Les vagues scélérates sont des phénomènes rares et d’intensités extrêmes, qui suscitent depuis des décennies un fort intérêt de la communauté scientifique comme du monde maritime. Les mécanismes à l’origine de leur formation sont encore sujet à débat, principalement du fait de la complexité à réaliser des mesures expérimentales pertinentes vu les échelles concernées. L’étude des évènements dits « extrêmes », liés à des statistiques particulières, n’est toutefois pas cantonnée au domaine de l’hydrodynamique et dans de nombreux domaines des sciences physiques mais également sociales, d'où un impact considérable voire dramatique. Le domaine de la photonique, et principalement de l’optique guidée, est particulièrement adapté à l’étude de ces phénomènes extrêmes, car il existe de nombreuses équivalences mathématiques entre la propagation d’ondes à la surface de l’océan et celle d’impulsions lumineuses dans des fibres optiques, dans lesquelles des mécanismes physiques comparables sont mis en œuvre. Ainsi, l’étude de ces évènements en photonique, de par ses similarités avec l’hydrodynamique, mais également pour une meilleure compréhension des processus fondamentaux sous-jacents, suscite un intérêt très fort de la communauté scientifique depuis une quinzaine d’années.
Cet article a pour objectif de donner une vue d’ensemble, évidemment non exhaustive, des processus conduisant à l’apparition d’évènements scélérats en photonique, avec un accent tout particulier sur la propagation guidée d'impulsions ultra-courtes et sur les phénomènes instables inhérents à celles-ci. Dans un premier temps, les outils permettant d’aborder et de comprendre les événements extrêmes sous une approche statistique sont introduits, ce qui permet ensuite de définir les critères attestant de leur présence ou non dans un système. Ensuite, après quelques rappels essentiels concernant la propagation linéaire et non linéaire d’impulsions lumineuses, les ondes scélérates optiques sont détaillées dans des contextes différents (fibres optiques, lasers, systèmes en espace libre) et mises en perspective, en soulignant les limitations de l’analogie optique-hydrodynamique. Enfin, le point critique et essentiel de la capture et de la caractérisation expérimentale de ces phénomènes est abordé. Les principales solutions technologiques (techniques de mesures ultra-rapides) utilisées aujourd’hui pour caractériser des événements qui sont par définition non reproductibles sont exposées. Des éléments bibliographiques sont également fournis au lecteur souhaitant approfondir ce sujet extrêmement riche et en continuelle évolution.