Le coup d'après

Les actualités à suivre : stocks de gaz, VE made in China, nucléaire…

Posté le 16 mars 2026
par La rédaction
dans Entreprises et marchés

La rédaction vous propose un rapide tour d'horizon sur les informations qui feront l'actualité industrielle dans les jours et les semaines à venir.

Ormuz fermé, stocks à sec : l’industrie européenne face à son pire scénario énergétique depuis 2022

Le timing ne pouvait pas être plus défavorable. Alors que les stocks de gaz européens n’atteignaient que 27 % de leur capacité début mars 2026 – leur plus bas niveau depuis 2022 – contre 62 % à la même période en 2025, les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont déclenché la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % du GNL mondial. La réaction des marchés a été immédiate : le TTF néerlandais, indice de référence européen, a bondi de plus de 60 % en quelques jours pour frôler les 60 €/MWh, tandis que QatarEnergy a suspendu sa production et invoqué la force majeure sur l’ensemble de ses contrats, retirant d’un coup environ 15 % des importations européennes de GNL. Pour l’industrie énergo-intensive – sidérurgie, chimie, aluminium –, le choc se propage sur trois canaux simultanés : hausse directe des coûts énergétiques, pression sur les prix de l’électricité industrielle et désorganisation logistique avec un détournement du trafic maritime vers le cap de Bonne-Espérance, allongeant les délais de transit de 15 à 20 jours. La saison de réinjection démarre en avril, et l’enjeu est colossal : les analystes évaluent le déficit à 5,8 millions de tonnes par mois, face à une capacité de substitution mondiale de seulement 2 millions de tonnes. L’Europe devra atteindre 90 % de remplissage avant le 1er novembre sous peine de sanctions réglementaires, dans un marché spot désormais en concurrence ouverte avec les acheteurs asiatiques, ce qui devrait mécaniquement faire grimper la facture de réapprovisionnement estival d’environ 14 milliards de dollars.

EPR2, prolongation, SMR : en 2026, le nucléaire recrute pour tenir le planning

Du 9 au 13 mars 2026, la Semaine des métiers du nucléaire portée par France Travail et l’Université des Métiers du Nucléaire a assumé un message industriel clair : la filière doit sécuriser un « pipeline compétences » pour tenir la relance. L’ordre de grandeur est massif – 100 000 recrutements d’ici 2035 – car les besoins additionnent construction neuve, exploitation, supply chain et ingénierie de maintenance.

Sur le neuf, l’année est structurée par l’EPR2 : EDF a chiffré son devis et annonce un audit au 1er trimestre 2026, tandis que la décision finale d’investissement est attendue en 2026.

Dans les territoires, la phase amont se poursuit via les concertations EPR2 et leurs bilans, qui conditionnent acceptabilité, foncier, logistique et capacité des entreprises locales à monter en charge.
Le « grand chantier » reste toutefois l’exploitation à long terme : l’ASNR travaille sans a priori sur le cap des 60 ans et au-delà, et la Cour des comptes juge la prolongation compétitive si la maîtrise industrielle des arrêts et modifications est au rendez-vous.
C’est aussi ce qui explique la focalisation RH sur les métiers de tuyauterie/soudage qualifié, contrôle-commande, radioprotection et méthodes d’arrêts de tranche, largement mis en avant dans la semaine nationale.

En parallèle, la filière se « recompose » autour de nouveaux débouchés : la PPE3 inscrit l’électrification et fixe un cap hydrogène avec jusqu’à 8 GW d’électrolyseurs en 2035, ce qui remet sur la table la fourniture d’électricité pilotable et la compétitivité du kWh.

Enfin, sur les SMR, l’appétit industriel est réel mais le régulateur alerte déjà sur des calendriers parfois trop optimistes, avec une doctrine attendue en 2026 sur l’instruction des projets. À court terme, l’enjeu de la Semaine du Nucléaire est donc très opérationnel : convertir l’intérêt en formations, en habilitations et en capacité d’exécution pour que 2026 devienne l’année où la relance passe du discours au planning.

