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Datacenter : voyage au centre de la Terre

Posté le 5 mai 2026
par Philippe RICHARD
dans Informatique et numérique

Les centres de données sont des installations qui offrent aux entreprises un espace pour stocker leurs données dans des environnements à température contrôlée. La plupart des centres de données sont situés en surface. Mais, certains se trouvent sous terre dans des endroits plus originaux.

Le paysage change à mesure que les besoins des entreprises et des individus évoluent. Au cours des années 1980, toutes les entrées de ville sont touchées par l’expansion des grandes surfaces spécialisées.

Aujourd’hui, les besoins en numérique favorisent le développement des datacenters. Début 2026, la France compte environ 350 datacenters opérationnels, ce qui la place à la troisième position en Europe, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Leur construction inquiète les populations avoisinantes à cause de la consommation excessive en eau.

Le 15 avril dernier, l’État américain du Maine a adopté une loi visant à freiner leur implantation. Le texte interdit aux autorités locales, jusqu’à l’automne 2027, de délivrer des permis de construire pour toute infrastructure dépassant une capacité de 20 mégawatts.

Différentes pistes sont étudiées ou exploitées depuis quelques années pour limiter la consommation en énergie mais également les risques de bombardements. En mars dernier, plusieurs centres de données d’Amazon Web Services (AWS) situés au Moyen-Orient ont été touchés par des attaques de drones.

L’une des options les plus novatrices et performantes semble être la mise en place d’un datacenter en sous-sol. Il en existe des dizaines dans le monde et la plupart sont cachés dans des lieux insolites. C’est le cas du centre de données « The Lefdal Mine ». Ouvert en 2016, il compte 75 salles souterraines et est situé dans la région de Sogn og Fjordane, entre Måløy et Nordfjordeid. Il est implanté au bord d’un fjord profond et froid, bénéficiant d’un approvisionnement stable et abondant en énergie hydroélectrique, la moins chère du marché et neutre en CO₂.

Pour résister aux bombardements, ces datacenters sont installés dans d’anciens bâtiments militaires. C’est le cas de The Bunker dans le Kent. Un ancien « centre de contrôle et de rapport » du ministère de la Défense britannique a été vendu en 1998, puis racheté par une petite entreprise de cryptographes open source avant d’être acquis de nouveau et rebaptisé The Bunker, avec pour vocation le marché de l’hébergement ultra-sécurisé.

Datacenter et géothermie

En 2017, The Bunker a trouvé de nouveaux propriétaires, CyberFort Group, une société de cybersécurité. L’ensemble du complexe est situé à 30 mètres sous terre et a été construit pour résister à une explosion nucléaire de 22 kilotonnes grâce à ses murs en béton de 3 mètres d’épaisseur. Même capacité de résistance pour le DC1-Stavanger, un centre de données installé dans un ancien dépôt de munitions de l’OTAN, creusé à l’intérieur d’une montagne.

De tels bâtiments sont également utilisés en France. En 2022, Scaleway (une entreprise française spécialisée dans le cloud et filiale de Free) a racheté « l’abri Lefebvre » un ancien abri antiatomique opérationnel jusqu’en 1991 puis laissé à l’abandon.

Construit entre 1937 et 1939 sous le laboratoire des Ponts et Chaussées dans le 15ᵉ arrondissement de Paris, ce bâtiment est situé au-dessus d’une carrière désaffectée datant du XVIIᵉ siècle ayant une profondeur de 26 mètres et protégée par un dépôt de calcaire de 10 mètres d’épaisseur.

Baptisé DC4 par Scaleway, ce databunker permet un stockage à l’abri de tous les risques naturels et technologiques connus.

Plus original, la PME Decima exploite un datacenter dans l’ancienne poudrière (construite en 1682) de la citadelle Vauban d’Arras. Le recours à la géothermie permet de rafraîchir les serveurs informatiques de manière naturelle avec de l’eau puisée à 40 mètres de profondeur à une température d’environ 10°C (à plus ou moins 2°C). Elle passe ensuite par les échangeurs pour refroidir le système, avant d’être rejetée en aval à 17°C maximum.

Une seconde solution complémentaire (dite de free cooling) a été installée. L’air ambiant extérieur est aspiré quand celui-ci est inférieur à 7°C, en le dépoussiérant et le déshumidifiant, pour refroidir et ainsi réduire encore plus la facture énergétique.

Enfin, la société ZEUS Data Center, une entreprise française basée à Doué-en-Anjou, prévoit de construire et d’exploiter son premier data center (baptisé BigNuage) à faible empreinte carbone à Saumur. Les travaux devraient commencer en septembre prochain dans une ancienne champignonnière.


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