Cinq ans après avoir lancé le plan hydrogène, l’État a été contraint, en 2025, de revoir à la baisse ses objectifs de production d’hydrogène vert. En effet, dans le nouveau plan d’action, la capacité de production visée pour 2030 est passée de 6,5 GW à 4,5 GW.
Il faut dire que la capacité d’électrolyse réellement installée ne dépasse pas 50 MW actuellement, pour seulement 300 MW de projets sécurisés : la filière française est donc encore loin de l’échelle industrielle !
Les raisons invoquées pour ce revirement sont multiples. Il y a d’une part le manque de maturation technologique et économique de la filière hydrogène, ainsi que la forte concurrence internationale. Par ailleurs, le nouveau cap défini par la réglementation européenne sur le climat « Fit For 55 » a aussi changé la donne, en rehaussant les exigences réglementaires sur l’hydrogène vert.
Par ailleurs, selon le baromètre de France Hydrogène, la production d’hydrogène vert par électrolyse serait en phase de transition, avec des projets dont le passage à la décision finale d’investissement (FID) reste limité, car « aucune nouvelle décision n’a été annoncée en 2025 ».
Néanmoins, malgré les difficultés de financement et une année 2025 mouvementée, cette filière émergente reste dynamique. À l’échelle mondiale, le secteur de l’hydrogène vert aurait d’ailleurs franchi une étape décisive, avec 110 milliards d’investissements, répartis dans plus de 500 projets à travers le monde.
Les difficultés de recrutement, un frein à la transition énergétique
En France, une pénurie de main-d’œuvre qualifiée touche l’ensemble des secteurs industriels, alors que les besoins en recrutement sont déjà élevés (211 000 recrutements prévus en 2026 selon l’enquête BMO 2026 de France Travail).
Et en ce qui concerne le secteur de l’énergie, la forte croissance liée à l’émergence des énergies décarbonées (nucléaire, photovoltaïque, éolien, hydrogène…) entraîne elle aussi une pénurie de main-d’œuvre au niveau mondial, qui freine la transition énergétique, selon l’AIE.
Or, la situation ne devrait pas s’arranger, puisque le secteur de l’énergie a prévu de recruter 40 % d’actifs supplémentaires d’ici 2030, dans le monde.
La transition énergétique française ne fait pas exception. Dans le nucléaire, 15 000 postes restent à pourvoir, selon EDF, et la construction des futurs EPR va nécessiter la formation massive de soudeurs certifiés. Idem dans le photovoltaïque et l’éolien : le syndicat des énergies renouvelables parle de 8 000 postes d’installateurs vacants et la filière éolienne recherche désespérément des techniciens de maintenance qualifiés.
L’électrolyse industrielle nécessite de nouveaux profils ultraqualifiés
France Hydrogène estime que la filière hydrogène devrait générer, en France, entre 50 000 et 100 000 emplois directs ou indirects d’ici 2030.
Mais comme tout secteur émergent, l’hydrogène vert est lui aussi confronté à des défis majeurs en termes de formation et a une forte concurrence en matière de recrutement, de la part du nucléaire, des ENR et de l’industrie lourde.
D’une part, le secteur peine à trouver les compétences nécessaires au développement de l’électrolyse industrielle, une technologie encore trop récente qui combine chimie, électrochimie et génie des procédés.
D’autre part, la maintenance des équipements d’hydrogène est également problématique, car l’entretien de ces installations nécessite des compétences en sécurité industrielle, l’hydrogène étant un gaz hautement inflammable, explosif et sujet aux fuites.
Une offre de formation qui progresse
Pour couvrir ses besoins actuels et anticiper les besoins futurs, la filière mise sur le développement de formations spécialisées en hydrogène, ainsi que sur la spécialisation.
D’après France Hydrogène, le secteur a ainsi pu bénéficier de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » (AMI CMA), dont les projets permettront la formation de 50 000 personnes.
L’offre de formation s’est également étoffée dans les universités ou écoles. France Hydrogène a d’ailleurs publié, à ce sujet, un guide dédié à l’emploi et aux formations dans la filière hydrogène.
Les entreprises agissent aussi de leur côté, en déployant leurs propres plateformes de formation. Air Liquide, TotalEnergies et d’autres acteurs de la filière, ont ainsi lancé, dès 2021, le campus H2 Académie (implanté en Normandie), en partenariat avec plusieurs acteurs publics, territoriaux et organismes de formation.
Energy Formation, une filiale de GRDF, propose également, depuis 2024, une formation spécifique qui couvre la production, le stockage et la distribution d’hydrogène.
En revanche, si les formations proposées concernent essentiellement les aspects fondamentaux, techniques ou de sécurité associés à l’hydrogène, les formations dédiées à l’exploitation des électrolyseurs restent encore rares et sont souvent internalisées.
Une étude menée par l’Université de Grenoble (UGA) dans le cadre du projet AMHY révèle ainsi que, « face à l’urgence des besoins et à l’évolution rapide des technologies, les entreprises privilégient la formation par tutorat ou entre pairs ».
Le rapport donne également des pistes permettant à l’UGA de renforcer l’attractivité et la visibilité de ses offres de formation, actions qui sont transposables à d’autres organismes de formation.
L’UGA estime ainsi qu’il est primordial de promouvoir l’offre de formation continue hydrogène déjà existante à l’INP-UGA, d’améliorer la communication envers les entreprises (LinkedIn, job dating, etc.), mais également d’étudier le développement d’un mastère spécialisé hydrogène (Bac+6) qui couvrirait l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hydrogène.
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