Le secteur automobile s’est imposé en quelques années comme l’un des moteurs de la croissance de l’industrie des semi-conducteurs. Cette évolution s’explique en grande partie par la transition vers le véhicule électrique, qui a modifié de manière profonde l’architecture électronique des voitures. Chaque nouveau modèle embarque dorénavant une quantité toujours plus grande de puces, faisant exploser la demande mondiale. D’après une analyse d’un acteur de ce secteur, la taille de ce marché devrait passer d’environ 40 milliards de dollars en 2024 à plus de 103 milliards d’ici 2033, soit une progression soutenue sur près d’une décennie.
À la base de cette croissance, l’électrification est sans conteste le facteur majeur du boom des puces automobiles. Un véhicule électrique a besoin de près du double de semi-conducteurs qu’un modèle thermique, et peut même en embarquer jusqu’à 3 000 pour une voiture haut de gamme. Ces puces sont en effet nécessaires pour gérer la puissance entre la batterie et les moteurs, surveiller l’état des cellules pour assurer la sécurité et l’autonomie, et réguler la température pour préserver tous les composants.
Dans le même temps, les véhicules sont de plus en plus équipés de systèmes d’aide à la conduite (ADAS pour Advanced driver-assistance systems) qui font aussi grimper la demande. On peut citer par exemple le freinage d’urgence, le maintien dans la voie ou la détection des obstacles. Ces fonctions reposent sur une multitude de capteurs et de processeurs qui analysent en permanence l’environnement de la voiture, qui devient un véritable ordinateur sur roues.
De leur côté, les conducteurs sont à la recherche de voitures plus intelligentes et plus sûres, ce qui stimule encore la demande de fonctions électroniques sophistiquées. Ils réclament une connectivité toujours plus riche avec des écrans tactiles, un système de navigation et une connexion 4G/5G qui alimente la demande en puces. Par ailleurs, le développement des voitures connectées capables de recevoir des mises à jour OTA (Over-the-air) ou de communiquer avec des infrastructures externes accentue encore la demande pour des solutions de traitement des données.
Un autre facteur explicatif tient à l’évolution des normes de sécurité. Ainsi, certaines réglementations obligent les constructeurs à intégrer des technologies qui reposent elles aussi sur des semi-conducteurs. C’est le cas notamment de l’ABS électronique, de la gestion dynamique de la stabilité ou encore des protocoles de communication sécurisée des données.
Vers un parc automobile de plus en plus électrique
Les ventes de véhicules électriques, de plus en plus nombreuses, contribuent aussi à l’explosion de la demande en semi-conducteurs, qui entraîne automatiquement une hausse de la consommation de ces composants. Selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), la mise en circulation de véhicules électriques pourrait quadrupler d’ici 2030, par rapport à 2024, pour atteindre environ 250 millions d’unités dans le monde (hors deux-roues et trois-roues).
Bien plus qu’un simple assemblage de moteurs et de carrosseries, l’automobile devient une plateforme électronique complexe. Le coût des puces représente à présent une part croissante de la valeur totale d’une voiture électrique, bien supérieure à celle observée dans les modèles thermiques traditionnels. Une évolution qui n’est pas sans poser de nouveaux défis, à commencer par les chaînes d’approvisionnement.
La pénurie de semi-conducteurs pendant la pandémie de Covid-19 a servi de coup de semonce. Elle a brutalement rappelé aux constructeurs leur dépendance et les a poussés à nouer des partenariats à long terme avec les fabricants de puces. Certains constructeurs automobiles conçoivent également depuis longtemps leurs propres puces, à l’image de Tesla et du chinois BYD. D’autres constructeurs traditionnels tels que Toyota, Hyundai, Stellantis et General Motors (GM) emboîtent à présent le pas. Au-delà de la simple sécurisation des stocks, l’enjeu dorénavant est de reprendre la main sur ces technologies devenues le cœur même de l’automobile.
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