Pour arriver à une telle conclusion, le Leadership Group for Industry Transition (LeadIT) s’appuie sur le Green Cement Technology Tracker, véritable observatoire des projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS) dans le monde.
Dans son rapport de mai 2026, LeadIT recense plus de 175 projets[1] dans le monde. À la date du 31 juillet 2026, le tracker (accessible en ligne) faisait état de plus de 17 milliards de dollars investis dans ce domaine dans de tels projets, pour une capacité de capture du carbone d’environ 45 Mt/an.
L’Europe, un écosystème favorable
Sur ces 17 milliards d’investissements, 10 milliards sont concentrés en Europe, qui a toujours été, de loin, le fer de lance de la décarbonation du secteur du ciment. Il faut dire que l’UE possède une architecture politique et réglementaire favorable, entre le système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE), le Fonds européen pour l’innovation, et les multiples mécanismes de financement (le rapport cite les contrats de différence sur le carbone en Allemagne et aux Pays-Bas), sans oublier le réseau d’infrastructures « Northern Lights ».
Il faut également noter qu’un grand nombre de ces projets européens sont dimensionnés à l’échelle commerciale et ne relèvent pas de simples démonstrateurs ou travaux de R&D.
Or, la précision est importante, car 2025 a été marquée par une réduction du nombre de projets annoncés, après une décennie de progression constante. Ainsi, seuls 12 nouveaux projets ont été annoncés en 2025 à l’échelle mondiale et le constat est particulièrement flagrant en Europe, puisque pour la première fois, l’Asie a dépassé l’Europe en nombre total d’annonces de nouveaux projets.
Faut-il pour autant s’en alarmer ? Pour LeadIT, il ne faut pas surinterpréter ces chiffres, car la baisse des annonces européennes en 2025 ne traduit pas un recul du captage carbone dans le ciment, mais plutôt le passage d’une phase de promesses à une phase de réalisation industrielle (les trois nouvelles annonces de projets à échelle commerciale concernaient l’Europe).
Ainsi, après avoir dominé les annonces pendant plusieurs années, l’Europe est désormais confrontée au défi autrement plus complexe du financement des projets et de la construction des infrastructures de transport du CO₂. Par ailleurs, il lui faudra aussi démontrer la viabilité économique des premières installations commerciales.
Et il faut le souligner : l’Europe a été, en 2025, la première à faire passer un projet de captage du carbone à l’échelle commerciale. Ce projet, qui fait figure de modèle technologique, c’est celui de Brevik, en Norvège, exploité par Heidelberg Materials et soutenu par l’État norvégien.
La première cimenterie commerciale au monde à être équipée d’un système de captage du carbone est donc désormais reliée au réseau de stockage Northern Lights et devrait capturer 400 000 tonnes de CO₂ par an.
Une demande en ciment qui continue d’augmenter : pour décarboner, il faudra suivre le rythme !
Selon le rapport, bon nombre des futurs projets commerciaux auront des taux de captage considérablement plus élevés que ceux de Brevik. L’industrie cimentière devrait donc connaître une succession d’étapes marquantes, à mesure que des installations de plus en plus ambitieuses entreront en service.
Et de l’ambition, il va en falloir, si on considère les chiffres concernant la production de l’industrie cimentière. En effet, la production mondiale de ciment est d’environ 4 milliards de tonnes actuellement.
Or, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la demande mondiale de ciment pourrait atteindre entre 4,5 et 5 milliards de tonnes par an d’ici 2050 selon les scénarios de développement économique et d’urbanisation. De son côté, la Global Cement and Concrete Association (GCCA) considère que la croissance sera principalement portée par l’Asie du Sud, l’Afrique et certaines régions du Moyen-Orient.
Par conséquent, pour que la décarbonation du secteur soit efficace, un déploiement massif des capacités de capture du carbone sera nécessaire. Le rapport indique notamment que le nombre d’installations CCUS à échelle commerciale en exploitation devrait passer à 38 d’ici 2035 (contre une seule en 2025), avec une capacité cumulée de production de ciment liée aux usines de CSC opérationnelles de 58 Mt par an.
Cependant, même si cela équivaut à près de 60 fois plus qu’aujourd’hui, c’est malheureusement loin d’être suffisant pour que l’impact sur la décarbonation du secteur soit significatif, puisque ces 58 Mt représentent moins de 2 % de la production mondiale totale de ciment.
[1] Projets de capture, utilisation et storage du carbone et projets de fours à argile calcinée
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