La France franchit une étape décisive dans le développement de l’hydrogène décarboné. Fin décembre, l’État a publié le cahier des charges de son tout premier appel d’offres destiné à soutenir la production d’hydrogène bas-carbone par électrolyse. Piloté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et opéré par l’ADEME, ce dispositif inédit marque l’entrée dans une nouvelle phase de la Stratégie nationale hydrogène (SNH).
L’objectif affiché est clair : faire émerger, à terme, environ 1 GW de capacités de production d’hydrogène décarboné sur le territoire national, afin d’accompagner la décarbonation de secteurs industriels fortement émetteurs. À la différence des dispositifs antérieurs, centrés sur l’amorçage technologique ou le soutien à l’investissement, ce premier appel d’offres met en place un mécanisme de soutien à la production, fondé sur les volumes effectivement produits.
Le mécanisme prévoit une aide proportionnelle à la quantité d’hydrogène produite, versée sur une durée de quinze ans. L’ambition est de combler l’écart de compétitivité de l’hydrogène décarboné, qui se révèle plus coûteux à produire que l’hydrogène d’origine fossile. En sécurisant les revenus des producteurs sur le long terme, l’État entend créer les conditions économiques nécessaires au passage à l’échelle industrielle.
Cette approche constitue l’un des piliers de la SNH lancée en 2020 et révisée en avril 2025. L’an dernier, le gouvernement a procédé à un réajustement de son calendrier et de ses ambitions en anticipant un déploiement plus lent qu’envisagé, lié à la maturation technologique des électrolyseurs, aux coûts de production encore élevés et à l’émergence progressive de la demande industrielle. Sans renoncer à son objectif de souveraineté énergétique et industrielle, l’État vise à présent jusqu’à 4,5 GW de capacités d’électrolyse en 2030, puis 8 GW à l’horizon 2035, contre des cibles initialement plus ambitieuses à court terme.
Priorité à l’industrie lourde et aux usages les plus difficiles à décarboner
Cette stratégie révisée opère également un recentrage sur les usages jugés prioritaires pour la décarbonation, à savoir l’approvisionnement de l’industrie dans les secteurs de la sidérurgie, la chimie lourde ou la production d’engrais, ainsi que pour la synthèse de carburants durables utilisés notamment pour décarboner le transport aérien. Elle considère aussi le rôle structurant de l’implantation de hubs hydrogène dans les grandes zones industrielles – Fos-sur-Mer, Dunkerque, Le Havre ou la Vallée de la chimie – et met l’accent sur la création d’infrastructures locales de transport et de stockage.
Cette SNH II réaffirme parallèlement un choix stratégique central, celui de privilégier une production nationale d’hydrogène décarboné par électrolyse, fondée sur le mix électrique bas-carbone français, combinant le nucléaire et les énergies renouvelables. Les soutiens publics, avec une enveloppe de 4 milliards d’euros, sont donc réservés à la production domestique, notamment afin de sécuriser l’approvisionnement des industriels, limiter les dépendances extérieures et renforcer la compétitivité de la filière française sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Le premier appel d’offres apparaît donc comme un outil opérationnel clé de la SNH II. Destiné à transformer une filière encore émergente en un pilier durable de la transition énergétique française, il est l’aboutissement d’un processus engagé dès la fin de l’année 2024. Dix candidats ont été présélectionnés et invités à participer à un dialogue concurrentiel avec l’État. Cette phase a permis d’ajuster le cahier des charges aux réalités technico-économiques du marché, dans un contexte encore marqué par l’immaturité relative de la filière et par une concurrence internationale accrue.
Dans ce paysage, le lancement d’un mécanisme de soutien à la production constitue un tournant. Il traduit la volonté de l’État de passer d’une logique de démonstration à une logique de déploiement, tout en sécurisant les investissements privés sur le long terme. Les candidats présélectionnés ont jusqu’au 27 février 2026 pour déposer leurs offres. Les premiers lauréats de ce dispositif très attendu pourraient ainsi préfigurer les futures pierres angulaires de la filière française de l’hydrogène décarboné, appelée à jouer un rôle central dans la transition énergétique et la souveraineté industrielle du pays.
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