Le mardi 28 avril, les Émirats arabes unis (EAU) ont annoncé leur départ officiel de l’OPEP et son alliance élargie, l’OPEP+. Ce départ s’est concrétisé rapidement puisqu’il a pris effet dès le vendredi 1er mai, soit seulement trois jours après son annonce. Ayant rejoint l’OPEP en 1967 alors qu’ils étaient encore sous protectorat britannique, les EAU étaient le troisième plus grand producteur de l’organisation avec environ 3,2 millions de barils de pétrole produits par jour.
L’organisation régulatrice du marché pétrolier n’a pas commenté ce retrait, mais a annoncé dans les jours suivants un ajustement de production de 188 000 barils par jour qui sera appliqué dès le mois de juin prochain.
La période à laquelle survient cette annonce démontre qu’elle est une conséquence directe de la crise régionale autour du blocage du détroit d’Ormuz. Cette crise a, en effet, révélé l’importance du contrôle des flux maritimes et la sécurité des exportations tout en ravivant les tensions politiques entre les EAU et l’Arabie saoudite.
Maximiser la rente pétrolière
La cause de ce retrait réside dans un point de friction récurrent au sein de l’OPEP : l’imposition de quotas de production. Parfois qualifiée de « cartel » du fait de sa mainmise sur le marché pétrolier, l’organisation régule les prix depuis 1960 en faisant varier l’offre mondiale. Un levier d’action qui permet aux pays membres d’augmenter leurs gains et se protéger de la concurrence. Mais cette restriction collective de la production est jugée trop contraignante et certains pays souhaiteraient s’en affranchir. C’est le cas des EAU dont le dernier quota fixé à 3,447 millions de barils par jour freine la maîtrise de leur production.
Le pays souhaite dépasser ces limitations et investit massivement dans ce but. Ces dernières années, le gouvernement a investi dans des infrastructures pour porter la capacité de production à 5 millions de barils par jour dès 2027. La sortie de l’OPEP est donc aussi un moyen de rentabiliser rapidement ses investissements.
Un communiqué de la compagnie pétrolière nationale Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) publié après l’annonce du retrait de l’OPEP prouve que nous assistons à la mise en œuvre d’une stratégie profonde visant à reprendre les rênes de la souveraineté énergétique du pays. Dans ce communiqué, l’Adnoc a confirmé l’attribution d’un montant de 55 milliards de dollars pour la période 2026-2028 afin de répondre à la demande énergétique mondiale croissante. Dicté par le pragmatisme, ce choix montre que les EAU privilégient désormais la défense de leurs intérêts économiques nationaux et souhaitent maximiser les profits issus de la manne pétrolière.
Une architecture fragilisée ?
Sans les EAU, le fonctionnement de l’OPEP est mis à mal. Disposant de la deuxième plus grande capacité de production de réserve, les EAU jouaient un rôle essentiel pour la régulation des prix puisque leurs capacités de productions excédentaires pouvaient contribuer à faire baisser les prix.
En outre, libéré de la contrainte des quotas, Abou Dhabi pourra mener la politique pétrolière de son choix. Une production supplémentaire pourrait se traduire par une augmentation de la volatilité du marché et une perte de contrôle pour l’OPEP.
Déjà fragilisée par la révolution du pétrole de schiste américain et par les départs du Qatar, de l’Équateur et de l’Angola, l’OPEP pourrait également courir le risque de voir d’autres pays sceptiques vis-à-vis de l’organisation suivre l’exemple des EAU (Irak et Koweït notamment).
Les dissensions internes sont le signe que les structures collectives sont dorénavant perçues comme génératrices d’une discipline contraignante. Comme l’illustre le retrait des EAU, les pays préfèrent donner la priorité à leurs intérêts économiques nationaux plutôt qu’à une action coordonnée collective.
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