Interview

Année de l’ingénierie 2025-2026 : une initiative visant à rapprocher l’école et le grand public de la recherche et des entreprises

Posté le 19 mai 2026
par Arnaud Moign
dans Innovations sectorielles

Le 1er octobre 2025 était lancée l’année de l’ingénierie 2025-2026, une grande opération nationale de médiation scientifique et d’orientation portée par le CNRS, l’Académie des technologies, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, ainsi que de nombreux partenaires. Alain Cadix, Copilote du projet pour l’Académie des technologies, a accepté de nous en parler.
Alain Cadix est copilote de l’Année de l’ingénierie pour l’Académie des technologies (Droits réservés).

L’année de l’ingénierie 2025-2026 a pour vocation de rapprocher l’école, la recherche, les entreprises et le grand public pour valoriser les métiers ainsi que les savoirs scientifiques et technologiques qui dessinent un avenir soutenable et responsable.

C’est à la fois une année de médiation scientifique et une année d’information sur les métiers de l’ingénierie, les formations qui y conduisent (du C.A.P au doctorat) et une année d’aide à l’orientation.

Le dispositif est piloté par un comité composé de l’Institut CNRS Ingénierie et de l’Académie des technologies, du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il intègre par ailleurs de nombreux partenaires[1].

Techniques de l’ingénieur – Cette année de l’ingénierie, quelle en est l’origine ?

Alain Cadix – Le CNRS organise régulièrement des opérations appelées « année de ». En 2018-2019, il y a eu l’année de la chimie, puis l’année des mathématiques (2019-2020), de la biologie (2021-2022), de la physique (2023-2024), des géosciences (2024-2025). En revanche il n’y avait jamais eu d’année consacrée à l’industrie et aux technologies.

J’ai donc suggéré la création de cette année de l’ingénierie pour 2025-2026, tout en sachant que le terme « ingénierie » évoque forcément le métier d’ingénieur. Néanmoins, nous avons voulu, dès le départ, sortir de ce schéma orienté ingénieur, en ajoutant la baseline « se former du C.A.P au doctorat », sous le logo.

Valoriser les métiers, les savoirs scientifiques et technologiques

L’idée était de ne pas réduire l’ingénierie aux seuls bureaux d’études, mais d’élargir à l’industrie, à la construction (BTP) et à la tech. Ce dispositif est donc à la fois une année de médiation scientifique et technologique et une année de la promotion des métiers et des formations techniques.

Quels sont les défis à relever ?

Aborder une année comme celle-là, c’est d’abord s’attaquer à des représentations bien ancrées chez les jeunes : l’usine qui a fermé, la pollution dans le fleuve à côté de chez eux, bref tous les sujets négatifs liés à l’industrie. Il y a aussi les stéréotypes de genre : pourquoi y a-t-il si peu de filles dans l’industrie ?

Mais le plus difficile est, selon moi, de lutter contre les déterminismes sociaux et territoriaux et les idées préconçues, comme « dans ma famille, il n’y a pas d’ingénieurs, ce n’est pas pour moi », ou encore « dans le territoire où je suis, l’industrie, ce n’est pas porteur ». Cette question territoriale est un sujet majeur, car il existe des situations aberrantes, avec des jeunes qui ont des débouchés à moins de 100 km de chez eux, mais estiment que c’est trop loin, et il faut les comprendre.

Bien entendu, ce n’est pas en une année que l’on peut régler ces problèmes d’ordre culturel et social. Nos actions sont donc orientées sur le long terme et cette année de l’ingénierie est un point de départ, un laboratoire dans lequel nous testons ce qui marche ou pas. Nous réfléchissons déjà à un dispositif qui pourrait s’appeler « Ingénierie 2035 » et qui s’installerait dans la durée.

Par ailleurs, on ne peut faire évoluer ces représentations sans action concertée avec d’autres acteurs de l’industrie. Par exemple, pour attirer les filles, nous travaillons avec des associations comme Femmes Ingénieures ou Elles bougent.

Et concernant les déterminismes sociaux et territoriaux, je pense aussi qu’il est essentiel d’engager un travail en profondeur avec les territoires, régions et départements, car il y a une forme d’autolimitation, notamment de la part de jeunes issus de milieux modestes.

Quelles actions ont-elles été entreprises durant cette année pour tenter de changer les choses ?

Premièrement, nous ne voulions pas refaire ce que d’autres font déjà, car il y a énormément d’actions engagées sur les territoires et dans les établissements scolaires. Nous avons donc mis en place un système de labellisation très simple qui a permis d’intégrer près de 400 événements.

Parmi les actions concrètes, côté CNRS, on peut citer la mise en œuvre d’un annuaire permettant aux établissements scolaires d’inviter des chercheurs en classe. Côté ingénieurs, techniciens et cadres, nous avons fait quelque chose d’équivalent, en nous appuyant sur la fondation C’génial.

Nous avons aussi testé un dispositif qui s’appelle « retour dans mon collège ». Celui-ci consiste à faire revenir dans son ancien collège un étudiant en fin de cursus ingénieur ou IUT, ou un jeune diplômé. C’est quelque chose qui avait été expérimenté en Normandie et qui avait très bien fonctionné, car la grande proximité entre générations et le fait de côtoyer les mêmes lieux et professeurs marquent beaucoup plus les jeunes qu’une visite classique, plus anonyme.

Une action intitulée « questions d’élèves » a également été déployée. Comme son nom l’indique, il s’agissait de transmettre à des spécialistes des questions posées par des collégiens, sur des sujets choisis parmi les thématiques France 2030. Les questions des élèves et les réponses des experts ont ensuite été filmées et elles donneront bientôt naissance à des capsules vidéo qui seront diffusées dans les réseaux de l’Éducation nationale.

Cette initiative « année de l’ingénierie » s’inscrit dans la durée. Quelle est la suite prévue ?

La prochaine étape est celle du bilan, afin de tirer les enseignements nécessaires pour aborder la suite. Cette première année de l’ingénierie pose les bases d’une action sur le long terme et on peut déjà imaginer quelques pistes d’amélioration. Prenons l’exemple des capsules vidéo : les questions posées correspondaient à sept thématiques issues du programme France 2030, mais les années suivantes, nous pourrions en ajouter d’autres.

Nous pourrions aussi élargir les actions de communication autour des événements labellisés, qui se limitaient, cette année, à un partage sur LinkedIn ou Instagram. La présence sur d’autres médias (sociaux ou traditionnels) est donc également une piste.

J’aimerais aussi qu’on élargisse le champ des interventions aux lycées GT, en ciblant les classes de seconde. L’idéal serait d’intervenir entre septembre et février, c’est-à-dire avant que les élèves ne choisissent leurs spécialités de la voie Générale ou bien leurs filières de la voie Technologique, mais pas au dernier moment : il faut que cela s’inscrive naturellement dans un parcours d’orientation.

Un bilan complet et une mise en perspective seront présentés le 29 juin prochain, à l’occasion d’une demi-journée de clôture organisée au siège du CNRS. Les personnes qui le désirent pourront d’ailleurs suivre en direct cette session, via un lien disponible sur la page d’accueil du site anneeingenierie.fr.

[1] France Universités, CDEFI, Conférence des Grandes écoles, association des IUT, plusieurs organismes de recherche, fédérations professionnelles, OPCO, Bpifrance


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