Le présent article, intitulé « Ingénierie hétérogène : le rôle
de l’ingénieur contemporain… », présente une perspective novatrice
de cette fonction, en soulignant la nécessité d’intégrer les dimensions
sociales, environnementales, politiques et culturelles au centre de
la conception, de la réalisation de projets et de la gouvernance des
organisations.
Cette analyse de la mutation du métier d’ingénieur s’ancre dans
les travaux contemporains tels que le rapport du Think Tank de l’école
des Arts et Métiers intitulé
Les ingénieurs face aux défis environnementaux
et sociétaux :
« Leur métier impliquera que les ingénieurs de
demain disposent de connaissances diversifiées : scientifiques, techniques,
mais aussi historiques, géographiques, écologiques, sociologiques,
psychologiques, philosophiques. Leurs fonctions nécessiteront également
des attitudes, compétences et comportements nouveaux : volonté de
participer à l’amélioration du monde ; aptitude à une prospective
globale ; capacité à travailler en équipe multiculturelle… »
.
Traditionnellement, le terme
ingénieur
évoque une maîtrise
technique avérée, comme le suggère l’intitulé même de
Techniques
de l’Ingénieur
. Désormais, sa mission dépasse largement la seule
technicité : il doit appréhender simultanément les enjeux sociaux,
sociétaux, environnementaux et écologiques. Cette extension de ses
attributions, pour être comprise et promue, requiert une désignation
spécifique : l’ingénierie hétérogène, concept au cœur de la présente
réflexion et définie dans la première section de cet article.
Le monde actuel présente un degré de complexité tel qu’aucune
discipline ne peut gouverner à elle seule l’analyse et la résolution
des problématiques. L’ingénieur d’aujourd’hui conjugue donc plusieurs
corpus de savoirs pour concevoir une ingénierie hétérogène.
En 1986, John Law