Décryptage

Gaz de schiste : quand l’eau du robinet prend feu

Posté le 22 mai 2011
par La rédaction
dans Environnement

C’est la mauvaise nouvelle que l’industrie du gaz de schiste craint le plus. Une étude tente de tracer un lien entre l’extraction du gaz de schiste et l’image iconique du robinet qui s’enflamme.

Un extrait du film « anti-schiste » Gasland est en effet devenu viral sur YouTube en 2010 : on y voit un résident, voisin d’un puits de gaz de schiste, approcher un briquet de son robinet, qui s’enflamme. Il s’agit de méthane, gaz qu’il ne faut surtout pas mettre en contact avec un briquet, et qui s’est retrouvé dans l’eau de son puits, à cause — c’est la thèse du film — de l’extraction de gaz de schiste menée à proximité.

Le problème avec cette théorie, c’est que le méthane à l’état naturel existe déjà un peu partout sur la planète, y compris dans l’eau de consommation. Des fuites naturelles de méthane sont rapportées depuis la plus haute antiquité. Donc, avec des milliers de puits de gaz de schiste aux États-Unis, l’industrie a beau jeu de se défendre en disant que, si elle était responsable, des incidents comme celui du robinet qui s’enflamme devraient être beaucoup plus répandus.

Or, pour la première fois, une étude prétend justement pouvoir établir ce lien. Quatre scientifiques de l’Université Duke, en Pennsylvanie, affirment que, dans l’eau des 68 puits qu’ils ont étudiés (dans une région couvrant une partie de la Pennsylvanie et l’État de New York), les niveaux de méthane sont 17 fois plus élevés lorsque ces puits sont à un kilomètre ou moins d’une extraction de gaz.

Peut-être plus important encore, les chercheurs ajoutent que la signature moléculaire de ce gaz révèle qu’il s’agirait de méthane thermogénique, ce qui signifie qu’il provient de très loin sous la surface (comme le gaz de schiste), au contraire du méthane biogénique, celui qu’on trouve traditionnellement un peu partout.

Toutefois, leur échantillon est minuscule, trop petit pour fournir une preuve définitive, reconnaissent-ils dans leur étude, parue dans l’édition du 9 mai de la revue PNAS : «  Nos résultats montrent des traces de contamination au méthane dans l’eau de consommation, en au moins trois endroits de la région. »

Du même souffle, le biologiste Robert Jackson et ses collègues de l’Université Duke, soulignent n’avoir trouvé aucune trace de contamination de l’eau par la « soupe toxique » qu’utilise l’industrie du gaz pour fracturer la roche (là où se cache le gaz). Comme la crainte de contamination par cette soupe toxique est soulevée bien plus souvent que la crainte de fuites de méthane, c’est une bonne nouvelle : ces produits chimiques, avec le peu qu’on en sait, pourraient être nocifs pour la santé humaine tandis que le méthane, lui, n’est pas à proprement parler un contaminant. Il peut se retrouver dans l’eau du robinet sans que quiconque ne soit incommodé. Mais en trop grande quantité dans un espace fermé, il peut entraîner l’asphyxie, ou une explosion.

D’où vient ce méthane ?

S’il se confirme qu’il y a fuite du méthane toutefois, cela pose une autre question : d’où vient-il ?

Dans un texte d’opinion publié par le Philadelphia Inquirer et qui a été envoyé à ce journal pour coïncider avec la parution de la recherche, l’auteur principal, Robert Jackson, semble anticiper les critiques : « Les environnementalistes ont souvent la tâche déplaisante de pointer les faiblesses de différentes technologies, et cette étude montre un côté sombre de la fracturation. Mais les autres énergies ont également leurs faiblesses et dans certains cas, de très grosses […] Il est très probable que nous utilisions le gaz de schiste pour un certain temps, et les problèmes que nous avons pointés pourront probablement être résolus. Il serait inexact et injuste de dire que notre étude prouve que la fracturation doit être abolie. »

 

Par Pascal Lapointe pour Agence Science-Presse

 

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