L’heure de vérité pour l’hydrogène
L’Union européenne tente d’accélérer le passage des projets aux usines réelles : le 20 janvier 2026, la Commission a annoncé que six lauréats de l’enchère hydrogène de l’Innovation Fund avaient signé leurs accords de subvention, pour un total d’environ 381 MW d’électrolyse. L’objectif est clair : sécuriser des capacités de production d’hydrogène renouvelable et donner de la visibilité aux industriels. Mais, en coulisses, le signal est plus contrasté : la 2ᵉ enchère de la banque de l’hydrogène a laissé un goût d’inachevé : seuls six projets sont allés jusqu’à la signature, loin des volumes initialement espérés… un symptôme des doutes sur la rentabilité et la solidité de la demande.
La suite se joue dans les semaines qui viennent : la 3ᵉ enchère est ouverte et se clôture le 19 février 2026. Elle devrait cristalliser trois enjeux vitaux pour la filière : le niveau de soutien, la capacité des projets à tenir les exigences de réalisation, et surtout la question clé : qui achète l’hydrogène, à quel prix, et avec quels contrats d’offtake ?
PFAS : La consultation attendue pour mars 2026
En mars 2026, la restriction européenne sur les PFAS entre dans une séquence décisive : les comités de l’ECHA devraient franchir des étapes clés, avant l’ouverture d’une consultation publique de 60 jours.
Pour l’industrie, l’enjeu est immédiat, il s’agit d’arriver armée de données. Il faut cartographier les usages (substituables ou critiques ?) et chiffrer les impacts pour peser dans la consultation. La mise à jour de la cartographie côté Ineris montre le niveau de détail attendu.
Décision de la BCE le 5 février prochain : 15 milliards d’euros en jeu pour l’industrie française
Le jeudi 5 février 2026, la Banque centrale européenne annoncera sa décision sur les taux directeurs. Après quatre pauses consécutives maintenant le taux de dépôt à 2 %, les marchés anticipent un statu quo, mais cette décision conditionnera directement la concrétisation de plusieurs milliards d’euros d’investissements industriels en France.
Les projets en attente sont majeurs : les 450 millions d’euros de Safran pour son usine de freins carbone dans l’Ain, les 350 millions d’Amazon dans la logistique, la montée en puissance critique de la gigafactory Verkor à Dunkerque (1 200 emplois), ou encore les 5,5 milliards de datacenters IA d’Evroc et Sesterce. Au total, près de 8 milliards d’euros d’investissements et 15 000 à 20 000 emplois industriels dépendent de l’évolution des conditions de financement dans les prochains mois.
Le passeport carbone des batteries industrielles entre en scène
Le 18 février 2026 sera une date pivot : les batteries industrielles rechargeables d’une puissance supérieure à 2 kWh entreront dans une phase où la déclaration d’empreinte carbone s’impose comme un prérequis. Ce jalon s’inscrit dans la montée en puissance du règlement (UE) 2023/1542, entré en vigueur le 17 août 2023.
Concrètement, l’échéance force les industriels à verrouiller trois briques : une ACV robuste, des données fournisseurs exploitables, et une chaîne de preuves auditable. Le texte prévoit une trajectoire « mesurer / comparer / classer », appelée à se préciser.
Dans les prochaines semaines, le vrai sujet sera donc le mode d’emploi : quels formats et méthodes seront stabilisés, et à quel rythme ?
SMR en France : le prochain signal faible arrive le 13 mars 2026
Dans le paysage des petits réacteurs modulaires (SMR), les signaux vraiment utiles ne sont pas toujours ceux qui font la une. En France, un bon « thermomètre » se trouve… dans l’agenda des experts de la sûreté. Le calendrier officiel des groupes permanents de l’ASNR prévoit, le 13 mars 2026, une séance du groupe transverse « réacteurs innovants » consacrée à l’instruction des options de sûreté retenues par CALOGENA pour son projet de SMR.
Ces échanges sont souvent le moment où un projet montre sa maturité : choix de design, options de sûreté, cohérence technique… autant de points qui peuvent accélérer une trajectoire industrielle ou, au contraire, révéler des verrous (démonstrateur, exigences à compléter, options à revoir).
L’enjeu est donc double pour la filière du « petit » nucléaire : la lecture de ce qui passe bien à l’instruction et de ce qui appelle des compléments… plus largement, le rythme des dépôts et demandes d’avis autour des projets SMR suivis par l’ASNR est détaillé ici.
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Dans les ressources documentaires
- Électrochimie. Fonctionnement des cellules d’électrolyse
- Toxicologie industrielle
- Fiabilité, maintenabilité et aptitude au soutien des investissements
- Analyse du cycle de vie (ACV) - Présentation, méthodologie, applications et limites
- Réglementation européenne sur les batteries de véhicules électriques - Vers une promotion de l’économie circulaire