La modélisation des propriétés électromagnétiques (EM) des ferrites placés dans leur environnement applicatif (circulateur, isolateur, déphaseur, antenne miniature, filtre accordable,
etc.
) reste, malgré l’abondance actuelle de l’offre logicielle, une étape délicate pour le concepteur de dispositifs hyperfréquences. Pour le comprendre, il faut d’abord rappeler une spécificité de ces matériaux : leur réponse à une excitation EM dépend de leur forme et varie à l’intérieur du matériau dès lors que la forme de ce dernier diffère de l’ellipsoïde de révolution, ce qui est, la plupart du temps, le cas en pratique avec l’utilisation courante de plaquettes, rondelles, tores, films épais ou couches minces. À ce jour, aucun simulateur EM commercial n’est en mesure de décrire un ferrite intégré dans un circuit avec suffisamment de réalisme pour éviter l’approche dite «
cut and try
» que suivent aujourd’hui, malgré eux, les fabricants de composants. En effet, en l’absence d’outils de simulation précis, de nombreux aller-retour très coûteux entre la phase de conception et celle de réalisation sont nécessaires à l’ingénieur en charge de l’optimisation des performances d’un dispositif à ferrite.
Différents modèles ont pourtant été développés par le passé pour prédire l’évolution du comportement dynamique des matériaux magnétiques selon la fréquence du signal et l’intensité du champ de polarisation statique appliqué. Malheureusement, la validité de ces modèles se limite à certains états d’aimantation bien particuliers et aucun d'entre eux ne prend en compte le phénomène d'hystérésis ou encore la nature polycristalline des matériaux utilisés.
Pour combler cette lacune, nous avons proposé une nouvelle approche théorique dans le but de calculer de manière prédictive, quel que soit l’état d’aimantation du ferrite, sa perméabilité, qui est une grandeur tensorielle dès que le matériau est polarisé. En référence à l’état de l’art, l’avantage du modèle développé, outre son caractère général lié à sa capacité à traiter tout type de polarisation (états désaimantés, partiellement aimantés, saturés, rémanents), réside dans trois caractéristiques clés. Il prend en compte de manière quantitative : (i) les
interactions dynamiques
entre domaines magnétiques et entre grains, désignées sous l’appellation « effet Polder-Smit » ; (ii) le
phénomène d’hystérésis
, en reliant l’aimantation interne du milieu au champ statique externe appliqué ; (iii) la
forme de l’échantillon
, au travers du calcul rigoureux du champ démagnétisant. La validité de ce modèle a été démontrée par confrontation avec...