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Semi-conducteurs : la reconquête industrielle américaine est en marche

Posté le 20 février 2026
par Nicolas LOUIS
dans Entreprises et marchés

Porté par l'intelligence artificielle, le marché mondial des semi-conducteurs progresse fortement, tandis que les grandes puissances déploient des plans massifs pour soutenir ce secteur. Alors que l'Asie concentre l'essentiel de la production, les États-Unis multiplient les investissements pour relocaliser leurs capacités critiques et réduire leur dépendance industrielle.

En 2026, les ventes mondiales de semi-conducteurs pourraient atteindre les 1 000 milliards de dollars. Ce seuil symbolique vient d’être annoncé par la SIA (Semiconductor Industry Association), au moment de la publication des chiffres de l’année 2025. Ceux-ci sont très bons, puisque le marché a progressé de plus de 25 % en un an, pour dépasser 790 milliards de dollars, porté notamment par l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle. Alors que la production s’est largement concentrée en Asie, les États-Unis ont entrepris une vaste offensive industrielle pour reprendre la main sur ce secteur clé.

Entre 1990 et 2022, leur part dans la capacité mondiale de production a chuté de 37 % à environ 10 %. Si les entreprises américaines captent encore près de la moitié des ventes mondiales de puces, la fabrication s’est largement déplacée sur le continent asiatique, principalement à Taïwan, en Corée du Sud et en Chine. Résultat : environ 80 % de la production se concentre aujourd’hui sur cette région.

Pour la première puissance économique mondiale, cette dépendance est devenue un risque stratégique majeur. La pandémie de Covid-19 a agi comme un électrochoc en mettant en lumière la fragilité de leurs chaînes d’approvisionnement et les tensions géopolitiques autour de Taïwan ne font que renforcer ces craintes. Outre-Atlantique, la sécurisation de l’accès aux puces est donc devenue un impératif de souveraineté technologique.

Face à cette situation, Washington a engagé depuis 2020 une stratégie de réindustrialisation ambitieuse grâce à des incitations fiscales, des subventions directes et un soutien massif à la recherche dans le but de rapatrier des capacités de production sur le sol américain. Selon un rapport de la SIA, plus de 500 milliards de dollars d’investissements privés ont été annoncés dans 28 États, couvrant la fabrication, l’assemblage et les équipements. En 2025, le crédit d’impôt à l’investissement industriel a par ailleurs été renforcé, passant de 25 % à 35 %, afin de rendre le territoire plus compétitif face aux subventions asiatiques et européennes.

Des atouts structurels dans l’écosystème mondial

Les États-Unis conservent un atout décisif avec la maîtrise de la conception et de la recherche. Cet avantage s’explique par des investissements massifs dans la R&D, qui se sont chiffrés à près de 63 milliards de dollars en 2024, soit près de 18 % du chiffre d’affaires de l’industrie américaine des semi-conducteurs.

Par ailleurs, les entreprises dont le siège social est situé aux États-Unis contrôlent près de la moitié du marché mondial des équipements de fabrication de semi-conducteurs, un segment crucial puisqu’il constitue une part importante du coût de construction d’une usine. La stratégie américaine intègre également la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, en coopération avec des alliés comme le Japon et la Corée du Sud, afin de garantir un accès compétitif aux intrants indispensables à l’expansion des capacités domestiques.

La course au talent reste malgré tout un défi majeur. La croissance de l’écosystème nécessitera en effet des dizaines de milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’informaticiens supplémentaires. Une étude citée dans le rapport de la SIA estime qu’à l’horizon 2030, les États-Unis pourraient faire face à un déficit de 67 000 travailleurs qualifiés dans le seul secteur des semi-conducteurs. Dès lors, attirer et former une main-d’œuvre hautement qualifiée devient aussi stratégique que la construction de nouvelles unités.

Selon des projections de la SIA, la capacité de production américaine pourrait tripler à l’horizon 2032, alors que la progression mondiale moyenne serait de 108 % sur cette période. Si ce scénario se confirme, la géographie industrielle du secteur pourrait être partiellement redessinée. Mais la compétition reste ouverte puisque la Chine, l’Union européenne, la Corée du Sud et le Japon multiplient eux aussi les programmes de soutien public. La course aux semi-conducteurs s’apparente désormais à une rivalité industrielle globale, où se mêlent innovation, puissance économique et stratégie géopolitique.


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