encadrant les prélèvements d’eau et les rejets thermiques des centrales peuvent contraindre l’exploitation et réduire la disponibilité et la production du parc. C’est notamment le cas lorsque les réacteurs se situent en bord de rivière ou d’estuaire. La Cour des comptes identifie un risque d’indisponibilité pour « six sites » : Saint-Alban, Tricastin, Bugey, Blayais, Golfech et Chooz. Elle recommande de mieux mesurer les impacts de la contrainte hydrique sur ces centrales et d’adapter si nécessaire leurs capacités d’entreposage avant rejet des effluents liquides.

Les pertes de production liées à ces restrictions restent la plupart du temps limitées, inférieures à 1 % de la production annuelle. Elle a néanmoins atteint un record de 1,4 % en 2003, à cause de la canicule. La Cour des comptes note que « ces indisponibilités sont concentrées sur des périodes brèves, estivales le plus souvent, et peuvent s’avérer critiques en accroissant les risques de tension sur le réseau ». Ces indisponibilités liées au réchauffement climatique pourraient être multipliées « par un facteur de trois à quatre » d’ici 2050, relève en outre l’autorité administrative.

Pour une meilleure évaluation et prise en compte des risques

Les épisodes caniculaires et de sécheresse étant appelés à se multiplier, la Cour des comptes appelle à consolider et mettre à jour les fondements scientifiques justifiant les limites réglementaires applicables aux rejets thermiques des réacteurs nucléaires. La recherche doit également permettre de mieux connaître l’évolution du débit des fleuves.

Si des solutions techniques plus sobres en consommation d’eau, voire des technologies « à sec », sont expérimentées à l’international, EDF n’a proposé « aucune innovation opérationnelle concernant les systèmes de refroidissement dans le cadre du nouveau programme nucléaire », regrette la Cour. Elle demande donc à l’énergéticien de « renforcer la recherche et développement sur les systèmes de refroidissement sobres en eau ainsi que sur des systèmes de traitement biocide plus sobres en réactifs chimiques rejetés dans le milieu naturel ».


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