En chiffres

Les pays du G20 encore prisonniers des fossiles

Posté le 7 juillet 2026
par Stéphane SIGNORET
dans Énergie

La dernière analyse des tendances énergétiques dans le monde et particulièrement au sein du G20, publiée récemment par Enerdata, pointe la persistance de deux phénomènes : l’addiction aux énergies fossiles ne baisse pas, et la Chine est de loin le pays avec la dynamique la plus forte en matière de transition.

Au risque de se répéter année après année, les analyses de la situation énergétique mondiale donnent l’occasion de pointer ce qui ne change pas et ce qui évolue. Enerdata, qui publie récemment ses « Global Energy Trends » offre cette perspective, tant sur l’année 2025 que sur les perspectives de 2026.

Les invariants sont toujours les mêmes. Le monde est drogué aux énergies fossiles qui pèsent pour 80 % du mix énergétique mondial. Les pays du G20 ont les moyens financiers de s’en passer – leur croissance économique a été de +3,3 % en 2025 – mais ils n’arrivent pas à sortir de l’addiction. Leur consommation de pétrole en 2025 a augmenté de 1,5 % par rapport à 2024. C’est plus que la moyenne 2010-2019, qui était de +1 % par an. La consommation de charbon a stagné (+0,4 %) et celle de gaz ralenti (+0,9 %) : des niveaux faibles par rapport aux moyennes 2010-2019 (surtout celle du gaz qui était de +2,2 % par an), mais toujours pas de baisse !

« Évidemment, les situations sont contrastées selon les pays, et on notera que la consommation de gaz en Russie a baissé en 2025, mais que celle de charbon aux États-Unis a augmenté plus que la moyenne » analyse Géraldine Duffour, analyste experte senior chez Enerdata.

Solaire et éolien à la pointe de la décarbonation

La consommation d’énergies du G20 a augmenté de 1,4 % en 2025 par rapport à 2024, de manière identique à la moyenne 2010-2019. On est loin de la tendance baissière nécessaire pour arriver à limiter le réchauffement planétaire : l’intensité énergétique finale n’a baissé que de 1,4 % alors qu’elle devrait atteindre – 2,9 % par an pour limiter le réchauffement planétaire moyen à +2 °C (scénario EnerGreen d’Enerdata).

Les émissions de CO2 liées à l’énergie ne diminuent pas non plus, alors qu’elles devraient baisser de 5 % par an dans le scénario EnerGreen. Elles sont stables en 2025, à 32,5 Gt, contenues par une baisse (- 1,2 %) du facteur d’émission carbone des consommations énergétiques. Cette baisse vient en partie d’une plus grande part de l’électricité dans les consommations et du fait que la quantité d’électricité fabriquée avec des énergies fossiles est moins importante qu’avant : 56 % en 2025, contre 66 % en 2010.

Globalement, la consommation d’électricité du G20 a augmenté de 2,7 % en 2025, à peine plus que la moyenne 2010-2019 (+2,6 %) et moins qu’en 2024 (+4,2 %). Malgré ces hausses, comme la consommation globale d’énergie augmente aussi, la part de l’électricité n’est que de 23 % du total, tout juste 4 points au-dessus du niveau de 2010 ! Si l’électrification massive n’est encore qu’un doux rêve, deux secteurs sont néanmoins particulièrement dynamiques : les véhicules électriques (20 millions ont été vendus dans le monde en 2025 dont 13 millions en Chine) et les centres de données numériques, avec respectivement des consommations mondiales de 135 TWh et presque 550 TWh d’électricité.

L’installation de nouvelles capacités renouvelables a permis d’augmenter la production de l’éolien (+8  %) et du solaire photovoltaïque (+29 %), soit l’essentiel de la croissance de la production électrique. À eux seuls, l’éolien et le solaire photovoltaïque ont évité l’émission de 4 Gt CO2 soit l’équivalent des émissions de l’Inde !

La Chine est le premier consommateur d’énergie du G20 (avec une part de 35 %, soit le double des États-Unis), mais également le pays qui développe le plus les énergies renouvelables électriques. Sur les 148 GW d’éolien nouvellement installés dans le G20, elle en a réalisé 80 % (118 GW), ainsi que 68 % des 462 GW de photovoltaïque (314 GW). Soit un total chinois de 432 GW renouvelables, l’équivalent en puissance de 270 réacteurs EPR mis en route en un an dans l’Empire du Milieu… De plus, la Chine continue d’installer beaucoup de stockage d’électricité (66 GW en 2025), la mettant là aussi en pole position, avec 145 GW au total, loin devant les États-Unis (43 GW) et l’Europe (17 GW).

« Pour la première fois depuis des années, l’essor du solaire et de l’éolien a permis de stabiliser la production électrique thermique. On constate même une contraction de celle au charbon en Chine et en Inde, ce qui a permis de faire reculer les émissions de CO2 de la première et de stabiliser celles de la seconde » ajoute Géraldine Duffour.

Ormuz, ou la menace du blocage

Le blocage du détroit d’Ormuz a toujours été un épouvantail dans le secteur de l’énergie. Donald Trump l’a incarné en déclenchant la guerre avec l’Iran début 2026. Auto-réalisant une menace que beaucoup craignaient, il a conduit à des difficultés d’approvisionnement en certains produits, notamment pétroliers, et à la hausse de leurs prix.

Le manque sur les marchés pétroliers est estimé à un milliard de barils, et le déblocage de réserve stratégique à hauteur de 400 millions de barils ne sera pas suffisant pour éviter des tensions dans la durée, même si la réouverture du détroit était durable.

« Néanmoins, malgré des baisses de ventes reportées sur avril et mai 2026, la consommation de carburants pétroliers reste relativement peu sensible aux prix. D’autant plus que beaucoup de pays européens mettent en place des boucliers tarifaires qui diminuent le signal prix » précise Quentin Bchini, expert énergie chez Enerdata. Le niveau d’aide (39 milliards d’euros) est moindre que lors de la crise de 2022 (plus de 190 milliards d’euros), mais il pèse ensuite sur les citoyens et leurs impôts, et ne permet pas des changements structurels de long terme.

Enfin, en prévision de l’hiver, Enerdata remarque que les tensions sur l’approvisionnement en gaz vont impacter le remplissage des sites de stockage en Europe. La saison 2026-2027 présente un taux de remplissage d’environ 40 % en mai, le plus petit niveau depuis 2022. En cas de tension sur les marchés du GNL (gaz naturel liquéfié) et d’une demande en gaz hivernale élevée, ce taux pourrait descendre à 6 % d’ici mars 2027.

Il est plus que jamais temps de dire au revoir aux énergies fossiles !


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