Quantique : 2027, la bascule industrielle

L’horizon 2027 se précise parce que la bataille se déplace du « nombre de qubits » vers le qubit logique, c’est-à-dire la capacité à exécuter des circuits profonds grâce à la correction d’erreurs. Chez Google, les surface codes dynamiques illustrent cette inflexion : moins de goulots matériels, moins d’erreurs corrélées, et une trajectoire plus crédible vers des codes réellement « scalables ».

IBM, de son côté, revendique une feuille de route où l’enjeu devient la profondeur de circuit et l’outillage de tolérance aux pannes, avec un objectif de quantum advantage fin 2026 et une étape 2027 visant à diversifier les démonstrations et « entrelacer » des modules tolérants aux fautes.

Ce virage devient industriel quand il se couple au calcul intensif : l’Europe pousse des architectures hybrides quantique-HPC, avec l’inauguration d’Euro-Q-Exa et une montée annoncée à 150 qubits d’ici fin 2026. Même logique du côté de l’offre : Pasqal a livré à CINECA un système 140+ qubits conçu pour s’insérer dans des chaînes de calcul où le QPU ne traite que les « étapes dures » (optimisation, matériaux) et laisse le reste au supercalculateur.

Sur les usages, la standardisation post-quantique du NIST transforme déjà la cryptographie en chantier d’industrialisation, pendant que les agences poussent des calendriers de migration, comme le NCSC. Les prochains mois devraient donc se jouer sur des preuves « dures » : stabilité des qubits logiques, décodage temps réel, intégration outillée dans des pipelines HPC, et surtout des cas d’usage démontrables en chimie computationnelle et optimisation où la valeur ne dépend pas d’une promesse, mais d’un gain mesuré.

VE made in China : après le précédent Volkswagen, la guerre des exemptions commence

Depuis l’entrée en vigueur, fin octobre 2024, de surtaxes compensatoires pouvant atteindre 35,3 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, Bruxelles a ouvert en janvier 2026 une voie de sortie : des engagements de prix minimum en substitution des droits de douane. Le Cupra Tavascan est devenu le premier modèle à en bénéficier en février, contre engagement de prix plancher et de quota d’importation – faisant immédiatement jurisprudence. La Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE a aussitôt annoncé que ses membres préparaient leurs propres dossiers d’exemption, menaçant de créer une fiscalité à deux vitesses sur le marché européen. L’instruction de ces demandes par la Commission dans les prochaines semaines, conjuguée au risque de représailles chinoises via l’OMC, conditionnera directement les prix, les volumes et les stratégies de localisation industrielle en Europe pour les cinq ans à venir.

Sidérurgie européenne : entre surcapacités chinoises et droits de douane américains, l’étau se resserre avant l’été 2026

La sidérurgie et l’aluminium européens se retrouvent dans une situation d’exception durable. Délibérément exclus de l’accord de Turnberry signé le 27 juillet 2025, ils restent soumis à un droit sectoriel de 50 % fondé sur la section 232 du Trade Expansion Act, lequel a survécu intact à l’annulation par la Cour suprême des tarifs IEEPA en février 2026, les deux fondements juridiques étant distincts. Pour les exportateurs européens, le manque à gagner est considérable : les États-Unis absorbaient 8 milliards d’euros de produits sidérurgiques européens en 2024, et le taux d’utilisation des aciéries du continent stagne à 58-67 %, un niveau jugé intenable par Eurofer. La situation est aggravée par l’effondrement de la production primaire d’aluminium, dont 50 % de la capacité européenne est hors service depuis 2021. Sur le front commercial, Bruxelles joue une carte symétrique : la Commission a proposé en octobre 2025 de doubler ses propres droits de douane sur l’acier à 50 % et de réduire de moitié les quotas d’importation, en partie pour disposer d’un levier de négociation avec Washington. La date butoir se précise : la clause de sauvegarde en vigueur depuis 2019 expire en juin 2026, et les contre-mesures européennes sont suspendues jusqu’au 6 août 2026 : une fenêtre étroite dans laquelle les deux parties devront soit boucler un accord sur les contingents tarifaires, soit s’exposer à une nouvelle escalade dont ni l’industrie automobile, ni la mécanique, ni la construction ne peuvent absorber le choc.


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