Décryptage

Europe énergétique : l’espoir d’une union ?

Posté le 23 novembre 2022
par Pierre Thouverez
dans Énergie

La crise énergétique que traverse la France n’épargne pas ses voisins européens, au contraire. La commission européenne, qui doit présenter d’ici la fin de l’année une feuille de route pour une réforme du marché européen de l’énergie, peine à harmoniser ses propositions.

Le coût de l’énergie, aujourd’hui au plus haut, constitue une source de tensions, que ce soit  dans l’industrie, chez les particuliers ou encore dans les services publics. Si l’Etat met tout en œuvre pour limiter, à coup de milliards d’euros, l’impact de cette hausse, il convient de se projeter au-delà de cette crise. Et il est difficile de penser que les prix de l’énergie vont sur le moyen terme retrouver la valeur qui était la leur avant la crise du Covid.

Le Président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, a ainsi, sur France Info, confirmé que l’« énergie, en Europe, va coûter plus cher », avant de regretter le manque d’harmonisation au niveau européen, qui empêche une réponse efficace à la crise énergétique : « Nous fixons un prix pour l’électricité qui n’a aucun rapport avec le prix de production, puisque qu’on prend en compte le dernier facteur de production, c’est-à-dire le prix du gaz, comme référence (…). L’Europe n’a pas réussi à se mettre d’accord, et contrairement à ce qui s’est passé lors de la crise du COVID, nous sommes partis dans un chacun pour soi. »

En effet, l’Allemagne, moins endettée que la France, a mis en place l’équivalent d’un bouclier tarifaire pour ses entreprises, alors que du côté français, une grande partie des aides va plutôt aller du côté des ménages. Le nœud du problème réside dans le plafonnement des prix du gaz. Pays par pays, les membres de l’Union Européenne présentent des mix énergétiques très variés, ce qui rend les effets d’un plafonnement des prix du gaz très différents d’un pays à l’autre. Pour résumer, ce plafonnement profitera à certains pays et sera inefficace voire contraignant dans les autres. Partant de là, une position commune paraît difficile à trouver.

C’est ce que confirmait au Sénat cette semaine Laurence Boone, la secrétaire d’Etat chargée de l’Europe, lors d’une audition : « Le découplage que nous demandons du prix du gaz et de l’électricité nous bénéficie, mais coûtera cher à d’autres pays. Il faut que l’on arrive à trouver un mécanisme qui fait que l’on peut en bénéficier, mais sans faire porter de coûts financiers à ceux qui produisent beaucoup d’électricité avec du gaz ».

Alors, quelle peut être la solution ? Pour l’Europe, il s’agit de trouver des solutions qui vont à la fois permettre à tous les pays de traverser la crise énergétique actuelle en limitant son impact, et de projeter le continent sur un changement de paradigme énergétique, avec une électricité plus chère et dont le prix n’est plus global mais local. L’accélération de la décarbonation constitue à ce titre un choix cohérent.

Le 24 novembre, les Ministres européens de l’énergie se réunissent. La Commission Européenne entend proposer un plafond pour le prix du gaz dans la foulée. C’est ce qu’a laissé entendre le commissaire européen à l’Energie, Kadri Simon, lors de la COP 27 qui se tenait la semaine dernière. Si jamais un accord est trouvé par les Ministres le 24 novembre. Ce plafonnement pourrait être glissant, pour rester cohérent avec le marché. Il pourrait constituer la première pierre de la future stratégie énergétique européenne.


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